Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier DERNIERE DEFAÏENCE Raconter le conflit social par le théâtre « Royal Boch, La der nière défaïence » est la der nière création de la compagnie Maritime. Elle dévoile le récit, trois ans a près son occupation par une quar antaine d’ouvriers, de la vie et de la mor t de la manufacture Royal Boch à La Louvière, de ses travailleurs, de leur s combats, leurs déboires face aux escrocs de tout poils. Cette pièce a été créée avec le concour s d’anciens travailleurs de Boch, qui ont non seulement par ticipé à l’écriture mais qui y jouent aussi leur propre situation sur scène. La première s’est déroulée le 1er mar s 2012 et la tour née se poursuit devant des salles combles en Belgique et en France. Récit de cette aventure de théâtre-action. Chiavetta 14 Le projet est ancien rappelle Daniel Adam, metteur en scène : « On ne peut pas parler du spectacle sans parler de ce qu’il s’y est passé avant, lors de l’occupation de Royal Boch. Je m’y rends d’abord comme voisin. On venait de terminer un spectacle, en partenariat avec PAC, dans la région de Couvin avec d’anciens fondeurs, « Tu vas encore nous faire pleurer », qu’on a joué dans l’usine dans les premiers jours de son occupation. Suivent d’autres spectacles et actions dont la publication d’un livre de photos de Véronique Vercheval et de texte que j’ai écris, « Usine occupée ». L’idée était de rendre compte de comment se passe une occupation de l’intérieur pendant 5 mois. Après plus de quatre mois d’occupation, un repreneur rachète, et on s’aperçoit en fin de compte que c’est un escroc. L’usine est démolie. Les travailleurs sont licenciés de façon scandaleuse, sans droit, sans couverture sociale. Et avant que ce soit la fin, je vais leur proposer de monter un spectacle qui témoignerait de leur aventure. » La construction du spectacle s’est faite avec une visée collective. « Les ouvriers faisaient des pièces, nous-aussi, ça tombe bien ! Donc, on a essayé de trouver la même. D’entrée de jeu, nous sommes tombés d’accord de travailler sur la période d’occupation. Puisque sa durée de presque 5 mois la rend exceptionnelle, il était important pour nous d’en parler. Nous avons, au travers de leurs histoires personnelles, retracé toute l’évolution de l’entreprise Royal Boch. J’ai donc repris leurs idées, je créais les scènes puis je leur présentais pour que nous en discutions. On ne peut pas appeler cela une écriture collective mais plutôt un propos collectif. » Pour autant, Daniel Adam réfute le terme de pièce ouvrière : « Je ne me suis pas dit au départ ‘’je vais venir faire du travail théâtral en milieu ouvrier ». Je voulais monter ce spectacle parce que cette occupation est exceptionnelle et que créer cette pièce est la meilleure chose que je puisse faire pour les aider. Finalement, ils m’ont sûrement apporté plus que moi à eux. L’ingrédient qui a fait la réussite de
Chiavetta notre travail c’est notre complicité et j’espère que celleci va perdurer durant toutes les représentations » EXPLIqUER, REVENDIqUER ET FAIRE DU THéÂTRE La mise en scène regorge de nombreuses trouvailles scénographiques qui permettent de camper le rythme quotidien de l’usine dans toute sa complexité : à la fois chaîne de production et lieu d’exploitation, mais aussi lieu de vie, d’histoire, de rapports de force, de résistance, d’expression de dignité et de conflit. Les cultures ouvrières, ses sociabilités, son humour, y sont dépeints sans folklorisme. L’insuffisance des soutiens politiques ou syndicaux n’est pas niée. Le défilé des intervenants, et autres curieux qui peuvent agacer par leurs intrusions ou leur opportunisme y est représenté avec humour. Des passages entiers sont joués en Wallon ou en Italien mais pourtant on comprend absolument tout de ce qui se noue et se joue sur scène, alors que les comédiens-faïenciers, dans leur propre rôle, nous relatent leurs mésaventures. Par le récit, on comprend le surpoids des commerciaux au détriment des productifs, les effets pervers des délocalisations sur le produit fini, les stratégies et magouilles patronales qui font fi de la bonne foi des travailleurs, les effets de la recherche du profit d’abord, au détriment de l’humain. Les diffusions vidéo figurent merveilleusement l’ambiance industrielle et humaine tels ces mouvements de vaisselle en stop-motion dans l’espace désaffecté. Les machines sur lesquelles travaillaient les ouvriers directement projetés sur leurs blouses blanches. Ou encore le travail de décoration de la vaisselle qui envahit l’espace et laisse deviner tant la minutie requise que l’extrême répétitivité des gestes. Mais la pièce n’est pas qu’impressionniste, elle se veut aussi efficacement explicative. Par exemple au travers d’une vidéo de quelques minutes, on saisit rapidement le schéma de production de la vaisselle, le rôle de chacun. Au travers d’un calcul de la vaisselle produite par chaque travailleur sur une carrière, on rend compte des cadences infernales. Les contradictions peuplent le récit. Au plaisir d’être ensemble répond la dureté des conditions de travail et l’exploitation. Au désir de conserver son emploi répond la précarité d’une usine délabrée ne tenant plus que par la peinture. Le conflit qui, s’il est riche de liens, d’amitiés et de possibles, n’est jamais une partie de plaisir et engage énergie, stress et argent. à la libération de la parole qu’autorise le conflit social répond le désir de reprendre le travail dans de bonnes conditions. Aux calculs froids et égoïstes du « repreneur » répondent la solidarité et la détermination d’un collectif de travailleur. à la peur de l’avenir répond l’espoir d’un autre futur. 15 dossier L’HISTOIR E D’UNE ESCR OqUERIE DANS LES RÈGLES Petit rappel des faits : 2009, Royal Boch est en faillite. L’homme d’affaires Patrick De Meyer surgit avec une offre en avril. Il est accueilli en « héros » par la presse. Il reprend la faïencerie avec l’aide de prêts et subsides publics (lentement récupérés à ce jour). Mais, il s’avère rapidement être plus un liquidateur à la recherche d’un bon coup commercial qu’un redresseur. Il viserait plutôt la délocalisation que le sauvetage de la structure. Mais ce n’est pas tout. Le deal qui s’établit lors de cette reprise invitait les ouvriers à laisser à l’entreprise leur prime de licenciement, afin d’en faciliter la relance. De toute manière, il n’y avait pas trop le choix : les ouvriers au chômage peuvent-ils refuser un emploi identique à celui qu’ils ont perdu ? Mais, s’interrogent-ils, que se passerait-il si l’ONEm, qui a versé cet argent, vient à nous réclamer ces indemnités ? Pas de panique, la direction prendrait les éventuelles demandes de l’ONEm à sa charge. Promesse en l’air ? Oui, malheureusement. Après la fermeture, l’ONEm vient réclamer ces dizaines de milliers d’euros à des travailleurs déjà essorés. La Direction, contrairement à ses promesses, fait savoir qu’elle ne prendra rien à sa charge. à la première, le 1er mars 2012, au Palace de La Louvière, pour les spectateurs venus nombreux, l’émotion est forte. Dans cette ville, chacun a un



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