Agir Par la Culture n°33 jan/fév/mar 2013
Agir Par la Culture n°33 jan/fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de jan/fév/mar 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 17,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... le temps des postcolonies.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier énième génération depuis les pères qui ont connu la guerre d'Algérie et qui en ont souffert. Ils sont d'une façon ou d'une autre encore traversés par ces blessures et, même s'ils ne sont pas forcément capables de les formuler politiquement, cela agit comme un poison. Sortie du postcolonial, ce serait donc passer par une reconnaissance par l'autorité de sa responsabilité ? Je pense que l'on n'en sort à proprement parler jamais. Mais pour que les tensions majeures soient apaisées, oui, il faut que l'autorité politique, et derrière elle les élites intellectuelles et médiatiques, fassent un travail, non pas de repentance ou d'excuses, mais de reconnaissance. Le modèle auquel on peut se référer, c'est l'Allemagne sur la question du 111e Reich. L'autorité allemande a ainsi déclaré que c'est bien au nom de son peuple, c'est bien une autorité légitime en son temps qui a commis ces crimes, nous le reconnaissons, nous en prenons la charge et nous en portons la responsabilité face aux autres peuples, en premier lieu ceux qui ont subi ces violences et ces crimes. C'est cela la façon de faire. Ce n'est pas compliqué, mais pour le moment on est encore loin d'une déclaration d'un personnage qui représente l'autorité et qui dise : oui, absolument des crimes de guerre voire des crimes contre l'humanité ont été commis pendant la guerre d'Algérie : Napalm, villages brûlés. Oui, la torture y était routinière et pas exceptionnelle. Oui, autour du 8 mai 1945 ont été commis des crimes qui sont pour le moins des crimes de guerre, etc. Jamais aucune autorité en France n'a fait au sujet de l'Algérie ce que Chirac a fait en 1995 à propos de la rafle du Vél d'Hiv : dire " c'est un gouvernement illégitime qui a fait cela certes, mais nous en prenons la charge face à !'Histoire Vous dites aussi que l'une des caractéristiques de la dimension postcoloniale, c'est qu'elle fait l'objet d'un déni... Dans nos sociétés d'aujourd'hui, dans un pays comme la France, ce passé colonial est refoulé. Ou du moins on ne veut pas en voir les effets dans le présent. On les prend comme des questions d'histoire, cela va être traité sous l'angle de la mémoire. Par exemple est-ce qu'il faut oui ou non commémorer tel ou tel évènement ? Or ; la L'affaire DSK ou la scène primitive du colonialisme Le viol de Natafissia Diallo par Dominique Strauss-Kahn c'est-à-dire de la femme de chambre par le Directeur du FMI, de la Noire par le Blanc, de la servante par le maitre, de l'illégitime par le super légitime, jouerait pour Alain Brossat comme un révélateur d'une certaine rémanence de l'espace colonial, d'une certaine scène primitive de la colonisation : celui de la femme esclave noire abusée par commémoration, c'est précisément une façon de découper le temps historique en tranches et de ne pas travailler sur des éléments de litiges extrêmement forts du passé et leurs effets dans le présent. Cela fait vraiment l'objet d'un déni massff du côté politique et de ceux qui font l'opinion. Si on soulève ces sujets-là, on va rapidement nous demander d'arrêter d'en faire des" victimes éternelles" etc. Or, il ne s'agit pas d'en faire des victimes, mais bien d'essayer de comprendre comment le passé colonial infecte le présent. Cela peut s'incarner aussi dans les événements d'apparence plus éloignés, les affaires, les bavures policières en banlieue, l'affaire DSK [voir encadré], qui est selon vous très emblématique de ce phénomène-là ou comme l'affaire Charlie Hebdo. Ce que ne veulent pas comprendre la classe politique et les faiseurs d'opinions, c'est qu'il y a, à cause du passé colonial, des milieux sociaux qui sont très inflammables sur certaines questions. Et cela les cyniques de Charlie Hebdo l'ont bien compris : il suffit d'appuyer sur un bouton, sur Mahomet, la charia, etc. pour que cela parte en déclenchant l'incendie. Et hop, cela fait vendre du papier. Et avec un parfait cynisme, ils ont très bien compris cela alors que l'on peut faire des caricatures du Pape cela ne va pas produire les mêmes effets parce que l'on a affaire à des milieux plus sophistiqués, parce qu'il n'y a pas cette dimension coloniale. La dimension coloniale est très spécifique de ce point de vue-là, c'est un monde de blessures qui n'ont jamais été vraiment soignées. Vous disiez qu'il n'y a pas eu de reconnaissance de l'Etat. Que pensez-vous des déclarations de François Hollande en Algérie en décembre 2012 ? En Algérie, c'était assez sournois parce qu'il a mis l'accent sur le fait qu'il n'était " pas là pour faire de la repentance ou pour présenter des excuses,... mais que par ailleurs, oui on savait bien qu'il y avait. C'était un truc biaisé, c'est une façon encore une fois de dire les choses sans les dire. Or ; ce qui serait fondamental pour les Algériens, pour l'émigration d'origine algérienne en France et d'une façon plus générale pour les Maghrébins qui vivent en France, cela serait que les choses soient dites comme Chirac les a dites à propos du Vél d'Hiv. le maitre blanc. Scène à laquelle il faut ajouter toutes des caractéristiques de la subalternité : le discours médiatique a principalement entretenu un déni dans la légitimité de la parole de Natafissia Diallo (louche, menteuse, illettrée etc.) et une surlégitimité dans celui de Dominique Strauss Kahn longtemps auréolé d'une présomption d'innocence. (AB)... VOYAGEZ LES TROUPES COLONIALES VOVS INVITENT Cela prend 5 minutes, mais ils ne veulent pas le faire. Le lobby pied-noir reste extrêmement puissant, il a même repris du poil de la bête sous Sarkozy. Je ne sais pas si un jour viendra ce type de déclaration qui est la seule chose qui permettrait de lever les tensions là-dessus. Cela commence par cela. Au contraire, ils ont toutes ces stratégies de diversion comme celle de dire" Laissons les historiens faire leur travail. Or, ce n'est pas du tout aux historiens de le faire, de prendre la responsabilité pour l'autorité politique l Propos recueillis par Aurélien Berthier Retr:iuvez la version intégrale de cette interview sur www.agirparlaculture.be AUTOCHTONE IMAGINAIRE ÉTRANGER IMAGINÉ RETOURS SUR LA XÉNOPHOBIE AMBIANTE ALAIN BROSSAT ÉDITIONS DU SOUFFLE Autochtone imaginaire, étranger imaginé Retour sur la xénophobie ambiante Alain Brossai Editions du Souffle, 2012 www.editionsdusouffle.be
RETOUR SUR L'ASSASSINAT DE LUMUMBA Patrice Lumumba, Premier ministre de la République du Congo naissante a été assassiné le 17 janvier 1961 dans des circonstances jamais totalement éclaircies jusqu'à maintenant. Les raisons de sa mort mélangent en effet intérêts locaux et internationaux, belges et congolais. On est cependant sûr qu'une large participation de l'ttat belge a eu lieu. La relance d'une procédure aujourd'hui en Belgique, peut permettre d'en éclairer les méandres, les responsabilités précises et surtout pénales, mais aussi de revenir sur ce point de tension historique, ce nœud pas vraiment défait. Récit de l'affaire et rencontre avec Annemie Schaus, avocate de la famille Lumumba. Patrice Lumumba (1925-1961) est l'une des principales figures de l'indépendance du Congo belge. En tant que 1 "'Premier ministre du Congo indépendant, il reste célèbre pour son discours sans concession prononcé le jour de l'indépendance du Congo (30 juin 1960), face à un Roi Baudouin stupéfait, dans lequel il revient explicitement sur les méfaits de 80 ans de colonisation belge. Le pays entre bientôt dans une période trouble qui le voit sombrer dans une quasi-guerre civile subissant les luttes de différents candidats au pouvoir (Mobutu, Tshombe, Kasa-Vubu et Lumumba) avec notamment la sécession de la province du Katanga. Quelques mois à peine après son élection et l'indépendance du Congo, Lumumba sera démis de son poste par le Président Kasa-Vubu et mis en résidence surveillée. Déjouant sa surveillance, il prend la fuite. Finalement capturé avec deux de ses anciens ministres, il sera battu et humilié puis livré par des Belges à Moïse Tshombe, président du Katanga, l'un des pires ennemis de Lumumba. Là, il sera exécuté sommairement, son corps découpé en morceau et dissous dans de l'acide. Le même sort étant réservé à ses compagnons. Si ces circonstances n'ont jamais totalement été élucidées, on sait en tout cas qu'une participation de l'État belge à plusieurs niveaux a eu lieu pour ce faire. C'est d'ailleurs à cet égard que l'État belge a présenté des excuses en 2003, que beaucoup considèrent comme trop timides, imprécises et surtout, sans conséquences sur les différents protagonistes de cet assassinat. UNE PROCÉDURE ENCLENCHÉE Pour Annemie Schaus, avocate déterminée de la famille Lumumba et professeure à l'ULB, il s'agit d'aller au-delà des vagues excuses officielles : " Il y a 10 ans, une commission d'enquête parlementaire a été mise sur pied et a enquêté sur les faits. La responsabilité morale de la Belgique a été révélée. L'État s'est même excusé pour cette responsabilité morale, mais rien n'a été tiré de l'enquête parlementaire : aucune conséquence concrète, ni pénale, ni financière. Ils n'ont pas du tout voulu mettre en cause la responsabilité de l'État colonisateur, de l'État postcolonisateur. Ils ont dit que leur rôle n'avait pas été très clair dans la décolonisation et qu'ils auraient pu être plus pro-actifs pour éviter l'assassinat. C'est tout. " Aujourd'hui, une procédure judiciaire est mise en route à la demande des enfants de Patrice Lumumba qui ont constaté les promesses non tenues par la Commission parle-... mentaire. Elle vise à faire la lumière sur les responsabilités pénales précises pour cet assassinat. La plainte a été déposée contre X mais aussi contre une dizaine de protagonistes qui pourraient être liés àl.a mort du Premier ministre congolais. Cette plainte se fonde sur la compétence personnelle active puisqu'à ce stade les personnes impliquées sont de nationalité belge. L'assassinat de Lumumba est considéré dans le cadre de cette affaire comme un crime de guerre. Crime qui peut être considéré comme imprescriptible. L'un des grands enjeux de cette procédure est l'ouverture de nombreuses archives restées secrètes et des auditions à huis clos de l'enquête parlementaire qui seront peut-être rendues publiques à cette occasion. L'ouverture d'archives côté congolais, comme s'y est engagé le Gouvernement congolais qui souhaite collaborer à l'établissement de la vérité (une première), devrait également apporter des éléments inédits d'explications. AU-DELÀ DE L'AFFAIRE LUMUMBA Au-delà du cas strictement pénal, il s'agit aussi de revenir sur ce contentieux symbolique entre Congo et Belgique et son poids dans le rapport postcolonial. De sortir du discours type "ce sont des histoires entre Noirs tout juste capables de se taper dessus" et, pour la Belgique, de " voir dans sa propre histoire ce dont on est responsable. Il s'agit ainsi de changer les mentalités et la vision de !'Histoire : " L'idéal serait aussi que grâce à ce genre de dossiers, on revoit les cours d'histoire, la responsabilité de la Belgique dans l'assassinat de Lumumba et plus loin aussi le rôle de la Belgique en Afrique et en tout cas au Congo. Par exemple, le rôle de Léopold Il dont on voit encore des statues sur certaines places communales. Et ce, alors même qu'aucune rue, aucun monument n'existent pour rendre hommage à P.Lumumba. Cette affaire, qui reçoit le soutien de la communauté congolaise de Belgique, pourrait créer un précédent et même permettre à d'autres procédures d'être lancées. " Cela peut faire boule de neige sur l'envie de saoir -une espèce de droit à la vérité- ce qu'il est advenu de tous ces gens, pourquoi et comment ils ont été assassinés. " Aurélien Berthier et Jean Cornil



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