Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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l’air du temps DIT PAR JEAN-LOUIS BARRAULT C’EST LÉGAL D’OCCUPER UNE USINE ? Elle chantait « Si j’avais des millions », Dalida, au bras de Mitter rand, en mai 81 ? Je ne sais pas moi ce qu’elle chantait. On la voit sur les photos (déjà 30 ans, tu le crois ça ?), défilant la rose au po ing. quelle chanteuse populaire défilerait aux br as de qui, sur les boulevards ? Mireille Mathieu et Enrico Macias aux bras de Sar kozy ? Et on aur ait mis qui aux bras de Di Rupo ? Il n’a pas défilé ? Ce n’était pas une victoire ? Ah ben pardon, désolé, je ne le ferai plus. Ah puis tiens celui-ci, qu’est-ce que je me le suis passé : Frédéric, j’ador ais écouter ça « Après, la vie t’a bouffé, comme elle bouffe tout l’monde, aujourd’hui ou plus tard, et moi, j’ai suivi » (Claude Léveillée). Ceci n’a rien à voir avec cela, mais je tenais à vous dire que j’ai fait comme tout le monde, je veux dire notre monde ; j’ai allumé ma télé pour regarder ze voïsse. Si. J’étais scié. Si. Franchement. La gomme qu’ils mettent dans la télé pour faire croire que c’est bien. Les larmes qu’ils arrachent aux participants, les sourires forcés du jury, franchement, je n’y croyais pas, je pensais que c’était un remake des Inconnus de la belle époque. quoi ? Il y a un demi-million de Belges qui regardent ça le soir ? Hé hé hé, comment ils le savent ? Ils sont chez les gens, derrière les divans ? Arrêtez de croire ce qu’on vous raconte. Ce truc immonde qu’on vous sert à la louche est à dégueuler ! Notez, il y a un truc sur la télécommande, en général au-dessus à droite ; quand on pousse dessus tout s’éteint et la vie s’allume. Dingue non ? ! Il fut un temps où Pierre Seghers, merveilleux éditeur de poètes, demandait à des comédiens de lire des poètes. Et, tenez-vous bien, ça se vendait et les gens écoutaient. Entendre Jean-Louis Bar r ault dire Les amants séparés d’Aragon était un vrai bonheur. Et ça se fait encore, notez bien. Ecoutez, Lire (Gallimard) édite des CD. J’ai reçu par exemple de mon ami François Le contraire de un, de Er ri de Luca, lu par Thibault de Mon talembert. Magnifique. Aussi beau que lorsque j’ai entendu à la radio un homme politique dire qu’on n’était pas obligé de suivre la loi imposée par « le Marché ». Nous on est pour. On attend quoi alors ? Zut, je m’éloigne de mes 45 tours. 26 Anne Vander love, vous vous souvenez ? Elle chante encore et c’est toujours aussi touchant. Peu de chance, et tant mieux, que vous ne l’entendiez à ze voïsse ! Tiens, j’ai revu Philippe Anciaux l’autre jour. On a parlé de chansons, de Tihange aussi, comme quoi, les chiens ne font pas des chats ; je me comprends. An ciaux, c’est comme Beaucar ne ou Semal. Ils m‘ont appris à regarder où j’étais né, où je vivais, et avec qui. Ce n’est pas rien. Vous ne les avez plus entendus à la radio depuis longtemps ? C’est normal, nous avons une radio publique qui doit passer des publicités et dérouler un boulevard pour les rimdjimdjim qu’il faut vendre. C’est sans doute à cause de ces chanteurs brelges que je suis ce matin de mai 2012 occupé à écrire une chronique pour le magazine d’un mouvement d’éducation populaire. Et d’avoir, avec des camarades, créé Royal Boch, la der nièr e défaïence. Ce n’est pas rien. Je discutais de l’occupation de Royal Boch avec des stagiaires justement. L’un d’eux m’a demandé si c’était légal d’occuper une usine. J’ai vu le fossé qui me séparait d’eux, j’ai entendu d’où ils parlaient, de si loin. Je me suis dit que ce n’était pas grave, qu’il suffisait de lancer des filins et de construire un pont, vite fait. Dans le fond, l’éducation populaire, c’est peut-être ça ; construire des ponts. Comme quand Yves Montan d chantait Le chant de la libération. Vous connaissez l’histoire : Kessel et Dr uon écrivent les paroles sur cette mélodie d’Anna Mar ly. En 1943, des avions de la RAF larguent par millions les paroles sur la France. Comme un pont entre la France occupée et l’Angleterre libre. Alors, quand j’entends Montand qui entame cette chanson, je vois mon père, résistant, parcourir les rues namuroises avec, sous sa veste, des tracts et des armes qui lui vaudront 18 mois de camp de concentration. Est-ce légal d’occuper une usine, c’était ça la question ? Daniel Adam
R OMAN Ciel Seraing Bozidar Frédéric Editions MEO, 2012 Un roman policier au goût des bords de Meuse. Seraing et ses hauts-fourneaux fiers et crasseux. Un polar sidérurgique où « Le Vuk », commissaire attachant, enquête sur des syndicalistes assassinés par une étonnante arme japonaise. Bozidar Frédéric, né en Croatie, adolescent à Seraing et ancien officier de marine, réussit un roman à la fois émouvant et captivant, notamment dans sa description de l’univers de la métallurgie et par la force de caractère de ses personnages. Hommage à une époque qui s’évapore. Nostalgie, incertitude du futur, grandeur et décadence de la classe ouvrière. (Jean Cornil) www.meo-edition.eu CIEL SERAING La Vie après Virginie Linhart Seuil, 2012 Après « Le jour où mon père s’est tu », récit désabusé sur un homme ayant espéré une issue révolutionnaire aux impasses du capitalisme triomphant, Virginie Linhart, réalisatrice de documentaires, se penche sur le passé de ses grands-parents, juifs, survivants des camps d’extermination. La narration débute par un éloge permanent de la Suisse par son grand-père, incompréhensible aux yeux de la petite-fille en raison de la tragédie vécue sous le nazisme. Elle comprendra que pour ce Juif polonais, rescapé de la Shoah, qui ne parlât jamais de l’enfer de l’Est, Verbier, avec sa neige immaculée, représentait le symbole de la vie d’après les camps. Virginie Linhart se lance dans une recherche des survivants, non pour qu’ils racontent la douleur et la mort, mais au Virginie Linhart LA VIE, APRES contraire pour les faire témoigner de comment ils ont pu vivre après. Bouleversants récits, incompréhension au retour des déportés, voire négation de la solution finale. L’historienne Annette Wieviorka avait déjà mis en exergue « l’oubli » de la déportation et du génocide dans les années d’après-guerre. Le livre est une magnifique et émouvante succession de rencontres où chacun raconte avec pudeur comment il a pu vivre, ou survivre, après avoir subi l’innommable. Simone Veil écrit dans son autobiographie qu’il valait mieux, dans la France d’aprèsguerre, si on avait de l’ambition professionnelle, ne pas mentionner sa déportation. Dissimuler Auschwitz ? à peine croyable et terriblement interpellant. (JC) Les champs de bataille Dan Franck Grasset, 2012 Il faut lire les romans de Dan Franck. Non seulement parce qu’ils sont superbement écrits dans une langue élégante mais aussi parce qu’ils revisitent notre mémoire de l’engagement tout au long du dernier siècle. « Je tiens Libertad ! », publié en 2004 à la suite de « Bohèmes », pour un ouvrage de référence. Il met en scène écrivains et intellectuels, d’Aragon à Orwell, de Prévert à Hemingway, face à de moments forts de l’histoire : la Révolution russe, la Guerre d’Espagne, la montée du nazisme. Passionnant comme un roman. Dan Franck poursuit avec « Minuit », la nuit de l’occupation, les aventures des créateurs, de Henri Matisse à Simone de Beauvoir, de Jean Paulhan à Antoine de Saint-Exupéry, sous le joug des troupes allemandes. Et l’écrivain vient de publier un nouveau roman consacré à Jean Moulin, martyr de la Résistance, dénoncé puis torturé à mort par le gestapiste de Lyon, Klaus Barbie. Dan Franck essaie de comprendre le drame de Caluire, le 21 juin 1943 et rouvre le dossier au travers de l’interrogatoire de René Hardy, le principal suspect qui fut par deux fois acquitté. Une plongée au cœur de l’ambivalence de l’âme humaine. (JC) DAN FRANCK Les champs de bataille ANTHR OPOLOGI E Adolescence en ex il Pascale Jamoulle & Jacinthe Mazzocchetti Editions Academia, 2012 27 découvertes Doublement exilés, les adolescents migrants ou enfants de migrants se sentent non seulement étrangers à leurs propres corps et identités, mais sont aussi désignés comme étrangers par la société d’accueil et victimes de disqualification sociale, de violence d’état et d’incessantes « rafales racistes ». Sur base d’observation ethnographique, de recueil de récits de vie et d’entretiens, cette enquête, en profondeur, réalisée dans les quartiers du nord-ouest de Bruxelles s’intéresse aux jeunes Bruxellois issus des anciennes ou des nouvelles migrations. Elle montre en creux qu’aux discriminations subies répondent une solidarisation des groupes et un regroupement autour de la même couleur de peau ou la même origine culturelle, une affirmation des différences et de leur double-culture. Ce « communautarisme » supposé pourrait paraître suspect dans nos sociétés réputées universalistes. En fait, cela éclaire le fossé existant entre des discours égalitaristes et anti-communautaristes et « l’égalité des chances » que notre société promeut alors même qu’elle est profondément inégalitaire dans les faits. Se regrouper, dès lors, peut être une stratégie de résistance contre une société qui « ne fait pas ce qu’elle dit et ne dit pas ce qu’elle fait ». Pour preuve, les chiffres rappelés en introduction. Si 14% des Belges vivent sous le seuil de pauvreté, ce chiffre monte à 59% pour les personnes d’origine turque et 56% pour celles en provenance du Maroc ! Le croissant de pauvreté qui traverse plusieurs communes implique un cumuldes précarités (logement, emploi, santé) et des perspectives d’ascension sociale faible et de descension sociale forte. L’enquête raconte les quartiers tels que les jeunes les vivent, en observant notamment que les violences de groupes de jeunes s’inscrivent dans des processus globaux bien plus violents encore à l’instar du remplacement du salariat par le précariat. La présence des chercheurs sur le terrain lors d’évènements violents comme des émeutes ou rixes entre groupes rivaux, permet une analyse très profonde et une recontextualisation loin du sensationnalisme de la presse. Se basant sur le vécu des adolescents rencontrés, cet ouvrage est une plongée dans les quartiers, une analyse fine, loin de tous raccourcis, analysant les représentations véhiculées par les médias ou les politiques publiques et leur réception par les populations qu’elles concernent. (Aurélien Berthier) www.editions-academia. be



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