Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Chiavetta pulaire originaire d’Argentine qui mêle carnaval et critique sociale, pour dénoncer les restructurations d’entreprise réalisées sur le dos des travailleurs. Dans un monde de plus en plus dominé par l’image, les syndicats choisissent d’investir le champ audiovisuel. En 2008, la FGTB et les métallurgistes de Liège produisent ainsi le documentaire « HF6 ». Récit d’une victoire syndicale, il médiatise la détermination des travailleurs pour la relance du haut-fourneau 6 de Seraing et offre alors un message de fierté et d’espoir, malheureusement contredit par l’actualité. Le cinéma implique un long processus de création qui ne s’accorde pas toujours avec l’urgence des conflits. L’Internet, au contraire, par la visibilité immédiate qu’il confère, constitue un outil plus adapté. Les organisations syndicales n’ont pas tardé à le mettre à profit : leurs sites proposent des clips relatifs à l’actualité syndicale (manifestations, prises de paroles de responsables) ou à certaines revendications. Les Métallos de la FGTB sont particulièrement actifs dans ce domaine. Ces reportages, proches, dans l’esprit, des courts métrages réalisés jadis par Canal Emploi dans les usines occupées, s’en distinguent par une diffusion sans commune mesure avec celle de l’ancienne télévision communautaire. Postés sur YouTube, ces vidéo-tracts touchent un public très large et constituent un des moyens de communication essentiels des conflits. « Carrefour dangereux » 1, illustrant la lutte contre le géant français de la grande distribution en 2009, a ainsi été visionné par plus de 9000 internautes en à peine quelques semaines ! Le combat mené contre Arcelor Mittal en faveur du maintien de la sidérurgie en région liégeoise a donné lieu, au cours des derniers mois, à quatre vidéos produites par la FGTB 2 et à des marques de soutien de divers acteurs culturels. Ainsi par exemple, un groupe d’artistes proches de travailleurs de l’entreprise sidérurgique a créé un autocollant « Full Mittal Racket » en clin d’œil au célèbre film de Stanley Kubrick. Parallèlement, l’équipe du Centre culturel Les Grignoux produisait une affiche sur la même idée. Plusieurs chorales (Les Canailles, le Conservatoire de Liège et la troupe du Grandgousier, les Callas’roles, les Voix du Leonardo, etc.) ont fait entendre leur voix aux côté des travailleurs en interprétant des chants de luttes lors de manifestations ou de piquets de grève. Par ailleurs, le Collectif Le Mensuel, travaille actuellement à l’adaptation théâtrale de L‘Homme qui valait 35 milliards, œuvre de syndicalisme-fiction où Nicolas Ancion imagine le kidnapping du patron Lakshmi Mittal par des ouvriers licenciés ! Plus fondamentalement, le conflit Arcelor Mittal pourrait constituer à terme une date clé en termes de redéfinition de la stratégie de lutte syndicale. En effet, la FGTB Liège-Huy-Waremme lance au cours du mois de mai, une initiative originale avec la plateforme collaborative « Harcelez Mittal » 3 qui entend fédérer les jeunes, les artistes, les intellectuels, les travailleurs et le syndicat dans la lutte commune contre le système capitaliste. Un appel sera prochainement lancé auprès des artistes et créatifs de tous secteurs visant à susciter des projets à vocation sociale, écologique, artistique ou culturelle. CONCLUSION 12 à la veille de la fête des travailleurs, l’Union wallonne des entreprises publiait une enquête qui dénonçait le caractère « illégal » de 60 à 70% des grèves dans le secteur privé en Wallonie (parce qu’elles se déroulent sans préavis préalable) et qualifiait la séquestration de « mal wallon » (La Libre Entreprise, 28 avril 2012, p.2-3). C’est oublier un peu vite que la violence n’est pas l’apanage syndical comme l’a montré encore récemment l’action musclée d’une milice privée envoyée par le patron de Meister Benelux à Sprimont pour saisir le matériel de l’entreprise. On peut d’ailleurs s’interroger sur cette conception de la justice qui estime légales les restructurations - même lorsqu’elles sont motivées par la seule loi du profit - et taxe d’illégale la riposte des travailleurs pour la défense de leur emploi et de conditions de vie décentes. Face à une économie mondialisée qui permet toutes les dérives patronales et prive les travailleurs d’interlocuteurs locaux, faut-il s’étonner que le recours à ces moyens de lutte plus radicaux apparaissent aux travailleurs comme une des dernières manières de faire entendre leurs revendications ? Parallèlement, la crise que connaît l’Europe a entraîné un regain de la militance dénonçant l’injustice de plus en plus flagrante de nos sociétés et la toute-puissance arrogante de la finance. Les artistes et acteurs culturels y trouvent naturellement leur place, entraînant une résurgence des pratiques artistiques dans les conflits sociaux. Les mouvements des années 1970 nous ont montré à quel point le décloisonnement des mondes du travail et de la culture a nourri la combativité. Sommes-nous en train d’assister à une nouvelle alliance de ces deux mondes et aux prémices d’une riposte générale contre le capitalisme triomphant ? Les initiatives évoquées dans cette analyse prouvent en tout cas que certains sont décidés à relever le défi ! Ludo Bettens 1 www.youtube.com/watch ? v=m3TSdPAkJnk 2 www.far.be/vitrinevideo/index.html 3 Pour plus d’informations voir : www.harcelezmittal.be Cet article est une version résumée et actualisée de l’analyse de Ludo Bettens « quand la culture s’invite dans des conflits sociaux : une innovation des années 1970. Et aujourd’hui ? » disponible sur www.ihoes.be/PDF/Ludo_Bettens-Annees_1970.pdf En savoir plus : éric Geerkens et Ludo Bettens, « Des occupations d’usine à la médiatisation culturelle » in Nancy Delhalle et Jacques Dubois (dir.), Le tournant des années 1970. Liège en effervescence, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2010, p.62-82 & 303-312.
GROUPES MEDVEDKINE LE CINÉMA POUR PRENDRE EN MAIN SON IMAGE Les groupes Medvedkine ont été le fruit d’une rencontre entre des cinéastes (comptant notamment dans leur rang Chris Marker, auteur d’une cinquantaine de documentaires politiques et poétiques) et des ouvriers. D’abord au sein de l’Usine Rhodia (Besançon) de 1967 à 1970 puis dans l’Usine Peugeot (Sochaux), de 1970 à 1974. Ils ont été mis en contact par Paul Cèbe, militant syndical, responsable de la bibliothèque du personnel dans ces deux entreprises, mais aussi éducateur populaire. Le nom des groupes rend hommage à Alexandre Medvedkine, réalisateur soviétique, connu pour ses reportages sur le front et ses chroniques de la vie ordinaire. En 1932, celui-ci traverse la Russie dans son ciné-train, tournant le jour, montant la nuit pour finalement projeter le résultat aux personnes filmées le jour suivant. L’histoire du cinéma retiendra de lui qu’il a inventé le rythme moderne de la télévision et de l’actualité filmée tout en ayant le souci constant d’inclure les sujets de ses films dans leurs productions, de permettre aux ouvriers de se voir au travail et de mettre le cinéma « entre les mains du peuple ». PASSER DERRIÈRE LA CAMéRA En 1967, suite à un conflit violent se déroulant à l’Usine Rhodia, trois cinéastes viennent y réaliser un documentaire. Cela donnera « à bientôt j’espère » qui fait apparaitre à l’écran les travailleurs, leurs angoisses, leur action. Mais, projeté aux ouvriers, le film frustre, insuffisant à rendre compte de la situation ouvrière et syndicale. Au fil de la conversation, houleuse, entre cinéastes parisiens et travailleurs bisontins, un moyen se dégage pour remédier à cette vision bourgeoise et romantique du monde ouvrier : les cinéastes apprendront aux ouvriers à filmer et les ouvriers feront eux-mêmes des films. Des films d’ouvriers et non plus des films sur les ouvriers. quatorze films seront produits tout au long de cette expérience hors norme. On y voit le travail cinématographique de ceux qui ne sont pas censés faire du cinéma. Un cinéma de terrain, une expérience d’émancipation autant qu’un outil de lutte. Il s’agit tout autant de prendre la parole que de produire de l’art, chercher des formes différentes et développer une esthétique. MONTRER LA VISION OUVRIÈRE En 1968 est réalisé « Classe de lutte ». Il débute ce renversement des points de vue : c’est depuis l’intérieur du monde ouvrier que s’expriment les voix de ceux qui n’en avaient pas, où s’autorise la prise de parole et ce faisant, l’émancipation. Les destins individuels et collectifs sont réunis dans la lutte à travers le portrait d’une ouvrière s’impliquant peu à peu dans le syndicat, s’émancipant par le savoir et la militance. C’est l’usine, Besançon, l’exploitation, la critique de la vie quotidienne qui y sont montrées et liées, replacées aussi dans un contexte international plus large comme l’Espagne franquiste ou le Vietnam… Suivent d’autres productions, portant sur les conditions de vie et d’épanouissement des ouvriers. Durée du temps de travail excessive qui « vole la vie », cadences infernales, bruits, accidents du travail, petits chefs, la fatigue, l’abrutissement… face à la « Nouvelle société » proposée par la classe dirigeante pompidolienne qui justifie toute cette précarité et en appelle – déjà — à la sainte concurrence mondiale et la nécessaire amélioration de la productivité. Les dernières productions de Rhodia sont plus poétiques et libres, moins centrées sur l’idée de faire découvrir le « monde caché » des ouvriers et rendent ainsi compte de cette créativité/résistance culturelle au sein du groupe ouvrier. à Sochaux, le cinéma Medvedkine se fait plus pessimiste, plus amer. On s’éloigne peu à peu de l’utopie 68 pour rentrer dans une nouvelle phase de l’exploitation qu’on appelle aujourd’hui le néolibéralisme. Leur dernière production en 1974, « Avec le sang des autres », implacable, pointe le désespoir et un écrasement par le travail, l’aliénation de 13 00 la Société de consommation et de contrôle alors que s’insinue peu à peu le chômage de masse. Le cinéma est une arme, une arme politique et artistique, pour pouvoir prendre en main les images qui sont produites de soi et de son groupe, reconquérir son identité, ses représentations et, en somme, de faire culture. Aurélien Ber thier L’intégralité des films Medvedkine est éditée dans un double DVD Editions Montparnasse, 2006. Certains de ces films sont visionnables sur www.ubuweb.com En savoir plus : http://remue.net/spip.php ? article1726 dossier Actifs en Fr ance de 1967 à 1974, les groupes Medvedkine ont produit une quinzaine de films de création ouvrière au ton novateur, en alliant esthétique avant-gardiste et libération de la parole populaire. Et à des ouvrier s de reprendre le contrôle de leur s images tout en posant une critique profonde de la vie quotidienne. Retour sur cette aventure qui a lié cinéastes militants et militants ouvriers. Chiavetta



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