Agir Par la Culture n°31 jui/aoû/sep 2012
Agir Par la Culture n°31 jui/aoû/sep 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°31 de jui/aoû/sep 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,9 Mo

  • Dans ce numéro : dossier spécial... de chair et d'acier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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à bas la culture Culture Mondo KitSCH ! Apparu quelque part dans la Confédération germanique vers 1860, le le mot kitschen désigne des objets fabriqués de manière bâclée, peu soignée, les meubles en particulier. L'expression, l’expression, d’où d'où découle le mot kitsch, s'applique s’applique plus plus généralement A à la la camelote revendue en sous-ma6n➢ sous-main, prétendument authentique mais résolument toc. Autrement dit —– et c'est c’est 12 là que ga ça devient intéressant —➢ –, faire du neuf avec du vieux. Et et inversement. Avec le temps, kitsch est devenu surtout synonyme de mauvais goût, d’excès et d’outrance dans la représentation. une acception commune qui ne répond évidemment pas aux deux questions essentielles : qui détermine le bon goût ? où commence l’outrance ? demandez à l’internationale du sectarisme ce qu’elle en pense… Ce petit préambule lexical permettra aux lecteurs attentifs de mieux comprendre pourquoi, lorsqu’on a défendu tour à tour le charme désuet de l’art commercial, la valeur intemporelle des souvenirs de vacances, le mystère pénétrant des poupées russes, l’inventivité de la littérature de gare et le combat social-visionnaire de Starsky & Hutch, on se fait inévitablement traiter de kitsch par le premier citoyen ordinaire venu. C’est ainsi, on n’y peut rien. les hommes modernes aiment à englober au moyen d’expressions toutes faites les phénomènes qui leurs échappent. nous, pourtant, dans notre extrême naïveté, nous pensions simplement mettre en valeur les mille et une formes de l’art modeste, un concept bien plus parlant, derrière lequel on retrouve surtout l’Humain, quelle que soit son origine, qui toujours avec passion et humilité façonne des objets, créent des images et des sons qui, par leur poésie accidentelle, apaisent nos sens et nous entraînent pour un temps dans les zones de l’autonomie cérébrale. la solitude face à la mer de glace ou quelque chose dans le genre… des trucs kitsch quoi ! 20 Ce qu’ignorent en outre les nouveaux philistins, c’est que le kitsch n’est ni un courant ni une école, non, c’est une manière de ressentir les choses, une affaire de regard et d’alchimie. Alors, aux contempteurs du kitsch, n’ayant que ce seul mot pour vocabulaire, je dirai ceci : c’est vous, esprits suffisants, qui êtes kitsch ! Kitsch comme votre société de consommation effrénée, kitsch comme vos automobiles informes, kitsch comme vos pensées standardisées, kitsch comme vos tenues d’été, kitsch comme vos tatouages « tribaux » réellement hideux, kitsch comme vos comptes Facebook pleins d’informations aussi inutiles que narcissiques, kitsch comme vos croyances religieuses ! le monde entier n’est plus qu’une vaste kitscherie ! Voilà pourquoi, dans la possibilité d’une île (Fayard, 2005), Houellebecq écrit : « Au fond, c’est une question de degré (…) tout est kitsch si l’on veut. la musique dans son ensemble est kitsch ; l’art est kitsch, la littérature elle-même est kitsch. toute émotion est kitsch, pratiquement par définition ; mais toute réflexion aussi, et même dans un sens toute action. la seule chose qui ne soit absolument pas kitsch, c’est le néant. » Denis Dargent nathalie Caccialupi
Bernard StOGglGr Stiegler est est un un philosophe en en lutte, auteur, prolixe et et inspiré, de de réflexions sur des domaines aussi variés que l'avenir l’avenir industriel, la technique, le numérique ou la la té0év6s6on0 télévision. il Il a a créé un un groupe d’analyse, d'analyse, Ars ino7ustr6al6s, industrialis, doté doté d’un d'un Manifeste, pour repenser au niveau européen, tout notre rapport à à l'univers l’univers du du capitalisme toohnoDogôq000 technologique. Bernard Stiegler a participé en mai dernier A à une conférence dans le cycle Philo du PAC PAC et de Philosophie Mogazônoo Magazine. est-ce que l’on peut dire que vous êtes un philosophe en lutte contre le capitalisme autodestructeur, contre la calculabilité généralisée, contre la misère symbolique. Vous êtes un philosophe engagé dans la cité pour un autre modèle de société ? Je suis un philosophe. Je pense que les philosophes sont toujours en lutte d’une manière ou d’une autre contre un état de fait face auquel il voudrait faire valoir un état de droit, un état de droit qui est requis face à une situation qui devient insupportable. oui, je suis en lutte contre ce que j’appelle l’incurie, contre ce que j’appelle le populisme industriel, le capitalisme pulsionnel. Après, mon rapport au capitalisme est complexe : je ne crois pas comme certains, que le capitalisme est mort. Je pense qu’il est effectivement devenu autodestructeur et qu’il ne faut pas le laisser développer cette tendance autodestructrice parce que c’est nous qui sommes détruits par cette autodestruction et pas seulement le capitalisme lui-même. Mais je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une alternative non capitaliste réellement accessible dans les dix prochaines années qui viennent. Ce que je crois, c’est que la grande question d’aujourd’hui est la mutation industrielle. Vous écrivez : « on entre au fond dans la 2 ème phase de prolétarisation, les ouvriers perdent le savoir-faire et les consommateurs perdent leur savoir-vivre ». Ce sont les conséquences existentielles de cette phénoménale et gigantesque mutation industrielle que nous vivons ? J’y ajouterais même que les concepteurs y perdent leur savoir-penser et concevoir. Je me suis beaucoup penché ces dernières années sur le cas d’Alan greenspan et son système de défense lorsque la Chambre des représentants à Washington lui a demandé d’expliquer comment il avait pu laisser les subprimes, lehman Brothers et Bernard Madoff devenir finalement la réalité effective du système financier américain ? il a répondu qu’il n’y comprenait rien. C’est, pour reprendre le vocabulaire de l’économiste indien Amartya Sen, un processus d’incapacitation, la perte de capacitation c’est-à-dire de la capacité intellectuelle à comprendre et donc une impuissance à faire. nous sommes face à une prolétarisation du savoir ? Au 21 ème siècle, cette prolétarisation se produit avec l’automatisation numérique où de plus en plus, ce sont des robots qui prennent les décisions. Paul Virilio 21 réflexions bernard stiegler : pHilosopHe en lUtte a soulevé très intelligemment cette question dans son plus grand livre « Vitesse et politique » lorsqu’il disait que si on voulait bien interpréter la négociation qui a eu lieu entre Brejnev et nixon en 1972 sur le désarmement nucléaire, il fallait comprendre qu’ils avaient parfaitement conscience du fait que le système était devenu totalement automatique : la guerre ne sera décidée ni par l’union soviétique ni par les etats-unis mais par un robot. le système est arrivé avec des performances de vitesse tellement grandes que les militaires ne peuvent plus prendre des décisions et encore moins les chefs d’etat. Ce sont les robots qui prennent les décisions aujourd’hui dans le système financier ! CC BY 2.0 par Silveira neto



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