Agir Par la Culture n°31 jui/aoû/sep 2012
Agir Par la Culture n°31 jui/aoû/sep 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°31 de jui/aoû/sep 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,9 Mo

  • Dans ce numéro : dossier spécial... de chair et d'acier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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réflexions Vous voulez dire de vente, d’achat d’actions, de titres,… ? Pas seulement, de plus en plus de choses. Si par exemple, vous êtes un taximan et que vous avez la dangereuse habitude de vous soumettre à votre gPS désormais articulé sur un système de temps réel, en fait, vous êtes téléguidés par un système. et personne ne commande ce système. C’est purement une sommation de systèmes d’observation, de capteurs,… c’est extrêmement dangereux. tout cela c’est un processus qui actuellement produit ce que j’appelle une incapacitation généralisée où il n’y a plus de décisions humaines. les êtres humains ne prennent plus de décisions. C’est une espèce de mécanisme aveugle qui se déroule et qui est soumis à simplement une règle : l’augmentation des produits spéculatifs. C’est l’exclusif critère de décisions qui est confié à ces machines. internet rend-il bête ? Je dis qu’internet, comme l’écriture, est un pharmakon : à la fois un poison et un remède. C’est un poison parce que, comme le dit Platon à propos de l’écriture, il peut me priver de mémoire et il peut m’empêcher de penser par moi-même. Je crois, comme nicholas Carr, qu’internet peut nous rendre bêtes mais, je crois qu’il peut aussi nous rendre beaucoup plus intelligents, surtout que l’intelligence c’est du collectif. et qu’internet est un espace collaboratif et collectif de publication. internet est une machine de publication. f C’est cela que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. la question est de savoir comment est-ce que nous faisons de ce bouleversement un rebond et une nouvelle histoire, un nouvel épisode de l’histoire de l’humanité pour lutter contre ce que j’appelle la mécroissance. la mécroissance est une façon de vivre devenue toxique pour la planète dont tout le monde sait qu’elle n’est pas soutenable parce que cette mécroissance est le résultat d’un consumérisme qui a transformé le désir en addiction. Ce qui fait que les gens ne sont pas heureux de consommer mais consomment quand même parce qu’ils n’ont plus rien d’autre à faire dans la vie. ils ne savent plus pratiquer la convivialité et recevoir des amis chez eux. ils ne savent plus élever leurs enfants. ils ne savent plus voyager tout seuls. ils ne savent plus conduire leur voiture sans un gPS ou vivre sans un téléphone portable. ils ne savent plus rien faire du tout. ils sont devenus addicts. et le marketing exploite cette addiction à un point tel que c’est quasiment le premier sujet en psychopathologie aujourd’hui dans les hôpitaux. Par où commencer pour refonder le monde ? Par l’école, par l’éducation ? Partout à la fois. il faut travailler sur les enfants. Je vais d’ailleurs bientôt faire au théâtre de la Colline une réunion sur l’enfance en danger. le nouveau Président de la république française, François Hollande, veut développer une politique de la jeunesse et je m’en réjouis beaucoup. Mais je voudrais essayer de dire à ce nouveau gouvernement que s’il 22 CC BY 2.0 par dick thomas Johnson veut vraiment faire cela, il faut qu’il attaque les vrais problèmes. Aujourd’hui, les enfants n’ont plus le droit d’avoir une enfance. ils sont privés d’enfance parce qu’ils sont privés de rapport à leurs parents. les médias sont tellement imposants et font tellement n’importe quoi qu’ils détruisent l’appareil psychique des enfants. Par exemple, dans les classes populaires, les enfants n’ont plus droit au processus d’identification primaire. dans les classes aisées, oui, parce que les parents sont plus cultivés et ils font très attention. quoi qu’il en soit, il faut travailler à ce niveau-là. Je soutiens que le modèle du logiciel libre est un logiciel contributif d’investissements qui est extraordinairement producteur d’intelligences collectives, de motivations, d’implications. Je dis cela en connaissance de cause : cela fait 20 ans que je travaille avec des ingénieurs qui sont dans ce modèle-là et moi-même je développe des choses dans ce modèle. Mais je travaille aussi sur des modèles d’énergie contributive, des banques contributives, ce que l’on appelle des coopératives bancaires. et je crois qu’il faut réinvestir tout cela non pas, comme disait edgar Morin, à la marge, pour le tiers secteur, mais dans tous les aspects, dans tous les domaines. Votre « manifeste de ars industrialis » commence-t-il à être entendu ? il est de plus en plus entendu. J’ai de plus en plus de discussions avec le monde économique et des grandes structures économiques parce que le monde économique voit bien que le modèle de Ford et du consumérisme du 20ème siècle ne fonctionne plus et qu’il faut trouver d’autres processus pour capter non plus les conservateurs mais les acteurs économiques contributeurs. il y a quelque chose de nouveau à inventer, c’est là qu’est l’avenir de l’europe. C’est d’ailleurs ce que dit Jeremy rifkin. et si l’europe ne joue pas cette carte, elle est fichue. Je dis cela à Bruxelles qui est la capitale de l’europe. C’est extrêmement important que les citoyens européens mais aussi les acteurs économiques se mobilisent pour obliger leurs responsables politiques à investir dans ce champ. Jean Cornil dernières publications de Bernard Stiegler : - etats de choc. Bêtise et savoir au XXième siècle, Fayard/Mille et une nuits, 2012. - Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : de la pharmacologie, Flammarion, 2010. www.arsindustrialis.org
médias oMBres du traVail et traVail de l’ombre À l’ÉCran Le le monde du travail A à la télévision, et et dans les médias en général, a ceci de paradoxal qu'il qu’il n'apparaît, n’apparaît, dans la majorité des cas, qu’absent qu'absent i0 : il en est question, principalement, en cas d'action d’action de grève importante ou inattendue, lors de 0°annonœ l’annonce d’une d'une fermeture d'entreprise d’entreprise ou d'un d’un licenciement massif, A à l'occasion l’occasion de la publication périodique des chiffres du du chômageo chômage… o a quand ce n’est pas son manque ou sa disparition que l’information épingle, le travail est généralement réduit dans les mots de l’actualité - comme dans ceux de l’entreprise capitaliste - à une figure de la négativité sociale pesant sur la vitalité de l’économie : il représente soit un « coût » (toujours suspecté d’être trop élevé), soit des « charges » (qui plombent la compétitivité). ou, encore, il passe pour une simple variable d’ajustement de la « contrainte » concurrentielle. il est plus rarement abordé du point de vue de son utilité publique - sa valeur d’usage -, de sa fonction d’émancipation et de protection dans la société salariale, de sa capacité bien réelle de création et d’adaptation permanente, au quotidien… « le travail est la montre de l’intelligence », proclamait un texte de 1833 publié dans l’Écho de la Fabrique (www.intermag.be/images/stories/pdf/capital_faconnier.pdf) qu’est-il donné à voir de la richesse des savoirs mobilisés ? de l’inventivité des façons de faire ou de s’organiser, en particulier des collectifs ouvriers ? de la force d’engagement à la tâche jusque dans la vie privée ? du sentiment partagé d’œuvrer à l’utilité sociale, à la construction de la société ? Autant d’éléments, pourtant, qui définissent le « capital culturel collectif » ou ce que Jean Blairon de l’association namuroisertA appelle le « capital façonnier » (en opposition à capital financier et capital foncier), capital à la fois constitutif du travail et producteur de richesse. déjà déniées par les modes de management de l’entreprise (mais néanmoins surexploitées), ces ressources subjectives « cœurs de métier » voient leur existence ignorée au sein des représentations sociales et médiatiques du travail. Au profit du seul capital productiviste. en ce sens, on peut dire que la place du travail dans l’information, par ce qu’il implique comme pratiques professionnelles objectives et comme formes d’investissement subjectives, est inversement proportionnelle au temps social et au temps psychique de cette occupation, au sens presque militaire du terme, dans la vie des femmes et des hommes. Cette vision déjà borgne du réel verse dans une cécité quasi-totale, cette fois, dès lors qu’on se préoccupe des secteurs ouvriers de l’emploi : les travailleurs qui opèrent à la chaîne dans les usines 23 médias CC BY 2.0 par Paul Hart automobiles ou alimentaires, les équipes des raffineries pétrolières, les ouvriers du bâtiment… Ceci même, alors que leur nombre, certes en régression en raison des mutations de l’économie, demeure conséquent : plus d’un tiers de la population active selon des données onSS récentes… un trÈs FaiBLe teMPs De PrÉsenCe a L’ÉCran les baromètres successifs 2011 et 2012 du Conseil supérieur de l’audiovisuel sur la diversité et l’égalité sont d’une clarté implacable. les chaînes belges francophones de télévision (tous types d’émission confondus, comme dans le seul genre de l’information) cantonnent les ouvriers et employés non qualifiés à la portion congrue, avec à peine 3 à 4% des acteurs visibles à l’écran ayant pu faire l’objet d’une classification socioprofessionnelle. tandis que la part belle est faite aux catégories socioprofessionnelles supérieures avec près de 50% du total. Cadres, dirigeants, professions intellectuelles -parmi lesquelles sont comptabilisés les journalistes visibles à l’antenne - interviennent, en outre, dans des fonctions plus prestigieuses (expert, porte-parole) tandis que les autres catégories apparaissent plus comme figurants ou témoins… Sous-représenté, relégué à la place « inférieure » de la hiérarchie médiatique, comme il l’est dans celle des nomenclatures socioprofessionnelles officielles, le travail ouvrier apparaît ainsi largement déprécié



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