Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Chiavetta parent ou un ami qui est passé par l’usine Boch. Mieux, bon nombre d’entre eux sont d’anciens travailleurs à Boch comme Isabelle Lefrant, ancienne épongeuse au façonnage eau. Venue voir le spectacle qui raconte son parcours, elle voit dans la pièce le récit du « combat mené, notre beau combat qui s’est soldé malheureusement par un échec. Il est scandaleux que nous n’ayons encore rien touché et que des institutions comme l’ONEm nous réclament des indemnités de chômage en sachant que depuis la faillite d’avril 2011 nous n’avons rien touché : ni notre préavis, ni les 3 mois de salaire qui nous sont dus. En dernier espoir, nous nous tournons vers les curateurs qu’ils vendent suffisamment pour nous payer mais malheureusement c’est très long. » L’arnaque, qui reste avec raison en travers de la gorge des travailleurs, donne également la rage aux spectateurs. Mais la pièce ne communique pas seulement un sentiment de colère, elle donne aussi de nombreux éléments d’explications sur la société qui rend ces phénomènes possibles. à la sortie de la pièce, des spectateurs donnent leurs impressions. « Ils ont donné leur vie à cette entreprise et qu’ontils en retour ? Absolument rien et cela reflète exactement notre société actuelle : tout pour le profit et les patrons rien pour les travailleurs... » indique un premier spectateur. « Ce sont toujours les plus faibles qu’on tacle et encore une fois c’est le boss qui s’en sort le mieux ! » enrage un second tandis qu’un dernier rappelle que : « Si personne ne pousse de cri, aucun espoir de changement n’est permis. » Ce cri, c’est ce spectacle. Un spectacle qui donne corps à un récit et qui permet à beaucoup d’identifier sa situation en ces temps troublés et dominés par le néolibéralisme. Nombreux sont les spectateurs qui ont cru y reconnaître leur propre situation ou celle de travailleurs qu’ils connaissent, qu’ils habitent en Suède, en Italie ou en France. Comment pourrait-il en être autrement étant donné que partout la finance, l’appât du gain et le capitalisme effréné provoquent fermetures d’usines, délocalisations, escroqueries et mauvais calculs des pouvoirs publics ? « à Paris, on l’a joué pour un public parisien composé de Français, d’Anglais, de Belges, d’Italiens et ça a touché les gens de la même manière. L’oppression, s’être fait escroquer, s’être fait voler son travail, ça a une portée universelle. » précise Daniel Adam. Cette exemplarité doit même servir. Il s’agit d’une part de faire œuvre de témoignage d’une lutte et de dire l’injustice vécue. Une volonté partagée par Brigitte Roland qui a été Chef de secteur décoration et du tri-biscuit pendant 35 ans, à présent sur les planches : « Nous nous sommes fait arnaquer par des gens qui on un pouvoir et qui ont abusé de notre confiance et nous sommes sans salaire pendant plus de trois mois. Notre volonté est de, grâce à cette pièce, faire comprendre notre histoire aux gens, ne pas être oublié et que d’autres usines ne soient pas délaissées comme la nôtre. » Car d’autre part, il s’agit également aussi de prévenir, de transmettre cette expérience et d’éviter qu’elle ne se reproduise. Pour Michel Therasse, ancien Contremaitre qui joue dans la pièce, il s’agit bien de rendre les travailleurs plus vigilants : « Faire en sorte que les personnes ne soient pas aussi naïves que nous l’avons été. Les escrocs sont nombreux, il faut vraiment faire attention aux nouveaux patrons ! Une pièce comme celle-ci est très importante : les Louviérois qualifiaient le repreneur de héros... alors même que nous étions les victimes de ses escroqueries ! Nous avons été bernés, avec personne pour nous défendre malheureusement. » Pour Maria Russo, finisseuse épongeuse et également comédienne dans le spectacle, cette pièce, c’est avant tout un cri de colère : « Nous nous sommes fait avoir par tout le monde ! Les syndicats, les ministres, le patron... Une usine qui a fait naître La Louvière ne devrait pas être lâchée comme ça à cause d’incapables. J’ai donné ma vie, ma jeunesse à cette entreprise et avec la fermeture de Boch, c’est le cœur de la ville qui meurt. Merci aux frères Boch et un dégoût pour le reste des patrons et surtout à la Région Wallonne qui n’a jamais vérifié où partait NOTRE argent ! Cette pièce, c’est notre coup de gueule face à l’injustice. » Pour Daniel Adam, « la particularité de ce projet est qu’il devienne exemplaire grâce aux circonstances vécues dans cette entreprise car les spectacles liés à des occupations d’usine se font rares. D’anciens militants sont venus me dire que notre spectacle leur rappelait leurs luttes ouvrières de l’époque et leur peine à l‘égard de toutes ces usines qui ferment ainsi que leurs faibles espoirs. Je leur ai immédiatement rétorqué qu’il fallait toujours continuer le combat car d’autres entreprises comme Helio à Charleroi sont dans la même posture que Boch [40% du personnel de cette imprimerie vient d’ailleurs d’être licencié NDLR]. Il faut intervenir. Il faut Nt 16 Toutes les photos de la pièce « Royal Boch : dernière défaïence » qui illustrent ce dossier ont été prises par Vincenzo Chiavetta. www.everyoneweb.com/vincenzochiavetta/faire un travail socio-politique, partager ces options et opinions politiques. » Aurélien Ber thier (Propos recueillis par Benjamin Larivière) Royal Boch, la dernière défaïence Du 18 et 27 octobre 2012 – Liège - Petit chapiteau d’Arsenic (en cours) 28 novembre au 2 décembre 2012 – Grenoble (France) – FITA 15 février 2013 (20h) – Tubize 5 mars 2013 (14h) - Namur D’autres dates à venir seront annoncées sur www.lacompagniemaritime.be Renseignements et demande pour le spectacle : info@lacompagniemaritime.be - 064/677 720 La Compagnie Maritime Théâtre d'in(ter)vention re land, Mana Russo, Michel Therasse, Jean.Jacques Verhelst, Inès Zanini.
ADIEUX AU PROLÉTARIAT ? La littérature ouvrière de Gérard Mordillat Sommes-nous entrés dans la nuit des prolétaires, à l’image du fameux livre de Jacques Rancière ? Avec l’extinction de certains fleurons de la société industrielle, à tout le moins la délocalisation de la métallurgie et du textile de l’Europe occidentale, un monde de luttes et d’usines, de camaraderie et de vive conscience politique, s’évanouit peu à peu. Après les agriculteurs qui ont fondu en quelques décennies, voilà les ouvriers comme espèce en voie de disparition sous nos latitudes ? Un adieu au prolétariat selon la formule d’André Gorz. Et une avancée vers la troisième révolution industrielle qui, au travers des analyses de Jeremy Rifkin, nous conduit vers un avenir combinant énergies décarbonées et mise en réseau sur la toile ? Une tertiarisation généralisée ? Les services après les récoltes des champs et l’acier des hauts-fourneaux ? L’avènement d’une petite bourgeoisie tentaculaire, victoire des classes moyennes et de la société salariale ? Ces métamorphoses suscitent moult questions et les essais visant à décrypter ces mutations s’accumulent. Comme le regard de l’artiste. Gérard Mordillat, depuis son film « Vive la sociale ! » et plus encore par ses romans, décrit avec empathie la fin d’un monde. Certes ce n’est plus l’heure de la brutale exploitation des travailleurs, de l’aliénation et des violences physiques comme symboliques dont Marx et Engels ont mis en lumière les fondements par l’extraction de la plus-value et le triomphe de la propriété privée des moyens de production. Ni la souffrance indicible qui traverse l’œuvre romanesque d’émile Zola, les sculptures de Constantin Meunier ou les toiles d’Eugène Laermans. Pour retrouver un tel degré d’asservissement, il faut aujourd’hui enjamber les océans. Les victoires du mouvement ouvrier, du droit du travail aux régimes de sécurité sociale, de la concertation à la progressivité fiscale, ont considérablement atténué la domination, du moins en regard de la misère des siècles qui nous ont précédés. Ce qui ne signifie en rien que ne perdure plus, singulièrement depuis septembre 2008, la désespérance du chômage et les ravages de la pauvreté. Dans « Rouge dans la brume », après « Les vivants et les morts » et « Notre part des ténèbres », Mordillat mobilise tout son talent de romancier pour nous plonger avec une exceptionnelle humanité au cœur d’une usine en grève dont les travailleurs refusent la délocalisation en Europe centrale. Le lecteur suit les états d’âme successifs de Carvin, profondément perturbé par ses difficultés familiales comme par son drame professionnel, victime des calculs glacés de la rentabilité d’une multinationale où chaque décision se prend à Détroit. Le livre est de plus émaillé de citations réelles de syndicalistes, de patrons ou de responsables politiques, ce qui rend par un effet littéraire saisissant, l’extrême réalisme de la narration. Il faut dévorer ce texte comme le symbole esthétique de la dignité ouvrière, minée par les petites trahisons et les jeux d’intérêts, mais grandie par le souffle collectif de la fraternité dans l’usine occupée. Le signe aussi d’un monde qui se meurt et qui abandonne peu à peu tout aux désirs immédiats et à un individualisme sans limites. Carvin comme poing levé qui doucement s’enfonce dans « les eaux glacées de calcul égoïste ». Le roman des frères en perdition. 17 éloge de la décence ordinaire des gens modestes, chère à Georges Orwell, où l’entraide et la coopération au quotidien sont les valeurs de solidarité qui disparaissent lentement dans la grisaille de notre époque éclatée. Les égos après les égaux. Avant la renaissance. Si d’aventure, votre flamme de la fraternité se doit d’être revigorée, lisez ce beau « roman vrai ». Gérard Mordillat Rouge dans la brume Calmann-Lévy, 2011 GÉRARD MORDILLAI rouge dans la brume dossier Alor s qu’on ne cesse d’obser ver une désindustrialisation en Europe, malgré la multiplication des débats autour de la r elocalisat ion de l’écon omie, il est un auteur qui a dépeint de la plus belle manièr e l es m ondes du tr av ail. Gér ard Mordillat est fr ançais et fils de cheminot et reste à 63 ans, un ar tiste radicalement engagé et qui s’est toujour s inscrit dans le mouvement social. Romancier, poète et réalisateur, il a publié plus d’une vingtaine de livres et réalisé tout autant de films et documentaires qui tous, tour nent autour de la question sociale. Réflexions autour de son der nier roman « Rouge dans la brume ». Jean Cor nil



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