Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
Agir Par la Culture n°32 oct/nov/déc 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de oct/nov/déc 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : populisme et nationalisme... au nom du peuple !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier LE PEUPLE : étENdARd dE L’éMANCiPAtioN oU MASSE dES GUEUX ? Chacun connait la boutade : si le peuple se trompe, ou vote dans le mauvais sens, alor s il faut changer de peuple. Mais de quel peuple parle-t-on ? quelles figures du peuple peut-on isoler et quelles contr adictions existent entre les différentes conceptions de ce ter me ? La grande transformation depuis 1750, c’est le passage des monarchies triomphantes en Europe (les bourbons, les habsbourg, les Romanov,…) aux peuples souverains deux siècles plus tard. nous vivons aujourd’hui une spectaculaire unanimité du recours au peuple. Tous les régimes, même les plus tyranniques, invoquent toujours l’intérêt le plus profond du peuple pour légitimer leurs actions. Comme l’écrit Pierre-henri Tavoillot dans qui doit Gouverner ? Une brève histoire de l’autorité : « L’universalité du principe (l’idée démocratique qui est devenue l’horizon indépassable de la politique), qui tient beaucoup à son caractère vague, ne doit pas cacher la grande variété de ses applications ». Des révolutions arabes à la souveraineté populaire, de l’invocation du peuple contre les élites aux manifs contre la « Commission de bruxelles », des Généraux birmans aux nationalismes du moment, chacune a recours à son peuple pour justifier son pouvoir ou contester la domination des puissants. LA nAIssAnCE DU PEUPLE Dans l’histoire moderne, l’idée démocratique a connu des chemins différents et trois lieux de naissance. L’Angleterre d’abord, avec sa voie évolutive et pragmatique, contre les prétentions de la monarchie absolue. Les états-Unis ensuite, de la décolonisation envers la Grande-bretagne à la rédaction en 1787 d’une Constitution qui inaugure le fonctionnement des démocraties contemporaines. La France enfin dont le cheminement inspiré par Jean-Jacques Rousseau, est révolutionnaire et rationaliste, et combine l’universalisme des droits et la centralisation administrative. Avec cette question centrale posée par sieyès : « qui est le peuple qui doit gouverner le peuple ? » Car, en philosophie politique, le peuple, cette énigme comme l’indique Tavoillot, peut conduire à deux sens radicalement différents. soit, il est un concept social qui se définit par tout ce qui n’est pas lui : les riches, les élites, l’oligarchie, les technocrates, l’état, « ceux d’en haut », etc. soit, il est un concept englobant qui transcende les particularismes et renvoie à l’unité collective, à la nation, à la volonté générale, à la République,… Autrement dit : « le peuple est-il l’idéal éclairé de l’élite ou le peuple réel de la masse ? » et « son unité réside-t-elle dans une volonté générale (état) ou dans le libre jeu des volontés individuelles (société civile) ? ». Ambiguïté fondamentale du peuple : populus ou vulgus ? Intérêt commun ou masse des gueux ? beau et noble peuple contre versatile et ignare plèbe ? à la fois héros et diable, gare aux tentations technocratiques (« éclairer » le peuple) ou démagogiques (« flatter » le peuple). si le peuple est vulgaire, comment alors l’émanciper, le régénérer ? Comment extirper les reliquats de l’Ancien Régime ou aujourd’hui ceux de « son petit capitalisme intérieur » selon la formule de Christian Arnsperger ? Par un changement radical pour remodeler l’âme du peuple version Robespierre et saint-Just ? Ou patiemment par l’instruction civique et l’éducation, version Condorcet, démarche plus douce mais qui pose l’enseignement comme outil central pour transformer les mentalités ? à chaque « problème de société » mis en exergue par notre époque, la question de l’école ressurgit. sOCIéTé CIVILE ET éTAT Un autre angle d’approche du peuple est logé dans le rapport entre la société civile et l’état. seconde contradiction entre les deux figures du peuple : soit un ensemble d’individus privés aux intérêts égoïstes, soit une collectivité de citoyens mus par une volonté commune. société civile ou pouvoirs publics. Comme l’écrit toujours Tavoillot : « comment envisager leur articulation ? ». Deux possibilités : la 10 DP dissolution de l’état dans la société civile. C’est l’anarchisme de Proudhon. On l’inverse, c’est le communisme dont on connaît les ravages au siècle dernier – ce qui n’exclut pas que d’autres formes ne resurgissent dans l’histoire par ailleurs. Autrement dit, comment articuler la liberté et l’ordre ? L’autonomie et l’égalité ? Immense question, source d’une multitude de doctrines et de tentatives politiques concrètes, qui démontre l’extrême difficulté de concilier les trois valeurs du triptyque de la Révolution française. Le libéralisme philosophique serait-il le point d’équilibre ? Après 1789, il fallait 1848, pensait KarlMarx. Après 1917 et la crise de 2008, je doute encore de la triomphale défaite du capitalisme. L’harmonisation qui devait résulter du libre jeu des actions particulières, comme la fable des abeilles, a conduit à une situation diamétralement opposée. « qui doit gouverner ? Le peuple, certes ; mais il n’existe pas. à peine espérée sa figure nous échappe et son pouvoir devient tyrannique » écrit encore Tavoillot. Le peuple peut être plus dangereux qu’un tyran pensait benjamin Constant. à l’inverse « le peuple n’a qu’un ennemi sérieux, c’est son gouvernement » disait saint-Just. Comment naviguer entre ces deux écueils, en refusant toute mystique du peuple mais en évitant de devenir un briseur définitif de rêve ? Au moment où nos démocraties s’essoufflent, malmenées par la dictature des marchés financiers d’un côté et par la montée des populismes de l’autre, comment et par quelles formes, renouveler le sens de notre question gestion collective de la Cité vers une citoyenneté plus mature et une représentation mieux à même de piloter la complexité de notre présent ? Le défi de l’imagination politique pour figurer autrement le peuple débouche sur une passionnante nouvelle voie à explorer. Jean Cor nil Pour aller plus loin : Pierre-henri Tavoillot, « qui doit Gouverner ?, Une brève histoire de l’autorité », Grasset, 2011
RACiNE CoNtRE dRACULA Dans chaque numéro d’Agir par la culture, Denis Dargent tient la chronique « A bas la culture » qui révèle quelque ch ose de la cultur e popul ai re. Alor s que notre dossier tour ne autour des notions de peuple, de populaire et de popu lis me, n ous lui avons demandé pourquoi il avait décidé de se lancer dans ce travail ? quel est l’objectif de ma chronique, qui transformerait la plus crapoteuse des séries z en chef-d’œuvre du 7e Art ? La question m’étant posée, me voilà contraint d’y répondre. C’est une réaction, non épidermique, à ce que Dubuffet nommait très justement l’« asphyxiante culture ». « Il est extrêmement rare, écrivait-il en 1968, de rencontrer une personne avouant qu’elle porte peu de considération à une tragédie de Racine ou à un tableau de Raphaël. Aussi bien parmi les intellectuels que parmi les autres. Il est même remarquable que c’est plutôt parmi les autres – ceux qui n’ont jamais lu un vers de Racine ni vu un tableau de Raphaël que se trouvent les plus militants défenseurs de ces valeurs mythiques. » si mon propos est plus modeste, il n’entend pas moins dénoncer l’imposture de la supériorité prétendue de certaines formes de cultures sur d’autres et plus encore ce que bourdieu appelait le « racisme de classe » qui, précisaitil, « réduit les pratiques populaires à la barbarie ou à la vulgarité. » Il est vrai que les préjugés de classes n’ont jamais totalement disparu. Un fossé existe bel et bien entre les pratiques culturelles jugées légitimes, institutionnalisées (et donc reconnues) et celles, jugées « vulgaires », réservées à la masse. Effarant, par exemple, à l’heure du nouvel âge d’or des séries télévisées dont la popularité transgresse absolument ce clivage. Cette pensée de classe finalement bien ancrée dans les mentalités « classes moyennes », relève me semble-t-il d’une colossale erreur de perspective. Il existe en effet une différence fondamentale entre la culture populaire et la culture de masse, la seconde n’étant qu’une dilution de la première à grands coups de réductions « stéréotypantes » opérées par les médias… de masse. Pour parler plus concrètement : on n’aborde pas le problème des banlieues de la même manière sur Arte que sur TF1. Mais si, certes, une majorité de gens regardent TF1, cela ne signifie pas pour autant que seul un groupe d’individus, réductible à la notion grotesque d’« élite », regarde Arte. qu’on me prouve le contraire. 11 dossier Mais je m’égare. « à bas la culture » n’a d’autres prétentions que de parcourir, le cœur léger, les allées d’un musée imaginaire où s’entasseraient les artefacts d’expressions culturelles socialement dévalorisées. L’approche des « sous-cultures », née d’un refus du légitimisme de classe et des hiérarchies académiques, a été initiée dans l’Angleterre des années 60 (à travers les cultural studies), elle ne s’est développée dans la France cartésienne que plus tardivement, et plus timidement. Chez nous, en belgique francophone, où l’on en est réduit à opposer la crédibilité supposée du média public face à l’ogre privé, on voit combien il est difficile d’échapper à une vision verticale de l’analyse des phénomènes culturels. « à bas la culture » ne porte pas un regard externalisé, l’œil du théoricien, sur les cultures supposées d’en-bas. Ce sont les impressions d’un passionné, trop souvent asphyxié. Denis Dar gent Retrouvez toutes les chroniques « A bas la culture » sur notre site www.agirparlaculture.be nathalie Caccialupi



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