Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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portrait culturel RUDY DEMOTTE : DE SPARTACUS A TOURNAI… Rencontr e avec Rudy Demotte, Mini str e-Présiden t de la Wallonie et de l a Fédér ation Wall onie-Br u xel les qui nous a accueillis dans sa maison tour naisienne, on y aperçoit le centre ville au loin, les cinq clochers. Cette maison qu’il a voulue minimaliste, laisse entrer un faisceau de lumière maximal. On y a par lé de projet de ville, de la place et du sens du mot « culture », de folklore, de rurbanité, de nature, d’engagement politique… Est-ce qu’il existe une spécificité de la cultur e Wallonie-Bruxelles à côté de la puissance de la Fr ance et au- delà de la puissance de la culture anglo-saxonne ? Tout d’abord, c’est toute l’ambiguïté du mot « culture », est-ce qu’il existe une culture ? Au quel cas si on répond « oui, il existe une culture » c’est qu’on lui donne un sens universel. Et donc il est difficile de la contingenter sous l’angle d’un territoire ou d’une institution. Et j’ai tendance à dire qu’il existe une culture universelle mais qui est détachée du territoire et qui est difficilement définissable parce que l’universalité est par nature quelque chose qui se construit dans le lien commun qui est lui-même très évolutif. C’est compliqué à expliquer mais, pour moi, la culture universelle existe, mais ce n’est pas la culture wallonne. Est-ce qu’il existe une culture wallonne ? Je pense qu’il existe des cultures wallonnes. La Wallonie est un espace géographique qui est en construction, l’identité est liée au territoire et il est courant de la décliner selon les saveurs du terroir. Je dis le mot ‘’saveur‘’volontairement car souvent on a réduit la culture wallonne à son folklore, à ses dialectes, à ses produits de bouche. C’est une culture multiple au sens de la déclinaison du terme comme les déclinaisons que l’on a apprises dans les langues anciennes. Et donc, la culture est à la fois multiple mais occupée à trouver ses repères d’identification. La culture francophone, entre les francophones de Bruxelles et les Wallons, existe aussi et elle est, ellemême, bigarrée, métissée. Elle est elle-même assez équivoque et se nourrit de ce caractère. Ce sont tous ceux qui lors de leurs études, se sont confrontés à la multiplicité des cultures à Bruxelles. Ils viennent d’un terreau où ils ont effectivement vu une coloration particulière. Si on se rend ou habite à Bruxelles, on rencontre des populations beaucoup plus métissées. Donc l’approche du Wallon au contact de la culture ou des cultures bruxelloises est teintée de ces mouvements migratoires estudiantins d’abord, des navetteurs qui vont sur Bruxelles ensuite. 4 pac-g Maintenant, est-ce que la culture francophone bruxelloise au contact des Wallons en est, ellemême, imprégnée, je pense que oui, car il y existe de plus en plus une mobilité des Bruxellois vers la périphérie bruxelloise. Comme Bruxelles a toujours existé avec son hinterland brabançon flamand ou wallon, aujourd’hui, il y a de nouveaux territoires sur lesquels des Bruxellois vont planter leurs racines. C’est notamment le cas de la Wallonie picarde. quand on voit que Charles Picqué a choisi de mettre sa seconde résidence sur une des communes qui fait partie de l’entité d’Ath. quand je vois la composition d’une commune comme Enghien qui est véritablement devenue la porte de Bruxelles, Silly dont 40% de la population est aujourd’hui bruxelloise, ou encore Lessines le Pays des Collines, partout les Bruxellois ont trouvé un lieu où ils peuvent vivre, s’évader en dehors de la périphérie stricto sensu de Bruxelles. Oui, ce mouvement de friction de la culture francophone bruxelloise aux cultures de terroirs wallons est en train de se produire. Et il y a d’ailleurs un concept qui en est vraisemblablement né, c’est la « rurbanité ».
pac-g Ce sont à la fois des urbains car ils possèdent une culture urbaine à la base mais ancrée dans la ruralité. Et la ruralité devient un récipient d’exigences qualitatives supérieures, les services par exemple. On ne se contente plus de la bibliothèque de village, c’est l’événementiel que l’on veut attirer sur le territoire. Précisément l’événementiel est apporté par ces populations. On a aujourd’hui des groupes maghrébins qui, viennent se produire dans la région et qui, au contact des populations des campagnes, s’enrichissent mutuellement. Si tu devais classer les trois œuvres de la culture wallonne et bruxelloise qui ont été déter minantes dans tes choix politiques et esthétiques, quelles seraient-elles ? D’abord, je suis très inspiré par le patrimoine architectural. Je sais que c’est un peu réducteur mais ce que mes sens retiennent pour la Wallonie, c’est le Grand Hornu. Sa conception architecturale, le côté rotondinal de l’ensemble qui est en commun, la cohabitation de la culture et de l’économie qui se fait aujourd’hui par le redimensionnement muséal de ce lieu qui fut jadis un charbonnage m’inspirent. Le contemporain dans un site qui semble appartenir à un autre siècle m’intéresse. Le deuxième élément que j’aimerais présenter si j’étais amené à capitaliser nos points saillants culturels mais pour Bruxelles cette fois, ce serait le Théâtre de Toone. En disant cela, c’est presque l’image du piège à touristes. Mais en même temps, j’ai envie d’être provoquant parce que le Théâtre de Toone, c’est le métissage linguistique parfait qui montre que cette terre bruxelloise dont le Zinneke est la langue de référence nous rappelle à une grande modestie. Cette friction culturelle a un côté extrêmement pertinent dans le Théâtre de Toone. Vous savez combien je suis attaché à la ville de Tournai, on considère le Théâtre de marionnettes comme une faculté d’exprimer une réalité, mais, d’un autre côté, les messages qui passent sont eux-mêmes porteurs de sens au-delà de ce côté un peu folklorique. 5 portrait culturel Et le troisième point saillant que je ferais découvrir sur la Wallonie, ce sont les dimensions culturelles invisibles qui font partie du patrimoine immatériel de l’humanité. Parmi elles, je ne prendrai pas les grands carnavals mais davantage un moment qui a existé dans de nombreux villages, qui a tendance à disparaitre de plus en plus : c’était ces bourses d’échanges émotionnelles de ce que l’on vivait pendant la journée. J’ai vécu cela non seulement en Wallonie picarde, mais aussi en Flandre. Les gens déposaient la chaise sur le trottoir ou invitaient chez eux leurs voisins. C’est un des points qui me manque d’ailleurs le plus dans la vie contemporaine. Est- ce que tu as une expression picarde qui te tient par ticulièrement à cœur ? « Le bac finit toujours par se retourner sur le pourchau ». « Une auge finit toujours par se retourner sur le cochon ». Donc on devine intuitivement ce que cela veut dire et c’est la même chose avec l’expression « on est toujours noirci par un noir pot ». Cela se traduit par « on est toujours noirci par quelqu’un qui est plus sale que soi ». En politique, ceci sous-tend comme réflexion : on doit s’abstenir d’avoir une attitude, un comportement qui se sert des défauts des autres et qui soutient le négatif des autres. C’est quand même une des raisons pour laquelle dans mon engagement politique, on ne m’entend jamais me positionner en termes d’opposition ad hominem. Si tu deviens Bour gmestr e de Tour nai en octobre 2012, quelle ser ait la place que tu accorder ais à la culture ? D’abord, pour moi un projet de ville, c’est un projet qui organise la relation de l’homme et de la femme à l’environnement urbain, et Tournai est un environnement urbain atypique parce que c’est une ville de 35.000 habitants fusionnés avec 29 villages qui font eux-mêmes au total 35.000 habitants. Elle est donc dans un rapport parfait d’équilibre entre la campagne et la ville. Cette situation oblige à une réflexion sur la culture qui n’est pas une réflexion liée à des murs. Ce n’est pas la culture institutionnelle. Donc la relation des hommes et des femmes, dans une ville de ce type, à la culture est forcément une relation qui est empreinte de décentralisation constante. quelle est dans les villages de Tournai la manière de faire en sorte que chacun prenne part au projet ? Ce n’est pas simple. C’est d’ailleurs la plus grande commune en termes de superficie de Belgique avant Anvers. Dans ce contexte-là, la culture est un enjeu extrêmement compliqué. C’est aussi compliqué à Tournai que la réparation des



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