Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de oct/nov/déc 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : populisme et nationalisme... au nom du peuple !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CC by-sA 2.0 par skender dossier Oui, bart De Wever est un politicien intelligent mais il n’est pas que l’émanation de lui-même. Il est l’émanation de l’aile droite de tout ce mouvement flamand. Et l’aile droite a toujours été plus puissante que l’aile gauche dans ce mouvement. b ar t De Wever signer a-t-il la fin de la b elgique, le peuple flamand lui donnera-t-il r aison ? Je ne suis pas certain que l’ensemble des sondages et des enquêtes démontrent encore aujourd’hui avec autant d’assurance qu’une majorité de Flamands est prête à l’éclatement de la belgique et à former un Etat flamand séparé. Mais l’ensemble des grands processus politiques des 50 dernières années est, tel un divorce, un processus lent qui se met en route. Il ne faut quand même pas se leurrer non plus. Lorsqu’on examine l’histoire récente électorale en Flandre. On constate qu’au départ on partait d’une stratégie de lutte des classes qui était essentiellement antiurbaine et catholique avec des bastions soit libéraux soit socialistes dans les villes, ou parfois dans des cantons plus ou moins ruraux comme les sucreries à Tirlemont, un bastion libéral. Mais globalement, on avait un paysage catholique qui lentement avec l’ascension sociale de la Flandre, après la seconde Guerre a constitué la classe moyenne. Et cette classe moyenne suburbaine ou vivant dans de petites villes (pas dans les centres des grandes villes, ils sont destinés aux immigrés) est très habile en termes de comportements électoraux. Ils voteront toujours au centre, plutôt centre-droit, mais pour des raisons dont on ne perçoit pas vraiment la logique historique profonde mais de manière plutôt aléatoire. La victoire de la n-VA je ne crois pas que ce soit (et d’ailleurs c’est tellement rapide l’ascension de ce parti) un mouvement à long terme mais simplement un tour de rôle. C’est un tour de rôle dans la prise de pouvoir, d’un pouvoir où l’électeur fait son shopping électoral et vote pour celui qui lui semble le plus sympathique, finalement celui qui donnera une victoire. On aime voter pour celui qui sortira victorieux des élections, c’est un peu une stratégie de frustrés. Celle du nouveau riche Flamand frustré d’avoir été pauvre économiquement et linguistiquement auparavant. Il y a une facette de tout ce mouvement flamand dans sa présence actuelle qui fait partie du néolibéralisme. Ce n’est pas pour rien que bart De Wever est libéral, il est une espèce de chef en même temps, une espèce de cheval de Troie amené à détruire l’Etat-providence, et à ne surtout pas en remettre un nouveau et meilleur à la place. 16 bar t De Wever a été élu bourgmestre de la plus gr ande ville de Flandre, Anvers, pour tant, selon vous, le mouvement nationaliste flamand est un mouvement anti-urbain ? Ce nationalisme flamand quand on en fait la cartographie de façon un peu plus précise telle qu’elle est portée aujourd’hui par la n-VA est effectivement issu d’une classe moyenne périurbaine et donc très anti-urbaine. Et c’est exactement cela qui se joue à Anvers et qui va percoler pour l’ensemble des villes, des villes sans trop de développement, de moteur économique. Ce ne sont ni des régions, ni des nations, ce sont des villes et la mise en réseau avec l’économie globale, c’est cela qui compte aujourd’hui. De par leur point de vue périurbain et donc très anti-urbain, dans le sens anti-diversité, anti-immigration, anti-créativité culturelle, c’est la culture du Reader’s digest qu’on lit dans les lotissements. Tout le monde reproduit le même schéma avec sa même maison, sa même voiture devant le garage, on lit la même chose. C’est la périurbanité, c’est de l’anti-urbain. C’est à partir de cette perspective-là que la Flandre va créer sa politique urbaine et dans le clan d’Anvers va essayer de diriger cette petite métropole internationale qui finalement est la seule à pouvoir être comparée à bruxelles. Anvers a son port, sinon en termes de position stratégique dans l’économie globalisée, cela représente deux fois rien. Au final, Anvers sera une ville dirigée par des gens qui ne l’aiment pas, qui l’utilisent mais qui ne veulent pas y habiter. Par des gens qui ont peur et se rebiffent contre ce qui est profondément urbain à savoir : l’immigration, les cultures, les diversités, l’ouverture sur le monde entier, la globalisation et toutes les dynamiques urbaines. C’est là une perspective de changement, il faudra pouvoir y faire face. Tout changement a quelque chose d’inquiétant car il représente l’incertitude. Je crois que les résistances sont plus grandes chez certains jeunes que chez les gens dans « la fleur de l’âge ». Ce serait intéressant de voir quelles sont, à la fois les différentiations sociales, géographiques et aussi les motivations des jeunes pour épouser ce nationalisme flamand ou épouser au contraire cette thèse de la globalisation du partage du pouvoir politique à différents niveaux. Propos r ecueillis par sabine beaucamp
A u tou t début des années 80, le rock avait encore de l’impor tance dans la vie des jeunes gens. La musique pop avait vingt ans et elle avait accouché d’une nouvelle « lutte » des classes, nettement plus fun que l’originale. Il y avait une aristocratie du rock. Pour en être, il fallait citer le Velvet, les Modern Lovers, Vic Godard ou, au pif, Cabaret Voltaire. Il y avait aussi une bourgeoisie du rock. Postsoixante-huitarde, elle s’apprêtait à prendre le pouvoir. Et se gargarisait volontiers de Genesis, Pink Floyd, Toto, Led zep… Jusqu’à l’indigestion. Puis il y avait la plèbe, offerte corps et âme aux tendances braillardes du rock : punk oi, dub-ska, néo-disco, cold wave ou ce hard rock blanc-bec, déconnecté du blues, que nous appelions heavy Metal. histoire de marquer la distance. Aristos ou prolos, nous avions tous des années de retard mais nous vivions l’affaire comme un présent indestructible, le cœur bondissant à l’approche du magasin de disques. seul le Tiers-état en devenir, qui avait déjà U2 et la « world music », ne cherchait plus à comprendre nos motivations. L’ère du politically correct venait tout juste de commencer. L’antidote, ce serait de ne jamais céder aux sirènes de la classe intermédiaire. Mieux valait, en fin de compte, se joindre aux aristos. Pop s’entend. Mais pour l’heure, nous étions donc des metal freaks. Le heavy Metal c’était le mauvais goût par excellence. Amplis sur 11, riffs de guitares hallucinants et voix anormalement aiguës. Les textes et l’emballage graphique étaient à l’avenant : sexe, violence, sorcellerie, satanisme, vitesse et beuverie… Les adeptes n’avaient pas, non plus, bonne réputation question hygiène. C’est que les hardos ou les métalleux, et leurs cheveux longs, tels de modernes alchimistes, tentaient désespérément d’obtenir l’or en fusionnant le cuir et le denim. Ce qui, disait saxon dans ses chansons, contribuait à la libération de l’esprit. Et puis bon, une veste patchée, badgée et cloutée, ça passe pas à la machine, merde ! 17 à bas la Culture HEAVY METAL MEMORABILIA à l’époque, avoir un look c’était surtout afficher ses goûts musicaux. Plus fondamentalement, derrière la garde-robe spandex et les motifs léopards, c’était toutes nos frustrations adolescentes qui trouvaient là une échappatoire. Un curatif à nos poisons existentiels, un pied de nez à la société qui s’annonçait. Celle qui, aujourd’hui, nous digère lentement… C’était l’époque d’une certaine raquette de tennis planquée sous un divan de velours vert à bords frangés. La première envie, tenace, d’en découdre avec la terre entière, seul dans mon salon. Les sens comme explosés par la nécessité d’assurer le concert du soir, de séduire ce public de brailleurs fantômes et de surveiller la porte d’entrée pour éviter les vannes des parents qui arrivent toujours à l’improviste… Un jour, le manche est devenu trop petit, j’ai oublié la raquette. Aujourd’hui pourtant, quand j’entends du heavy Metal AOC, je plaque encore les accords et je balaie dans le vide. La terre entière peut aller se faire foutre. Denis Dargent nathalie Caccialupi Nathalie Caccialupi



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