Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de oct/nov/déc 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : populisme et nationalisme... au nom du peuple !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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musique HUbERt-FéLiX tHiéFAiNE : Né déSESPéRé huber t-Félix Thiéfaine était récemment en concer t à bruxelles. Chanteur engagé, il était sur scène, invité par le Festival des Liber tés, pour par tager avec le public son nouvel album/DVD « homo Plebis Ultimae ». Avec plus de trente ans de carrière, il nous livre quelques-unes de ses considérations sur les médias, sur l’ar tistique et le politique et sur son désespoir face à la trop grande mésintelligence entre êtres humains. A près avoir trompé ou sur monté ses angoisses des décennies durant, il apparaît plus en forme que jamais. Rencontre. Vous avez plu s de tr ente ans de carr ièr e et êtes une per sonnalité dans la c hanson fr ançaise, pour tant, on vous voit très peu dans les médias. Vous culti vez une véritable aver s ion pour les médias ? Je ne suis pas quelqu’un qui a eu des fantasmes médiatiques. Je sais que Gainsbourg devenait malade sans la télé ou sans être passé à la télé. Moi, je n’en ai rien à foutre. J’ai choisi d’écrire des chansons assez tôt et j’ai décidé de tout mettre dedans. Cela m’occupe suffisamment pour ne pas aller m’emmerder avec les médias. Maintenant, j’ai réalisé des choses dans les médias au début des années 80. A l’époque, j’ai même tourné les choses un peu en ridicule. Ce qui fait que les gens se sont dit « Méfions-nous de ce garçon », j’ai appris que je faisais peur quand même… Mais je n’ai jamais vraiment cherché à savoir pourquoi les médias ne voulaient pas de moi. Je suis en France parmi les chanteurs français qui restent, qui durent et pas parmi ceux qui passent vite, qui vendent un million d’albums et puis qui disparaissent. Je suis sans doute celui qui vend régulièrement beaucoup de disques et qui a un public qui remplit les salles depuis trente ans. Donc, je n’ai pas ce problème de me dire où en est ma survie. J’ai un public qui est mon mécène et qui me fait vivre de ma musique et de ma poésie. C’est fondamental. Vous avez été élu meilleur inter prète et yannOrhan disque de l’année 2012 aux Victoires de la Musique, ces récompenses vous les dédiez à la fidélité que vous avez nouée avec votre public ? Oui, parce que le fait d’être le meilleur interprète de l’année et d'avoir le meilleur disque de l’année aux Victoires de la Musique, c’est le public qui les a construits car j’étais disque de platine avant d’avoir des récompenses. Les Victoires ont simplement ajouté la cerise sur le gâteau, mais c’est tout. Vous êtes, on le dit, un écorché vif qui mêle la poésie de Rimbaud, baudelaire ou L autréamont dans vos textes. Votre créativité ne connaît jamais de passage à vide ? La créativité n’est pas une chose abstraite, ce qui est important c’est de travailler tous les jours. Il y a des jours où il ne se passe rien et des jours où il y a des choses qui se produisent. Là, je suis en tournée, je n’ai donc pas beaucoup de temps pour la création. En plus, il faut beaucoup de silence, il faut se taire et s’écouter, écouter une douce pensée qui vient de loin pour pouvoir créer. Je travaille assez régulièrement pour ne pas perdre le feeling mais je ne me fais pas d’illusions, il faudra beaucoup de temps pour remettre la machine en route. Pour l’instant, c’est le spectacle et donc je suis dedans. Les deux choses sont incompatibles. L’une c’est le départ, l’autre c’est l’arrivée. quelles seraient les mesures d’urgence que vous prendriez si vous étiez Président ? Mais je ne veux pas être Président ! Vous ne pouvez pas l’imaginer un peu ? non, c’est un refus ! Il y a des choses comme cela qui se passaient dans la République romaine, deux trois siècles avant J.-C. Il y avait ce que l’on appelait un dictateur. quand tout allait mal à 18 Rome, il allait chercher quelqu’un qu’on pensait suffisamment sérieux, intelligent et bon meneur pour prendre les rênes et on lui donnait les pleins pouvoirs. Il y en a eu plusieurs qui ont refusé et je suis de ceux qui refuseraient. Chacun ses compétences…C’est comme si vous me demandiez de faire des calculs pour emmener une fusée sur une autre Terre. Je n’en ai pas du tout envie et je ne suis pas compétent pour cela. En plus, je déteste que l’on me commande et je déteste commander, alors vous voyez, cela ne peut pas marcher… qu’est-ce qui vous indigne le plus ? L’indignation, c’est un mot qui me perturbe le plus en ce moment parce que la dignité je n’en vois pas beaucoup dans le monde. La dignité c’est une chose qui se fabrique individuellement et nous sommes tous responsables de notre propre dignité. quand cela devient un mouvement, ce n’est plus une histoire de dignité, la dignité est individuelle. Ce mot est aujourd’hui tellement utilisé avec démagogie qu’il ne m’intéresse plus. quel est le mot de la littératu re que vous préférez le plus ? Et pourquoi ? Le désespoir. Parce que c’est le seul mot qui mérite d’être développé aujourd’hui. C’est la situation actuelle que l’on vit ? non, je suis désespéré depuis que je suis né. La situation actuelle, les gens la méritent. Ils se conduisent comme des goujats et ils vont payer. La nature est comme cela. non, c’est la situation de l’humain face à l’univers. C’est le fait d’un manque d’intelligence, d’un manque de compréhension, de connaissances. La majorité des gens s’en foutent complètement, ils ne pensent qu’à la bouffe et au cul, l’intelligence, ce n’est pas leur truc et cela se voit. On est tellement loin de la connaissance que c’est désespérant de ne pas savoir ce que l’on fait ici. Donc, pour moi désespoir c’est le mot fondamental. Propos recueillis par sabine beaucamp
CLAV OCLAV JEAN-CLAUDE MICHÉA : LA CAUSE DU PEUPLE Le philosophe Jean-Claude Michéa est un homme affable, à la pensée profondément originale et stimulante. Un r egar d au scal pel sur notr e modernité : le libér alisme, l’argent, le peuple, la cr oissance. Une réflexion inc lassa ble et décalée des schémas tr aditionnels de la pen sée poli ti que qui nous emmène loin des sentier s du convenu et de la nor malisation.Une r encontre réalisée en par tenariat avec le Centr e d’Acti on L aï que ain si que le Centre Laïque de l’Audiovisuel. Vous par lez bien de ce double libéralisme à la fois le libéralisme culturel qui correspondrait à la gauche d’aujourd’hui, et le libér alisme économique. Est-ce que vous pouvez nous expli quer de m anièr e péda gogi que cette double entrée dans le libér a- lisme moder ne ? Il y a deux choses : le concept de gauche et celui de droite se sont forgés au 19 ème siècle à une époque où la droite et l’extrême droite étaient les partis de l’ancien régime qui voulaient maintenir le pouvoir de l’église ou travailler au retour de l’ancienne monarchie pendant que la gauche était comme dit zola, « les hommes de raison et de progrès », qui voulaient en finir avec cette société ancienne et installer une société moderne et de progrès. Ce qui fait que la gauche a pendant très longtemps coalisé aussi bien des libéraux, des radicaux que des républicains pendant que le mouvement socialiste était lui à l’origine relativement indépendant de ce clivage. Marx ne s’est jamais réclamé de la gauche, de cette union ou d’un front de gauche. Et ce qui s’est passé au cours du 20 ème siècle, notamment ses 30 dernières années, c’est la fin de ce compromis historique qui s’était noué à la fin du 19 ème siècle entre cette gauche moderniste, progressiste et libérale et, au lendemain de l’Affaire Dreyfus, le socialisme. En sorte que notre société est devenue peut-être plus à gauche que jamais sur le plan culturel, plus libérale que jamais, alors que nous sommes plus éloignés que jamais de ce qu’est la critique socialiste du 19 ème siècle. Pour répondre strictement à la question, le libéralisme au départ est une doctrine politique qui est née essentiellement au 18 ème siècle, dans le contexte de toutes les philosophies modernes. Comment mettre fin à toutes ces guerres de religion qui rendaient la coexistence des hommes impossible ? On disait de la guerre de religion, c’était une formule du 16 ème siècle, que le père se dressait contre le fils et le frère contre le frère. Comment faire en sorte que l’on arrive à définir un mode de société où chacun puisse vivre comme il l’entend sans être persécuté au nom du Vrai, du beau et du bien ? Le libéralisme politique, c’est donc cette idée qu’il faudrait définir, en rupture avec toute la tradition politique médiévale et antique, une forme de gouvernement qui ne prescrive aucun modèle de vie particulier en sorte que chacun serait libre de vivre comme il l’entend. C’est cela la défense de la liberté individuelle. quell es sont les par adoxes de cet te défense des liber tés individuelles ? Cela va très bien tant qu’en réalité les gens s’accordent implicitement sur l’idée de ce qu’est « vivre ma liberté sans nuire à autrui ». Mais à partir du moment où, en droit pour les libéraux, tous les modes de vie sont au fond l’expression d’un choix arbitraire qui ne concerne que moi, l’idée va progressivement s’installer que tout mode de vie est une construction symbolique arbitraire, que tout critère visant à dire que tel mode de vie est meilleur qu’un autre sur quelque plan que se soit, 19 réflexions n’a aucun sens. Et on va en arriver à produire ces fameux problèmes de société qui sont devenus notre ordinaire : Lady Gaga a le droit de penser que le mariage gay est une revendication tout à fait légitime qui nierait sa dignité à l’homosexuel si on lui refusait ce mariage. Mais le musulman indonésien est libre de penser que l’apologie du mariage gay nuit profondément à sa dignité de musulman parce qu’elle contredit les paroles des livres sacrés. Résultat, quand Lady Gaga va en Indonésie, un problème se pose : ou bien je donne raison aux islamistes en disant « c’est leur manière de vivre, elle devrait être tolérante et comprendre le Coran » ou bien, c’est l’inverse, et je fais appel à la tolérance des musulmans. Le développement du libéralisme culturel va multiplier les conflits entre différents modes de vie. à un moment donné, cela devient ingérable. quand le libéralisme se développe au-delà d’un certain seuil, il finit par produire une société atomisée où comme disait Engels : « chacun se replie sur son mode de vie particulier » et où les gens n’ont plus de valeurs communes et partagées qui leur permettraient de ne pas se nuire les uns les autres. On retourne à la guerre de tous contre tous. Com ment m aintenir tout de même un état de paix sociale ? En revenant au principe de Voltaire qui dit qu’il y a malgré tout une valeur commune entre tous les hommes : quand il s’agit d’argent, dit Voltaire, tous les hommes sont de la même religion. Le seul moyen d’accorder des individus que tout sépare et que tout oppose sera leur statut de producteur et de consommateur. C’est le marché qui va réunir des gens que tout divise par ailleurs. à Montpellier le samedi après-midi, je vois descendre rue de la Loge une sorte de manifestation permanente où des gens qui



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