Agir Par la Culture n°31 jui/aoû/sep 2012
Agir Par la Culture n°31 jui/aoû/sep 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°31 de jui/aoû/sep 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,9 Mo

  • Dans ce numéro : dossier spécial... de chair et d'acier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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portrait aussi une espèce de vote de dépit sans conviction pour Hollande de la part des gens qui voulaient se débarrasser de Sarkozy. et en même temps j’ai eu l’impression que l’espoir est revenu après coup, avec le soulagement. C’était d’abord la crainte effectivement que cela ne change pas et que l’on ne parvienne pas à éjecter sarkozy. et une fois que cela s’est avéré, les gens ont commencé à réellement espérer en se disant que peut-être les choses allaient finalement changer ? oui, après on est dans un modèle social démocrate. est-ce que l’on reconduit en même temps des choses qui sont en place, on entend toujours des expressions comme « rassurer les marchés » qui pour moi à partir du moment où on entérine le fait que l’objectif d’une politique économique c’est de rassurer les marchés, ce n’est pas un changement ou une révolution, c’est juste d’autres méthodes pour finalement arriver aux mêmes fins. les méthodes semblent un petit peu moins expéditives et un petit peu plus soucieuses du bien pensant général. Ayrault en tant que Maire est très décrié sur le plan de l’écologie avec cette histoire d’aéroport surnommé « l’Ayrauport » qu’ils veulent implanter en zone rurale d’ailleurs depuis des années et dont personne ne veut. Mais à part cela, sur le plan de gestion de sa ville, il a permis à celle-ci, après des années de gangue de droite où les choses semblaient mortes et étouffantes, de respirer. Cela passe beaucoup par la culture. Ce n’est pas tout mais elle permet de rendre à des vies une saveur particulière, je défends ma chapelle mais je pense que par la culture on peut arriver à amener les gens à penser différemment et à s’exprimer tout simplement. C’est un axe à part. si tu étais Président, quelles seraient les mesures urgentes que tu prendrais ? Socialement, ce qu’il faudrait c’est une redistribution et une imposition plus forte. Arrêtons ce discours de : ne faisons pas partir nos forces vives. Ce discours-là comme quoi c’est la porte ouverte à toutes les délocalisations, il faut arrêter. les mesures qui ont été prises dans ce sens-là me semblent être ce à quoi je crois. Après je te dirais que j’ai une conscience politique. Après il y a un terrain sur lequel le temps passe et finalement rien ne se fait vraiment, Je veux parler des gens qui sont dépourvus de tout, des gens dans la rue, sur l’encadrement de ceux-ci, l’extrême précarité. Finalement les gouvernements défilent, les politiques se succèdent et se suivent et rien ne se passe. Je pense que ce n’est pas un enjeu électoral, ces populations-là tout le monde s’en fout, elles ne votent pas donc il y a un côté marketing. C’est là le côté marketing de la vie politique, c’est le marketing des présidentielles, on s’adresse à une clientèle. le plus choquant, c’est quand on entend des politiciens dire : « oui, mais on ne va pas prendre cette mesure, nos électeurs ne nous suivraient pas ». Mais le courage d’un homme politique c’est d’imposer son point de vue, ses convictions envers et contre tous sinon la guillotine serait toujours en vigueur et on couperait les couilles des pédophiles ! Sur un autre plan, il y a un livre de François emmanuel qui avait fait l’objet d’un film super « la question humaine ». Cela se passe en entreprise, une enquête est menée par un cadre qui va être amené à découvrir les secrets honteux et soigneusement gardés de l’entreprise notamment par rapport à la Seconde guerre mondiale et il y a tout un discours et une théorie sur le langage en entreprise, l’héritage de ce langage. d’où vient ce langage déshumanisé que l’on entend et qui est adopté dans les entreprises, ce sur quoi il peut déboucher et la mise en parallèle avec des choses qui ont donné lieu historiquement à des catastrophes. tout cela est intéressant et je pense que le langage est un vrai enjeu politique, c’est pour cela que quand on entend « rassurer les marchés » de la part d’un homme politique, ça me fait mal. quand j’entends un commentateur économique sur les ondes nationales parler de « rassurer les marchés » comme quelque chose qu’on ne discute pas, qui fait partie de l’ordre des choses, c’est très choquant. Quelle est ta citation ou ta philosophie préférée ? il y a une phrase que j’aime beaucoup qui est encore rattachée à la culture, c’est une phrase de robert Filliou, un artiste américain qui faisait partie dans les années 60 d’un mouvement artistique qui s’appelait 6 Franck loriou Fluxus et il a dit : « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». C’est un peu mon crédo par rapport à ma vie parce que ma vie est faite autour de cela, autant sur le plan de mon activité que sur le plan de la nourriture spirituelle. Je me nourris sans arrêt de disques, de bouquins, de films et j’en crève quand je n’ai pas cela. Je vis un peu pour cela hormis les relations personnelles, amoureuses, familiales, c’est vrai que toute ma vie s’organise autour de cela et j’ai du mal à m’entendre avec quelqu’un qui n’a pas du tout ce rapport-là parce que sinon cela induit un rapport prosaïque. Je trouve que c’est une façon pour moi idéale de se remettre les pieds sur terre, c’est justement de pouvoir s’en détacher de temps à autre pour souffler. et dans l’immédiat, ce sont les concerts, d’autres projets ? Pas de projets, mais j’écris pour des gens, j’écris des chansons pour Saule. J’essaie d’écrire pour Camélia Jordana parce que je trouve que c’est une jeune fille qui a une belle voix et qui a un caractère super trempé, qui est très mature. elle a vingt ans et elle sait très précisément ce qu’elle veut et en plus elle défend bien ses choix artistiques. elle va vers des gens comme Bertrand Belin, Mathieu Boogaerts. Je fais partie des gens qui ont découvert Mathieu vraiment sur le tard, c’est un vrai musicien et super créatif. Propos recueillis par sabine Beaucamp retrouvez l’interview en version longue sur le site www.agirparlaculture.be
les sages et les Fous L0 le vertige intellectuel me dépasse oomplèfz0m0nto complètement. Je Je ne ne dois dois rien rien comprendre à mon époqu0o époque. d’un D'un côté les études scientifiques de plus en plus nombreuses, nous prédisent le le basculement du du monde dans les les prochaines 01é00nni0so décennies. De de l'autre, l’autre, nos décideurs, de la politique à la culture, raisonnent et agissent à partir des des schémas du du XXème siècle, siècle. transformations accélérées de la nature, croissances productives comme unique solution, consommations illimitées comme sens de l’existence. la crise n’est qu’une panne, un passage désagréable avant de retrouver le chemin, certes modernisé et légèrement décarbonisé, d’un âge d’or à l’image des années d’Après-guerre. quel décalage, quel hiatus entre les débats économico-sociétaux qui saturent les médias en ronronnant les solutions du passé et les prédictions catastrophiques de penseurs et de savants. un gouffre entre les prophéties sur l’effondrement programmé des écosystèmes et le cadre mental archaïque qu’il préside aux controverses satisfaites à propos de l’actualité. la césure n’est plus tant entre un capitalisme débridé et une social-démocratie essoufflée, qui conserve une pertinence de surface, qu’entre l’optimisme béat de la très mesurée transition écologique et l’anthropologie aussi noire qu’implacable que nous fournissent les données de plus en plus inquiétantes des relevés scientifiques. une étude collective, publiée par la très sérieuse revue nature, décrit notre planète au bord d’un seuil 7 CC BY 2.0 par Beatrice Murch propos intempestifs critique qui modifierait radicalement nos conditions de vie. le responsable ? l’homme. le dernier seuil en date ? la révolution néolithique il y a 12.000 ans. et pendant cette advenue d’un changement d’ère, nos élites dissertent et se confrontent sur la relance des industries, le maintien du pouvoir d’achat ou la géopolitique la plus traditionnelle. loin de moi l’idée que ces thèmes ne soient pas décisifs pour la vie de chacun, ici et maintenant, surtout pour les plus humbles broyés par les mutations économiques. Mais ne pas les inscrire dans l’anticipation de la dévastation qui s’annonce est totalement irresponsable, du moins si l’on possède le sens de la prolongation de la destinée humaine. Ce fossé entre ce que nous pensons, nous croyons et ce que nous savons, comme l’explique Jean- Pierre dupuy, est proprement ahurissant. Pour celui qui veut tenter d’un peu moins mal décrypter son époque, au-delà des scansions électorales et des divertissements olympiques. une frontière cérébrale nous coupe en deux. nous agissons comme si le grand réservoir de la nature était illimité, paisible et à notre entière disposition. Mais un regard un peu sérieux, au-delà des nouvelles du soir ou de la petite phrase sur les réseaux sociaux, sur les analyses scientifiques nous laisse apeurés et affolés. Sans verser dans le scientisme, qui sont les fous et qui sont les sages ? entrevoir la catastrophe, décrite par l’étude de nature, à proprement inimaginable pour les esprits de chacun d’entre nous, est le seul moyen d’obtenir une chance de l’éviter. « A quoi pouvaient donc bien penser nos parents ? Pourquoi ne se sont-ils pas réveillés alors qu’ils pouvaient encore le faire ? ». Cette citation d’Al gore illustre ce que pourront penser nos descendants de notre somnolence morale et de notre gigantesque erreur intellectuelle. Mais, à la fin des fins, peut-être est-ce le destin de l’homme de cheminer vers le néant, la tête emplie de rires et de promesses ? Jean Cornil



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