Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
Agir Par la Culture n°30 avr/mai/jun 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de avr/mai/jun 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 40,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cultures ouvrieres, culture de lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier QUAND LA CULTURE S’INVITE DANS DES CONFLITS SOCIAUX UNE INNOVATION DES ANNéES 1970. ET AUJOURD’HUI ? Chiavetta Dans une étude que nous avons consacrée avec éric Geer kens à la conflictualité sociale en région liégeoise dans les années 1970, nous mettions en évidence un renouvellement de celle-ci marqué par l’émergence de for mes inédites de luttes sociales et par le recour s fréquent à des inter ventions culturelles. Aujourd’hui, alor s que la Belgique est à nouveau confrontée à une crise économique aiguë, il nous semble intéressant, sur base de quelques conflits récents, de r appeler la place que la culture peut prendre dans les conflits sociaux et de mettre en relief cer taines constantes ou évolutions depuis quar ante ans. Les années 1970 se caractérisent en Belgique par une augmentation importante des conflits sociaux et une modification de leur typologie. Les moyens de pression des travailleurs sur le patronat prennent de nouvelles formes, plus radicales : séquestrations, actes de sabotage, déprédations de machines ou de locaux, grèves de la faim et surtout occupations d’usine (elles atteignent le nombre de 64 en 1977-1978 !). Souvent liées aux conflits d’ordre défensif, celles-ci s’inspirent du conflit mythique mené, en 1973, aux usines horlogères de Lip à Besançon. Elles s’accompagnent d’ailleurs parfois, comme leur modèle français, de pratiques autogestionnaires, visant à prouver la viabilité de l’entreprise (Daphica-Ere en 1974, Val-Saint-Lambert en 1975, Fonderies Mangé en 1976-1977, Salik en 1978, etc.). LUTTES SOCIALES ET CULTURE : L’ÂGE D’OR DES ANNéES 1970 Ces conflits atypiques innovent également par leur connexion avec la culture. Dans la foulée de Mai 68, le monde ouvrier exerce sur les intellectuels engagés une fascination qui conduit nombre d’entre eux à faire l’expérience du travail en usine. Dans le même esprit, une série d’artistes prennent l’initiative d’aller à la rencontre de la classe ouvrière. Dès 1969, le Théâtre de la Communauté de Seraing présente de courts spectacles de « théâtre-tract » lors des pauses des ouvriers aux abords des entreprises de la région liégeoise. Plusieurs autres troupes (Théâtre des Rues, Atelier du Zoning, etc.) adoptent la même démarche et créent des sketchs ou des spectacles avec la participation de grévistes (chez Farah, Salik, Siemens-Baudour…). Sur le 10 Aga plan musical, le GAM, créé au début des années 1970, entend « mettre la lutte de classes dans la chanson et la chanson dans la lutte de classes ». Ce souhait s’incarne en 1974 dans un premier disque de chansons de lutte réalisé en collaboration avec les travailleurs en grève des Grès de Bouffioulx. D’autres groupes musicaux, tels Expression ou Cigal, suivront l’exemple, entraînant la production de nombreuses chansons (Sherwood Medical, le Balai Libéré, Martin-Frère, etc.) et de disques de lutte au sein d’usines en conflit (Siemens-Baudour, Glaverbel, Fonderies Mangé et Capsuleries de Chaudfontaine, etc.). Cette participation active des travailleurs à la création artistique est particulièrement intéressante en ce qu’elle les rend « porteurs de culture ». Ces collaborations ont parfois débouché sur la création de groupes musicaux ou de troupes de théâtre autonomes qui ont, à leur tour,
Chiavetta participé aux innombrables fêtes de solidarité aux entreprises en lutte mais qui ont rarement survécu longtemps au conflit dont ils émanaient. à partir du milieu des années 1970, il est de plus en plus courant d’associer pratique culturelle et lutte sociale. D’autres animations artistiques viennent peu à peu appuyer les revendications des travailleurs : ciné-clubs, tournage de reportages sur les conflits, expositions, etc. Les occupations d’usines se prêtent particulièrement bien à ces rencontres entre le monde du travail et celui de la culture. Elles s’installent en effet dans la durée et offrent aux artistes un lieu idéal pour venir à la rencontre des travailleurs momentanément dégagés des lois contraignantes du travail (horaires, cadences…). Ces activités culturelles regroupent cependant des réalités fort différentes selon qu’elles soient menées par des artistes à destination des travailleurs ou mises en place par les grévistes eux-mêmes ; selon qu’elles soient envisagées dans un but de distraction passive ou qu’elles participent activement à la lutte. Néanmoins, elles témoignent toutes d’un engagement des artistes dans les mouvements sociaux et constituent un extraordinaire vecteur de médiatisation des conflits. Le monde syndical intègre peu à peu certaines pratiques artistiques aux formations de délégués. En découlent, par exemple, un atelier créatif animé à Liège par l’artiste Gibbon en vue de sensibiliser les délégués FGTB à l’expression graphique ou un atelier-théâtre mis en place par le Théâtre de la Communauté pour le syndicat chrétien. Ce dernier débouche en 1977 sur le théâtre des jeunes CSC (future Compagnie du Réfectoire) qui se produira régulièrement lors de manifestations syndicales ou dans les entreprises en lutte. Au cours des décennies 1980-2000, on assiste à une relative « pacification » des relations sociales : le nombre moyen annuel de jours de grève est, dans les années 2000, divisé par trois par rapport aux années 1970 et est historiquement bas dans le secteur privé. Outre sans doute l’amélioration globale de la situation économique et l’augmentation moyenne du niveau de vie, plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Parmi eux, la tertiarisation croissante du monde du travail, le secteur des services étant plutôt caractérisé par des conflits de courte durée. De plus, la concertation sociale a évolué depuis les années 1970 vers un modèle de plus en plus cadenassé dans lequel l’état intervient de manière récurrente et où organisations patronales et syndicales sont « invitées » à privilégier au maximum la concertation. Enfin, à partir des années 1980, on assiste à la judiciarisation croissante des conflits collectifs, le patronat recourant de plus en plus régulièrement à la justice pour faire cesser les mouvements sociaux. Cette évolution de la conflictualité semble s’accompagner d’une perte d’intérêt du monde culturel pour le monde du travail et du déplacement de la militance vers de nouvelles causes jugées plus urgentes ou plus fondamentales (droits de l’homme, équilibre Nord-Sud, questions environnementales…). O.. 11 Le théâtre constitue toujours, en région wallonne, l’un des secteurs culturels les plus proches du monde des travailleurs. Cela s’explique notamment par la place importante du théâtre-action qui entend donner la parole à ceux qui se la voient habituellement refuser, au travers de spectacles conçus par et/ou pour eux. C’est donc naturellement qu’il s’inscrit dans le champ des revendications, comme en témoignent le spectacle « SVP Facteur » de la Cie Alvéole et la Cie Buissonnière dénonçant la désagrégation progressive des services publics ou « Cadeau d’entreprise » du Collectif 1984 qui prend la forme du murga, une pratique de contestation podossier L A RéSU RG ENCE DE LA CULTURE COMME MOYEN DE LUTTE ? La récente crise des subprimes a visiblement changé la donne et entraîné un durcissement des relations sociales et le retour à une conflictualité plus musclée : séquestrations de membres de la direction par les travailleurs — notamment chez Cartomills, Cytec et Arcelor-Mittal — ou occupations, comme chez Fiat-IAC et Royal Boch. L’analyse de quelques conflits récents semble indiquer par ailleurs une solidarité retrouvée du monde culturel avec celui du travail. Ainsi, l’occupation de Royal Boch (février-mai 2009) évoque à bien des égards les avatars des années 1970. Très rapidement en effet, des artistes (dont la photographe Véronique Vercheval et le metteur en scène Daniel Adam) apportent leur soutien à ce combat (voir pages 14 à 16 de ce numéro).



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