Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de oct/nov/déc 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : populisme et nationalisme... au nom du peuple !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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portrait culturel dans une prospérité, on avait une immense politique de cohésion où l’on redistribuait de l’argent des pays riches aux pays pauvres ou aux régions les plus pauvres de l’Europe. On en a largement bénéficié, tant mieux, et il y avait tous ces mécanismes pour arriver à une prospérité mieux partagée au niveau européen. Graduellement, et en particulier durant la dernière décennie, ce rêve de redistribution des richesses au niveau européen et d’entrainement économique avec une richesse pour tous s’est révélé être un échec. Il y a eu tout le détricotage des services publics et le fait que l’on a raté le tournant de l’Europe sociale. Prenez le problème du chemin de fer par exemple. Au début, on imaginait le projet d’un grand chemin de fer européen. En fait, on a balisé des chemins de fer opérateur contre opérateur. On dit maintenant qu’il y a les règles de l’OMC, les donnes ont changé, je veux bien mais c’est vécu par les gens comme quelque chose qui ne faisait pas du tout partie du voyage au départ. Cette donne et la crise économique entrainent un euroscepticisme que l’on va payer très cher. Je continue à croire que la seule solution, c’est l’Europe. Mais je continue à croire que tant qu’il n’y a pas cette idée de justice redistributive et sociale, de grâce que l’on conserve notre système social et que l’on ne dise surtout pas que c’est l’Europe qui doit s’en occuper ! Je ne veux pas de fédéralisme européen tant que les bases mêmes, la logique même européenne, ne changent pas. quel message auriez-vous envie de dire aux jeunes qui démarrent dans la vie avec toutes les difficultés que cela suppose ? D’abord, je suis persuadée qu’il y dans la vie et dans l’histoire des pays et des régions des moments où il y a des redémarrages possibles. nous sommes aujourd’hui en Europe à un moment très crucial. On le verra aux élections de 2014 : ou bien tout s’écroule, ou bien on redémarre sur de nouvelles bases. quel type d’Europe faudra-t-il faire ensemble ? Je n’en sais rien. Je sais que c’est une construction ensemble et pas contre les autres pays, contre telle ou telle catégorie de population, et que jusqu’à présent, les citoyens n’ont pas du tout participé à la construction européenne. Et c’est les jeunes d’aujourd’hui qui veulent cela parce que ne nous trompons pas, l’Europe ne s’est pas construite avec les gens. Ce sont les pères fondateurs qui ont rêvé de cela, qui l’ont conçu comme un marché unique, qui en ont bâti des institutions. Les gens se retrouvent dans une espèce de rêve d’Europe qu’ils n’ont pas construit eux-mêmes. Et donc, c’est cette participation des gens à la construction européenne qui est le grand défi à venir, un défi énorme. quand je vois la puissance des lobbies en Europe, quand je vois comment les grandes entreprises ont trouvé le chemin de tous les bureaux européens et sont occupées à influencer les législations. Comment elles ont contribué et contribuent encore à des dérives importantes. quand je vois que cette Europe du dessus est investie de tas de gens qui manœuvrent des pions. quand je vois qu’elle n’est pas construite par le bas alors que tous nos acquis sociaux existants ont été conquis sur le terrain. Tant que les gens ne se battent pas pour obtenir des acquis au niveau européen -les syndicats le font, mais difficilement avec autant de diversité nationale syndicale existante. Tant que cela ne passe pas au niveau du citoyen, qu’il ne se bat pas pour cela, l’Europe va continuer à dévier dans le sens du vent, c’est-à-dire du côté des plus forts. C’est cela qui manque, qui n’a pas été construit tout simplement. L’Europe n’est pas une construction humaine, mais une construction intellectuelle et politique. à un moment donné, cela commence à poser de sérieux problèmes. 6 quel trait de caractère par ticulier faut-il avoir en tant que femme au niveau européen, pour travailler à l’Europe ? Au Parlement, la confrontation que nous avons en permanence avec l’emprise religieuse, qui est extrêmement pesante sur la majorité du Parlement, pas seulement sur le PPE, va faire que les prises de position à l’égard des femmes, à l’égard des quotas des femmes, à l’égard de l’avortement, de la contraception, de la recherche sur les cellules-souches, des homosexuels, les questions des libertés sexuelles ou de genre vont constituer un débat houleux et permanent. à part cela, l’Union européenne a toujours soutenu l’égalité hommes-femmes, donc on ne va pas avoir, au sein des institutions, ici de machisme évident. Le Parlement n’est pas l’endroit où j’ai trouvé le plus difficile d’être une femme. Il faut dire que j’étais plus vieille, c’était plus facile. L’âge a beaucoup d’avantages à cet égard. J’ai un plaisir fou à vieillir, j’ai toujours dit que cela simplifiait les problèmes. Propos recueillis par sabine beaucamp et Aurélien ber thier Retrouvez cette inter view en ver sion longue sur www.agir par laculture.be (c) Jean-Francois Rochez
DP Face à l’incer titude du présent, un coup d’œil dans le r étr oviseur peut s’avérer salutaire. En ces temps de génér ation spontanée, oublieuse de la continuité historique, le r egard rétrospectif peut éclair er un chemin pour l’avenir. Je me suis donc plongé dans une biographie de Franklin Roosevelt, le héros de new Deal. Certes, l’histoire ne se répète par nature jamais, et la terrible crise des années 30 a débouché sur la pire boucherie du genre humain. La guerre a relancé l’économie. Mais l’esprit de la relance américaine me paraît bienvenu pour une Union européenne qui, si elle mérite le prix nobel de la paix depuis plus de soixante années, sombre dans une inquiétante absence de projet, à l’exception d’un grand marché toujours plus tentaculaire, et d’une gestion d’épicier à la maladie professionnelle bien connue : le seul et unique profit. bref, l’Europe, continent héritier d’une civilisation exceptionnelle comme de colonisations atroces, est devenue un expert-comptable arborant une raréfaction totale d’oxygène moral. sans souffle, sans autre destin commun que les bilans froids des technocrates de bruxelles. Peu importe les souffrances des peuples et la désespérance des classes populaires, la « règle d’or » budgétaire s’impose, quel que soit son goût de plombdans la bouche des citoyens. Roosevelt donc. Le milliardaire paralytique arrive à la Maison blanche en 1932, au moment où l’Amérique traverse une fournaise économique sans précédent : la production s’effondre, le chômage est dévastateur, les miséreux se démultiplient. Le Président, assez fade jusque-là, va être à l’origine d’une impulsion décisive, avec le soutien de Keynes, jusqu’alors si étrangère à la tradition politique du pays. « Il est animé d’une conviction absolue : il faut à tout prix réagir à la crise qui ravage le pays depuis 1929, à laquelle l’administration républicaine n’a opposé qu’une passivité née de ses convictions conservatrices et de sa croyance dans les mécanismes spontanés du marché » écrit Laurent Joffrin. La volonté collective au service de la solidarité : voilà le message clef de Roosevelt. que l’Europe le médite face à la récession qui favorise les replis nationalistes et les égoïsmes nationaux. que l’on juge du caractère, avec le recul quasi révolutionnaire, voire prophétique, des réformes, dont certaines ont été votées en un jour au début du mandat de Roosevelt. Le Glass–steagall Act pour séparer les banques de dépôt des banques d’affaires, un taux d’impôt applicable aux plus riches qui est passé de 25% en 1932 à 91% en 1941, la création d’un corps civil de protection de l’environnement pour aider plus de 250.000 jeunes chômeurs, un programme ambitieux, de travaux publics (Tennessee Valley Authority)… Un interventionnisme des pouvoirs publics et un volontarisme politique dont on se prend à rêver aujourd’hui. C’est tout le sens du collectif Roosevelt 2012 qui appelle à une insurrection des consciences 7 propos intempestifs ROOSEVELT, REVIENS ! et à un puissant mouvement citoyen, selon les termes de stéphane hessel et Edgar Morin, devant l’extrême gravité de la situation et face au risque d’effondrement. quinze réformes prioritaires sont mises en exergue : redonner de l’oxygène aux états en diminuant fortement les intérêts de la dette publique, créer un impôt européen sur le bénéfice des entreprises pour dégager de nouvelles marges de manœuvre budgétaires et mettre fin au sabordage fiscal national, en France, en annulant les baisses d’impôts octroyées aux grandes entreprises et aux citoyens les plus riches, limiter au maximum les licenciements, interdire la spéculation bancaire, sécuriser les précaires… Ce programme, dans l’esprit même du new Deal de Roosevelt, est l’exact opposé des politiques suicidaires de l’Union européenne. Cet appel indique que tout dépend de la volonté politique et de la mobilisation des citoyens. Puisse l’esprit du grand Roosevelt inspirer enfin nos dirigeants. Jean Cor nil Pour aller plus loin : - www.roosevelt2012.fr : où chacun peut s’informer, signer et s’engager - Pour éviter le Krach ultime de Pier re Lar routurou, nova Editions, 2011 - Roosevelt de André Kaspi, Fayard, 1988, Le nouvel Observateur, 2012



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