Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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à bas la Culture STARSKy & HUTCH DANS L’ÉVIER INFERNAL… « Des nou veaux che valier s au gr and cœur, mai s qui n’ont jamais peur de rien… » D’entrée de jeu, flinguons cet insipide générique fr ançais accolé de force à notr e série US préférée dès 1982, vérita ble scie débilitante signée Haim Saban, produc teur spécial isé dans les « adapt ations » de génériques américains : Dallas, L’agence tous risques, L’homme qui tombe à pic… Ce genre. On était loin, bien loin des versions instrumentales originales confiées à l’immense Lalo Schifrin (Bullitt, Mannix, Inspecteur Harry, Mission : Impossible…), puis à Tom Scott et Mark Snow. Flinguons aussi, tant qu’on y est, les voix VF de Jacques Balutin et Francis Lax, dont l’humour franchouillard avait surtout pour objectif de renforcer les aspects comiques des dialogues originaux, au détriment d’échanges verbaux quelquefois plus… dérangeants. Vous me direz : pourquoi tant d’ardeur sur la gâchette ? Eh bien en ces temps de nouvel âge d’or des séries TV, il nous a semblé important de réhabiliter LA grande série des années 70, Starsky & Hutch, et ses 89 épisodes produits entre 1975 et 1979. Car la sympathie dont bénéficient nos deux comparses est trop souvent le fait d’amateurs peu scrupuleux et potaches, se plaisant à moquer leur look Nathalie Caccialupi seventies (alors qu’il s’agit de l’étalon du vintage cool actuellement) ou la Ford Gran Torino rouge tomate aux deux lignes (de coke ?) latérales… Starsky & Hutch ne suscitent bien souvent que rires déplacés et, de la part des gens sans réelle imagination, qu’un emploi immodéré du terme le plus stéréotypé qui soit : kitsch. Non, mille fois non ! Starsky & Hutch méritent mieux que cette condescendance de philistin. Nous sommes en effet en présence d’une des rares séries de cette époque qui oscille aussi subtilement entre esprit goguenard et pessimisme exacerbé. Seuls les Envahisseurs, dix ans plus tôt, allèrent aussi loin dans le nihilisme social. à y regarder de plus près que voyons-nous : deux flics sympas mais bien armés qui arpentent jour et nuit les quartiers les plus sordides de Los Angeles, un microcosme sans aucune sophistication, peuplé de clodos et de tenanciers de bars louches, de petites frappes cocaïnées et de truands aux 18 manières douteuses. Tout dans Starsky & Hutch annonce ce monde dual où, dans les zones de non-droit, des insectes humains survivent coûte que coûte. Comme le dit Starsky lui-même dès l’épisode pilote : « On n’est pas en enfer, on est dans un évier… Ce qu’on fait, là où on le fait. On est comme des cafards, on essaye d’en sortir, chaque fois qu’on arrive au bord, ils ouvrent la flotte. » évidemment, comme dirait ma femme, toutes ces considérations de puristes finalement très masculines on s’en tape un peu ! Parce que dans leur jeans particulièrement moulants, et avec leur façon si particulière de tenir leurs flingues (annonçant Tarantino), Starsky & Hutch étaient aussi deux mecs hyper sexy ! C’est aussi pour ça qu’on les aime, non ? L’argument tient la route… Denis Dargent.
EMMANUEL BAyON : LES VILLES RENDUES VISIBLES Manu Tention alias Emmanuel Bayon a 2 3 ans tout au pl us, i l a quel que c hose d’attachant, quelque c hose d’un jeune entreprenant, jovial, sans prétention. Et pour tant, il fait du bien aux villes et aux gens, il répare de sa mar que de f abrique, « la cou leu r r ou ge », les bobos des vill es. Il a l’œil, l’attention et le talent. Ce jeune du nord de la France, la casquette sur l a tête et l e s weat assor ti, s’est vu décer ner en mar s dernier le prix des ar ts plastiques de la Province du Hain aut. Rencontr e avec ce panseur de plaies urbaines. Comment t’es venue l’idée de ces interventions urbaines et en quoi consistentelles ? Je me balade souvent en rue, je marche, je réfléchis, je pense et c’est au fil de ces balades que j’ai remarqué pas mal de pavés manquants, enlevés depuis longtemps. C’est alors que J’ai eu l’idée de travailler avec le bois, d’en faire mon matériau « fétiche ». Il y a deux ans, au cours de mes études à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, j’avais réalisé une installation qui était une rampe d’accès pour personnes handicapées, elle avait été fabriquée avec des matériaux de récupération, des palettes, des portes, etc. Et il me restait encore toutes ces palettes, je décidais alors de ne rien jeter, il fallait nécessairement que j’en fasse quelque chose. Il m’est donc venu l’idée de réutiliser les cubes que l’on trouve sur les palettes et les faire vivre, prendre forme en tant que pavés avec une signalétique qui est le rouge : celle du danger, de la Croix-Rouge, de la demande d’attention, de vigilance etc. Le rouge n’a rien à voir avec une quelconque coloration politique. Où as-tu exercé ton action de « soigneur des villes » ? J’ai fait beaucoup d’interventions sur Tournai, mes premières « ébauches » ont pris naissance dans cette ville. Maintenant, mes actions environnementales ont commencé à se développer hors de Tournai, dans le Nord de la France ainsi qu’à Bruxelles. Notamment en face du Palais des Beaux-Arts, à l’arrêt de tram Koning, dans la rue Haute, le quartier des Marolles, des pavés et des dossiers de bancs publics remplacés, toujours en bois évidemment. à Pâques je suis parti exécuter quelques réparations dans une petite ville espagnole près de Valence. Et je ne compte pas en rester là…En compagnie de Gaëtan Koch et Priscillia Beccari, pour le 2 juillet nous allons nous atteler à la réalisation d’une œuvre monumentale, en accord avec la Ville de Tournai et de quelques agriculteurs. Nous avons aussi pour projet d’échafauder une installation imposante sur le toit de la Maison de la culture. Tu es origin air e du Nord- Pas- de- Calais ? De Nœux-les-Mines plus précisément à côté de Béthune où j’ai commencé à faire des réparations à la gare, là où les portes des cabines téléphoniques étaient cassées puis en chemin je me suis arrêté là où les quais de gares, les abris de train étaient dans un grave état de délabrement. à Bully-les-Mines aussi. On peut suivre facilement mes interventions en prenant le train de ce côté, le rouge y domine ! Au fur et à mesure, le temps joue en ma faveur : je me déplace un peu partout, j’élargis mes trajectoires. L’idée étant qu’au volant de ma camionnette, lorsque je me retrouve en tous lieux, j’ai toujours ! 19 art-action quelques matériaux avec moi, quelques pavés, quelques bouts de bois déjà peints, et même parfois il m’arrive de fabriquer directement sur place. Je répare alors en temps réel les choses qui peuvent l’être. As- tu déjà r encontré des difficultés avec les autorités locales ou avec la police ? Non, jusqu’à présent pas la moindre. En ce qui concerne la police tournaisienne, elle connaît un peu mon travail car la presse locale commence à en parler. Ils voient plutôt en mes interventions un geste salutaire et citoyen. En tout cas, ils ne sont jamais venus m’interpeller. quant aux gens, ils sont assez séduits par le côté esthétique, artistique que peut prendre l’art urbain que je développe. Si tu devais mettr e un qualificatif sur tes inter ventions, que dirais-tu ? Je dirais que ce sont en priorité des interventions d’utilité publique, qui dénoncent aussi, tout au moins en partie l’inaction des autorités publiques. Mes interventions mettent en avant les choses qui demandent un entretien. Mais ce n’est pas là mon idée première, ce n’est pas du tout d’aller pointer les villes en disant « Si vous n’avez pas fait cela, ce n’est pas bien ». Mais forcément les choses parlent d’elles-mêmes. La conception et la poursuite de mon projet sont bien celles de sécuriser à un moment donné l’endroit et de le réparer. Propos recueillis par Sabine Beaucamp Emmanuel Bayon participera au Visueel Festival Visuel de Berchem Ste-Agathe les 2 et 3 juin 2012 Retrouvez cette interview en version longue sur www.agirparlaculture.be André Delier



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