Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de oct/nov/déc 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : populisme et nationalisme... au nom du peuple !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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médias cratique ou citoyen, restreint la capacité d’agir des individus et des groupes, de se constituer, par exemple, en mouvement plus vaste qu’euxmêmes. On n’attend pas pour autant des médias et des journalistes qu’ils se muent en agents de transformation sociale. Ce n’est pas leur rôle. Mais pas davantage que ne l’est l’attitude inverse. Or, c’est, indirectement, ce à quoi mène l’information majoritaire, arrivée à ce stade de son évolution… Elle propose, chaque jour, une accumulation kaléidoscopique de faits et d’images d’un monde « qui va mal ». Mais elle n’incorpore pas, ou rarement, dans son approche, les sujets, les angles, ou les points de vue qui pourraient conduire à problématiser les causes profondes du « mal » en termes sociaux et collectifs. C’est que domine, dans les cadres d’interprétation journalistiques du monde, la figure-mythe de l’individu tout-puissant, capable de modeler le monde à sa guise. Elle ou il participe, entre autres, des procédés de narration du storytelling, du human interest anglo-saxons, ou, de CC by 2.0 par Laffy4k ce côté-ci des eaux, de la théâtralisation, de la protagonisation et de la psychologisation des rapports sociaux ou politiques. On peut à cet égard se demander en quoi l’information rend tout simplement encore pensable la lecture du monde par le biais de questions publiques et d’actions collectives ? Voici des années que le théoricien américain William Gamson a montré à quel point les conditions de production du discours journalistique (sa « boîte noire », en quelque sorte) lui font éviter « la problématisation du monde en termes d’injustice », d’inégalité sociale, et d’action collective. Mécaniquement, quand il aborde les questions sociales, le journaliste de service présentera sous forme de témoignages individuels ce qui pourrait être abordé en termes d’enjeux collectifs. C’est le cas typique du témoignage, sur le parking de l’entreprise, du salarié qui vient d’apprendre la fermeture de son usine ou une restructuration de celle-ci. Avec la question rituelle – « qu’est-ce que vous allez faire, vous, maintenant ? » – qui renvoie l’individu, pourtant confronté à un problème collectif, à une action ou une prise en charge individuelle de son destin, à une sorte de travail thérapeutique sur lui-même comme seule issue… LEs RéDUITs DU JOURnALIsME éVénEMEnTIEL Les flux d’information tendent, du coup, à véhiculer ce que le sociologue des médias Erik neveu qualifie de « vision du monde déférente pour l’ordre établi ». En ne (se) posant pas, ou plus, les questions qui interrogent l’évidence du moment – « Les coûts de production, en belgique, ne sont pas assez compétitifs », « Les belges n’ont pas d’autre solution devant eux que se préparer à devoir travailler plus longtemps », etc. – l’information embrasse, par défaut, le point de vue officiel, c’est-à-dire l’ensemble des discours empreints de l’autorité a priori, qui forment la doxa sociale. Moins par conviction, donc, que par l’impensé que représente le pilotage automatique de la construction quotidienne de l’information. 22 Et cette construction est fortement déterminée par l’évolution du journalisme factuel au journalisme événementiel. quelle différence ? Là où le journalisme factuel rapporte et informe sur une pluralité de faits, le mode de traitement événementiel de l’actualité, lui, joue sur l’impact de l’unicité de l’événement, ou ce qui est présenté, pour ainsi dire chaque jour, désormais, comme tel. Lequel impact se trouve amplifié par le volume souvent disproportionné de l’espace ou du temps éditorial consacré à l’événement, et par le bruit d’écho de celui-ci, démultiplié à l’infini. Une telle pression de l’événement sur l’information a pour effet de comprimer le réel luimême au cœur de celle-ci, de le ramener à ses surgissements (sur)médiatisés, de réduire le monde à « un monde du » coucou, me voilà ! » où chaque événement fait son entrée en scène à toute vitesse et disparaît aussitôt pour céder la place à un autre », selon la formule imagée de l’Américain neil Postman dans « se distraire à en mourir », son remarquable ouvrage de 1985 traduit sur le tard. Dans ce schéma de fonctionnement, l’information tend à ignorer tous les phénomènes qui relèvent de la permanence, de l’invariance, du structurel... Il en résulte que tout événement est présenté, a priori, comme inattendu ou surprenant, à la façon, en quelque sorte, d’un phénomène naturel à l’ère pré-météorologique : selon le paradigme dutsunami ou du séisme que l’on n’a pas vu venir. Essentiellement, peut-être, parce que l’on a cessé de prêter l’oreille ou l’attention aux mouvements, imperceptibles, des plaques tectoniques du réel, aux forces souterraines qui poussent, insensiblement, au changement. L’événement médiatique, de ce point de vue, est presque toujours traité à la façon d’un dysfonctionnement, d’un accident ou d’un désordre, qu’il convient de dénoncer ou de déplorer, mais qui, selon le sociologue Alain Accardo, « ne saurait remettre en cause la logique objective de fonctionnement d’un système fondamentalement sain, qu’il convient de défendre envers et contre tout ». De la même manière que, faute de jamais en interroger le cœur, note le même Accardo, on s’emploie, sans le savoir, à célébrer diversement l’ordre établi. quitte à en regretter quelques aspects ou à en arracher quelques masques. Toujours sur les marges. Marc sinnaeve
 : http://dessaminaminstabroder.blogspot.be/MICHEL WARSCHAVSKI : POUR UN AUTRE ISRAËL Michel War schavski est un infatigable militant israélien, vétéran de la lutte contre le colonialisme et l’occupation de la Palestine. sa der nière publication « Un autre Israël est possible », réalisée avec Dom inique Vidal, dresse en 20 inter vie ws de penseur s et militants israéliens le por tr ait d’un autre pays, d’une autr e politique, d’une autr e for me de vivre-ensemble qui tisse une toile de fond contre le néolibéralisme br utal actuel et scande : retour à l’Etat social ! Rencontre. qui sont les citoyens présentés dans « Un autre Israël est possible » ? Ce sont des citoyens israéliens porteurs d’alternatives. Des gens dans le domaine intellectuel, culturel, politique remettent en question parfois par le combat, les manifestations ou la mobilisation, parfois par l’écriture, une écriture critique, l’Israël d’aujourd’hui. Ils veulent un autre Israël, plus juste. que veut dire Israël ? C’est ouvert, chacun répond différemment. Mais tous veulent un autre contexte politique, culturel et social. On a voulu une grande diversité : jeunes et moins jeunes, juifs et arabes, hommes et femmes, universitaires à l’analyse rigoureuse et militants comme les Anarchistes contre le mur, extrêmement radicaux ou Daphni Leef, quasi apolitique. L’ensemble de ces portraits donne une image fidèle de ce qui est la pensée et l’action critiques en Israël aujourd’hui. Cet autre Israël peut-il réussir à trouver un débouché politique ? notamment dans le cadr e des élections législatives de janvier 2013 ? J’en doute malheureusement. beaucoup des acteurs des grandes mobilisations de l’été 2011 cherchent ou ont trouvé leur place dans les partis existants. notamment dans le Parti travailliste, ce qui va peut-être le réveiller, mais je n’y crois pas trop. Est-ce que ça va booster les 3 partis arabes qui ensemble représentent 10 à 15% de l’électorat pour se regrouper et faire un pôle attractif, pas seulement pour l’électorat arabe ? Est-ce que cela pourrait, comme le voudrait quelqu’un comme Avraham burg, l’ancien Président du Parlement israélien interviewé dans le livre, de réunir la gauche de la gauche et la gauche travailliste dans un seul parti ? Le fait que les législatives aient été anticipées empêche le temps de préparation nécessaire et rend ce scénario peu probable. Je suis de ceux qui croient qu’on va voir un renforcement encore plus fort de la droite dure au pouvoir. Ce mouvement de grande ampleur des In dignés en Isr aël a-t-i l eu un ef f et sur la politique néolibér ale menée en Isr aël ? sur la politique gouvernementale, la réponse est non, un « non » arrogant même ! Le Gouvernement a certes été obligé d’instituer une Commission spéciale dirigée par Manuel Trajtenberg, un économiste qui était loin d’être un radical : il a fait quelques recommandations plutôt modérées. ses propositions ont toutes été rejetées par le gouvernement qu’il avait lui-même appointé ! C’est dire l’arrogance, le regard cynique face à une mobilisation qui avait quand même exprimé la voix du peuple : 400.000 personnes à Tel-Aviv dans un pays qui en compte 7 millions, c’est le peuple tout entier ! sans 23 israël compter les manifestations dans d’autres villes ! quand on voit les résultats au niveau de la politique gouvernementale, on comprend un peu ce qu’est l’état de la démocratie actuellement. Pas seulement en Israël, on se rappelle en France quelques années en arrière, le « Ce n’est pas la rue qui gouverne » du Premier ministre Raffarin face à des millions de manifestants. Drôle de façon de concevoir la démocratie, qui est malheureusement assez universelle aujourd’hui et qui dit que « le droit de vote et de manifester, c’est très bien mais on fera ce qu’on veut ! ». quel impact sur la société isr aélienne les révolutions arabes ont-elles eu ? Au niveau populaire, on ne peut pas comprendre les Indignés de l’été 2011 sans l’impact plus ou moins conscient des soulèvements dans la région sur ce mouvement. ne serait-ce que symboliquement, par exemple, là où se sont installées les tentes des campements qui exprimaient le problème du logement, Avenue Rothschild à Tel-Aviv, il y avait un panneau « croisement Rothschild/Place Tahrir ». Il y avait là une référence directe et une résonnance avec les évènements qui secouaient alors l’égypte. Je pense qu’il aurait été judicieux de la part des dirigeants israéliens de réfléchir à l’impact des révolutions arabes qui change tout, d'une façon ou d'une autre, mais aussi à une situation où les états-Unis ne sont plus les patrons dans la région. Or, les dirigeants israéliens continuent de regarder la situation comme celle qui existait il y a 10 ans : un patron, les états-Unis, qui mène une « guerre contre le terrorisme », et Israël comme « chouchou du patron » qui se dit « on est dans le camp gagnant ». Or, on n’est plus du tout dans cette configuration. D’autres puissances s’affirment dans la région. La Russie revient, l’Iran et la Turquie jouent un rôle important, mais même aussi le brésil, l’Afrique du sud ou la Chine qui prennent petit à petit position. Il n’y a que l’Europe qui recule, mais ça, c’est le problème des Européens.



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