Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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portrait culturel routes. Cela fait rire parce qu’on comprend très bien ce que cela veut dire. Cela veut dire que l’essaimage des moyens dans une ville comme celle-ci par rapport à un projet culturel est un danger et une opportunité. L’inscription dans un plan communal de développement rural de Tournai est un des éléments de réponse à cela. Il ne suffit pas d’embellir des places publiques, il faut que, quand on a l’opportunité de le faire, il y ait des salles, des maisons de villages qui sont comme des maisons d’associations, des endroits où la vie culturelle vient lécher au plus bas niveau de citoyenneté possible les bases communales. Et puis à côté de cela, il y a toute la politique de l’événementiel. quel est le grand per sonnage historique et le gr and intellectuel qui aujourd’hui imprègnent ton engagement politique ? Le grand personnage historique, c’est Spartacus. Je trouve que c’est un des plus beaux moments de révolte de l’humanité. Ce sont ceux-là mêmes qui sont placés dans la même position que les Kapos dans les camps de concentration et d’extermination allemands qui doivent surveiller les leurs dans des conditions de dégradation où ils sont annihilés psychologiquement. Ces esclaves qui sont des gladiateurs sont ceux qui doivent faire verser le sang des leurs pour survivre un petit peu plus longtemps. Je trouve qu’il y a là une filiation et que ce sont ceuxlà qui se sont révoltés à un moment donné contre leurs oppresseurs auxquels ils offraient un spectacle. Ils se sont transformés en forces armées organisées, ont résisté, et pour finir aussi, comme dans le Germinal de Zola avec leurs martyrs, ils ont été crucifiés sur une voie longue qui menait à Rome. C’étaient les premières bases de la révolte humaine, en tout cas dans notre histoire, contre l’oppression. Ce qui explique que des mouvements de gauche, les spartakistes, Rosa Luxembourg, s’en sont inspirés par la suite. Je reste attaché à ce personnage. Privilégier un intellectuel, c’est extrêmement difficile parce qu’il y en a des myriades. Si je devais en choisir un, très modestement, je choisirais quelqu’un qui n’est peut-être pas un intellectuel à la hauteur des sphères internationales mais qui m’a touché personnellement. C’est Marcel Liebman. quel est le film que tu as r e gardé der nièr ement ? « The Man from Earth », L’Homme de la Terre. C’est un film, une coproduction canadienne, je pense, qui raconte l’histoire d’un homme d’une quarantaine d’années, qui réunit ses amis, profs d’unif dans différents domaines sciences, psychiatrie,…, et qui leur avoue avoir plus de 40.000 ans. C’est un homme qui n’arrive pas à mourir et qui a vécu le néolithique. La question est : est-ce que ce type est un fou ou est-ce que son histoire est vraie ? Sur le plan intellectuel, c’est un des plus grands moments de plaisir que j’ai eu depuis très longtemps à partager. quel est ton r appor t à la musique ? Je pourrais parler de ce que je n’écoute pas, je déteste la musique agressive et je suis assez irrité par la musique électronique. C’est peut-être une forme d’hermétisme à une évolution très récente de la musique. Je suis sensible aux musiques douces. C’est tellement classique pour un laïc de se référer à Mozart… Je suis plus marqué par les voix et les chants italiens, par un artiste comme Zucchero ou le russe Vyssotski qui sont un petit peu dans le même registre, qui me touche. Brel, bien sûr. Le rappor t à la nature, cela t’inspir e ? Oui, j’aime le vélo et singulièrement le VTT. J’ai pratiqué longtemps le vélo sur route et j’aimais 6 pac-g d’ailleurs le faire à titre presque de compétition. quand j’étais jeune, j’étais sur la route tout le temps. J’ai fait des rallyes à vélo, des compétitions mais maintenant, je fais du VTT. Pour moi, c’est le moyen de rejoindre le plus directement la forêt, la nature, et de sentir l’odeur de la terre. J’ai un rapport sensuel à l’odeur de la terre. J’aime l’odeur de l’humus. Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais c’est ce qui me reconstruit le plus. Pour toi, le lieu enchanteur sur la planète, à par t Tour nai, ce ser ait où ? En dehors de ma terre tournaisienne et du pays des Collines que j’aime beaucoup, ce serait une ville qui est un ancien comptoir grec, une péninsule aujourd’hui en Bulgarie, où je vais quasiment chaque année, construite encore de vielles maisons en moellons de pierre et un encorbellement avec des pièces de chêne. C’est la ville de Sozopol, Sozopolis. C’est une ville dans laquelle nous avons des amis qui ont une maison un peu isolée de tout. C’est comme si on retournait au moins deux siècles en arrière. Là, c’est la Mer Noire qui est une mer d’encre à certains moments. Elle peut être parfaitement opaque. C’est un contexte climatique qui ressemble très fort au contexte méditerranéen. On a souvent de la Bulgarie une vision d’un pays de l’est ex-bloc communiste. C’est faux. Si l’on regarde bien une carte, le nord de la Bulgarie commence à la latitude de Rome. On est là-bas dans un climat qui est très agréable l’été, plus dur l’hiver car il ne bénéficie pas du Gulf Stream comme nous l’avons ici dans notre partie de l’Europe. Mais c’est vraiment un coin de paradis. Propos recueillis par Sabine Beaucamp et Jean Cor nil Retrouvez cette interview en version longue sur www.agirparlaculture.be
PENSER AILLEURS Ce qui est par compte rarement évoqué, c’est l’arrière-fond théologique de l’imaginaire politique moderne. à la différence de la hiérarchie de la Grèce antique, il y a une parenté de signification entre la doctrine chrétienne et nos conceptions du politique. L’éthique communautaire chrétienne a profondément imprégné notre rapport au pouvoir, à la légitimité, à la hiérarchie, à l’autorité. Toutes nos approches modernes de la démocratie, de l’anarchisme ou du communisme, de Rousseau à Marx, sont baignées par les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de paix universelle ou de l’autonomie de la conscience critique. De Jean-Marc Ferry à Michel Onfray, les démonstrations comme les dénonciations ne se comptent plus. Des notion de souveraineté et de représentation aux exigences d’unité et d’autonomie, la prégnance du message divin sur notre organisation politique confirme le principe selon lequel le monde sécularisé d’aujourd’hui est la tradition profane du monde religieux d’hier. Affinons le trait à propos de la crise économique actuelle. S’appuyant sur les fameuses thèses de Max CC BY-SA 2.0 par Jon Diez f I ^.o4*rsw,. ; - - - _,i.. Weber sur l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Mona Chollet remonte aux sources morales de l’austérité, très en vogue dans l’espace européen. Car, sous le couvert de la rationalité économique, c’est en fait un substrat culturel et religieux qui détermine les choix posés. La rigueur fleure bon l’influence de l’ascèse calviniste et le péché de paresse tant honni par Luther innerve nos plans d’accompagnement des chômeurs ou l’allongement de l’âge de la retraite. Dans l’optique puritaine, prendre du bon temps, se reposer ou profiter de la vie devient moralement condamnable. On ne peut plus « souffler » sans mauvaise conscience. Après la laïcisation des états, la tâche sera à la démonothéisation des esprits. L’obstination de la rigueur flirterait-elle avec les vertus de la mortification ? La certitude éthique expliquerait bien plus le choix des mesures que l’apparente raison économique. Walter Benjamin écrit que « le capitalisme est probablement le premier culte qui n’est pas expiatoire mais culpabilisant ». Prenez la dette. De sa limitation à la règle d’or, elle aspire tout le débat politique. 7 propos intempestifs à lire les commentaires médiatiques des temps présents, la politique moder ne se ser ait émancipée de la tradition religieuse et des dogmes transcendants. Les querelles du sacré et du profane appar tiendr aient désor mais à notre passé. La sécularisation ayant réalisé son œuvre historique, il conviendrait, comme nous le rappelle sans cesse l’actualité, de bien défendre les frontières de la laïcité et de lutter pied à pied contre tout empiètement spirituel au sein de l’espace public. Les balises du débat, en évolution constante, sont bien connues et alimentent souvent la r aison primaire du politique, en ter mes de communauté, d’identité, d’appar tenance ou de nation. Car, comme le raconte Alexandre Lacroix, « la dette est la structure morale et métaphysique première de notre culture ». Elle implique une vision linéaire de l’histoire qui va en s’améliorant. « La conception judéo-chrétienne du temps est en quelque sorte la condition mentale d’une action économique pariant sur la croissance » écrit-il. Aujourd’hui plus de Jésus venu racheter les dettes des hommes envers Dieu lors du péché originel. Mais des états qui sauvent avec l’argent public les conduites imprévoyantes. Plus de Bible ou de Providence qui garantissent les promesses célestes mais une Banque centrale qui assurera l’avenir des hommes et des gouvernements pour autant qu’ils expient dans la souffrance et la culpabilité les forces prométhéennes qui les ont conduits à croire qu’ils pouvaient sans cesse se dépasser. Il s’agit bien de commencer à penser ailleurs. Jean Cor nil



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