Agir Par la Culture n°29 jan/fév/mar 2012
Agir Par la Culture n°29 jan/fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de jan/fév/mar 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 51,5 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... précarité, une valeur en hausse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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médias Du coup, le combat engagé par les syndicats pour imposer le bien-fondé de leur point de vue et de leurs revendications s’est doublé d’une épreuve de force symbolique pour faire reconnaître la légitimité de leur action en tant que force collective et structurante du conflit social. N’est-ce pas là, précisément, d’ailleurs, ce qu’on leur reproche fondamentalement, aux « vieux » syndicats : rallumer le feu d’une conflictualité sociale dépassée, car peu efficiente dans son approche des défis du présent, et, plus encore, de l’avenir ? on se souvient que c’est ce même discours qui a présidé à l’intronisation effective de l’ère néolibérale : en 1981, le nouveau président des états-unis, Ronald Reagan, mettait fin sans ménagement à la longue grève des aiguilleurs du ciel, en faisant licencier du jour au lendemain 11.000 membres du personnel, remplacés par d’autres, fraîchement recrutés pour se montrer plus flexibles et plus modernes. son émule britannique Margaret Thatcher fit de même en matant le mouvement social des mineurs anglais, trois ans plus tard, de manière à se débarrasser de toute résistance syndicale. « La conscience collective, ça n’existe pas », martelait celle qu’on appelait la Dame de fer… ou, du moins, ça ne devait pas exister, dans sa vision idéologique des choses. Car, ainsi que le note un document officiel de l’époque du Parti conservateur, « ce qui menace la nation, ce n’est pas l’existence des classes, mais l’existence d’un sentiment de classes ». L’ANGLe MoRT De L’INfoRMATIoN Notre époque a refoulé la conflictualité sociale comme outil de structuration et de progrès de la vie démocratique pour la remplacer par l’imaginaire consensuel de la « gestion », d’une part, le culte compétitif du résultat et de la performance, d’autre part. Ce qui a permis, analyse le sociologue Matéo Alaluf, de faire adopter par les catégories dominées de la société les modes de pensée des couches dominantes. à l’encontre de leurs propres intérêts, donc… en témoigne, ici, la fiction maintes fois évoquée d’une communauté de destin dans l’adversité. face à « la crise », nous serions en effet « tous dans la même galère », unis par un commun intérêt. Pauvre ou riche, syndiqué ou non, nous serions tous appelés à ramer dans la même direction, de manière à « remettre les choses en ordre » au plus vite. André Delier C’est que s’échineraient à ne pas vouloir comprendre les syndicats : leur mobilisation, dans cette lecture, apparaît, pour ainsi dire, comme un facteur de division de l’union sacrée. stupéfiant hold-up rhétorique sur le sens même de la solidarité… si l’image a pu s’imposer, c’est qu’en vertu de la même logique d’effacement rhétorique et normative de la conflictualité sociale, il n’y a eu, dans le cadrage général de la grève, ni désignation explicite des responsables premiers et des gagnants ultimes (ce sont les mêmes) de la crise, ni éclairage du réseau d’autorités de décision entrecroisées à l’œuvre. C’est l’angle mort du traitement journalistique du mouvement du 30 janvier. Ce qui a rendu d’autant moins accessible une lecture globale, complexe, de l’événement, et donc une compréhension politique des choses. Heureusement pour la profession, un des siens, un journaliste irlandais, dont l’interview circule sur la Toile, a eu, lui, la présence d’esprit ou l’indépendance de pensée suffisante pour mettre en exergue ces non-dits, en même temps qu’il les a soumis à un haut responsable de la Banque centrale européenne, Klaus Masuch : que répondrait-il à un chauffeur de taxi de Dublin, lui a demandé, à plusieurs reprises, Vincent Browne, si celui-ci l’interrogerait sur la raison pour laquelle les citoyens irlandais ordinaires doivent consacrer des fortunes à éponger des dettes non garanties dont ils ne sont en rien responsables ? Le représentant de la BCe, après avoir tenté d’esquiver, n’a tout simplement pas trouvé de réponse… à cet égard, la question de Vincent Browne est en quelque sorte au journalisme ce que la grève générale est à la démocratie : le pouvoir, le devoir même, de contester l’ordre des choses lorsque la 22 légitimité démocratique de la souveraineté paraît mise en péril. LA PuIssANCe D’AGIR DéTouRNée « Nos » médias d’information ont fait exactement l’inverse en adoptant, de manière spontanée, un point de vue de discréditation de la grève au nom, entre autres motifs, du tort causé à l’économie. L’argument est édifiant : il revient à indexer l’intérêt général sur la valeur actionnariale et l’exigence de rentabilité. L’efficacité d’abord, puis, à titre secondaire, la démocratie… De ce point de vue, l’injonction à la responsabilité adressée au front commun syndical ne peut qu’obscurcir un peu plus l’imaginaire et l’horizon démocratique. Car elle enferme un peu plus encore les gens dans la peur de se projeter dans l’avenir ressenti comme une menace, dans la tristesse de vivre un présent sans promesses, et dans le seul désir de consommation comme manière d’être. « Toute évocation du futur a tendance à nous inhiber, à nous paniquer, constate le philosophe Miguel Benasayag. Comment bouger si nous n’avons pas la motivation d’une promesse ? ». C’est bien ce qui rend si ingrate la position des syndicats dans l’action sociale. A fortiori lorsque celleci est perçue et présentée comme purement « défensive ». A contrario, la participation à une entreprise de protestation sociale (grève, manifestation, occupation d’une place publique…) procure le sentiment, collectif et individuel, d’avoir prise sur le réel, d’agir et de se battre pour quelque chose d’utile et juste. C’est là expérimenter un incomparable air de liberté, d’ouverture des possibles et de puissance d’agir : cela même que le turbo-capitalisme et la technosouveraineté en marche ont réussi à capturer et à détourner en nous. L’incapacité de l’information d’actualité de « positiver » socialement ou de lire politiquement, au sens le plus profond du terme, les mouvements de contestation ou de refus actuels en dit plus, en fin de compte, sur les médias eux-mêmes et leurs propres enfermements que sur la grève et les syndicats. Marc sinnaeve
ROM, TSIGANE, GITAN,… DÉPASSER LES MYTHES D’UN PEUPLE EUROPÉEN Il est un peuple en europe dont les frontières ne sont pas celles d’un territoire, ni d’un état-Nation. Il est un peupl e en europe qui ne vit pas comme les autr es. Il est un peuple en europe, réduit à une mythologie, la plupar t du temps discriminante… négativement, mais aussi positivement. on le dit tour à tour nomade, musicien vir tuose, libr e comme le vent. Mai s égalemen t voleur de poule, s ale, un enfant dan s les br as, dans les r ues de nos villes. on les appelle Roms, Tsiganes, Gitans, Gens du voyage… Au-delà des images, des stéréotypes bien ancrés dans la mémoire collective se cache une réalité complexe. sur Les DIVeRses DéNoMINATI oNs Certaines de ces appellations sous-tendent un racisme primaire ; plus d’un parent a traité ses enfants de « romanichels », quand ils revenaient sales à la maison (cela vaut pour les appellations bohémien et gitan). La formulation gens du voyage est quant à elle plus explicite. elle concerne les personnes nomades, celles que nous croisons dans des aires de stationnement, généralement peu, voire pas équipées pour les accueillir. Cette appellation peut concerner des tsiganes... mais aussi bien d’autres personnes qui vivent en nomades (bateliers, saisonniers, forains...). Ajoutons à cela que si certaines appellations sont exogènes dans une langue, elles seront endogènes dans une autre langue européenne. si en france, le mot Rom peut être perçu de manière péjorative du fait de l’usage qu’en ont les élites politiques françaises, en Allemagne, le terme Zigeuner (tsigane), renvoyant à une période sombre de l’histoire (le génocide par les nazis), peut être perçu comme une insulte. La dénomination Rom a été adoptée par plusieurs institutions internationales, comme l’oNu par exemple, pour parler de ceux qui représentent la plus grande minorité d’europe. C’est aussi le nom qu’a choisi l’union internationale romani, en 2000, pour se désigner. Parallèlement, c’est aussi l’appellation d’une partie des tsiganes d’europe, ceux originaires des pays des Balkans. qui plus est, tous les tsiganes ne se reconnaissent pas sous cette appellation. et de brouiller les cartes. uN BRIN D’HIsToIRe... quI ResTe D’ACTuALITé L’une des raisons d’apprendre à mieux connaître le/les monde-s tsigane-s est bien entendu son histoire. une histoire composée de discriminations, d’exclusion, d’esclavage (l’abolition de l’esclavage des Tsiganes en Roumanie date du milieu du XIX e siècle) et même d’un génocide, perpétré en même temps que le génocide juif sous le régime nazi, dont notre société contemporaine parle peu. Interdit aux nomades, de Raymond Gurême, raconte l’histoire des camps d’internement en france, d’un témoin encore vivant de cette histoire du XX e siècle. La discrimination et l’exclusion restent toujours d’actualité. en 2011, des manifestations anti-roms s’organisent, soutenues par des groupes néo-nazis en Bulgarie ou en slovaquie. Nicolas sarkozy, en 2010, a renvoyé en Roumanie et Bulgarie, dans la plus grande cacophonie et pêle-mêle des milliers de personnes, identifiées comme Roms. à l’été 2011, à Bruxelles, nous nous souvenons de l’abandon général par les pouvoirs publics de familles roms avec enfants sur la « place Gaucheret », livrés à la seule solidarité des riverains. Aujourd’hui, au sein de l’union européenne existe une présomption de respect des Droits de l’Homme, à l’égard des états la constituant... une présomption qui questionne, quand on voit les situations dramatiques des Roms dans certains pays de l’union. Même si les exemples de stigmatisation et d’exclusion sont nombreux et avant tout liés à des stéréotypes. 23 culture(s) Damienne flipo uNe IDeNTITé CoMMuNe eT LA NATIoN RoMANI L’union internationale Romani fut créée en 1971, sous l’impulsion de Roms convaincus de la nécessité de se regrouper pour défendre leurs droits. union reconnue pour notamment avoir réalisé un travail d’écriture d’un statut-cadre du peuple Rrom dans l’union européenne, elle ne fait cependant pas l’unanimité au sein des Roms eux-mêmes. Rappelons que la volonté de certains militants tsiganes de déterminer un dénominatif commun (Rom) participe d’un souci d’émancipation face aux appellations péjoratives données par les non-Roms. Précaution prise, l’union Internationale Romani définit la nation romani comme « une nation sans territoire compact et sans prétention à l’être ». en précisant qu’il ne s’agit pas de « critères définitoires », ce texte avance un « faisceau de références » à travers lesquelles se reconnaît la nation rom : — une origine indienne commune. Ceux que nous appelons Roms ou Tsiganes auraient quitté l’Inde aux alentours du X e siècle ; — une langue commune, le romani, que cette langue soit encore pratiquée ou qu’elle corresponde au souvenir d’ancêtres qui l’ont parlée. Des auteurs et professeurs, tel que Marcel Courthiade, dans cette même volonté de fédérer pour mieux défendre leurs droits, travaillent à la standardisation du romani. Les



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