Agir Par la Culture n°29 jan/fév/mar 2012
Agir Par la Culture n°29 jan/fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de jan/fév/mar 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 51,5 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... précarité, une valeur en hausse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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à bas la culture LA LITTÉRATURE DE GARE ÇA N’EXISTE PAS on désigne par l’expression « littérature de gare », une littérature pour gens pressés. De petits r omans essentiellement, destinés à être consommés sur un quai de gare, dans un hall d’aéroport, entr e deux dest inat ions. Vite lus, vit e digérés, vi te oubliés. Il s’agit d’une littérature peu culti vée mais distrayante, superficielle mais dotée d’un imaginair e cer tain, bien que suspect aux yeux de la bourgeoisie ou de l’institution littér aire, ce qui r evient au même. Historiquement, c’est-à-dire, en gros, jusqu’aux années 70 (avec quelques notables exceptions – cf. les collections trash du fleuve noir deseighties), les romans de gare se reconnaissaient à leurs emballages criards, fruits des délires graphiques de quelques illustrateurs pervers et des titres savamment racoleurs usinés par des romanciers stakhanovistes. on comprend ainsi pourquoi ces romans devenus livres-objets font le ravissement des collectionneurs d’art modeste et constituent un département fort prisé du Musée international des sous-cultures qui n’existe pour l’instant que dans le crâne des amateurs. La littérature de gare se confond parfois avec la littérature dite « de genre », façon dédaigneuse de qualifier la science-fiction, le fantastique, le polar, le roman noir, le roman d’espionnage, le thriller, etc. on utilise aussi, pour nommer l’innommable, le mot le plus con jamais inventé : paralittérature. De tout cela, il ressort qu’il existe, a contrario, une littérature purement littéraire, officielle, rétive à toute forme d’imagination et présentée dans des éditions originales graphiquement neutres afin de ne pas rebuter le lecteur. Ajoutons que cette littérature interdite de gare par manque d’entrain peut s’avérer tout à tour verbeuse, prétentieuse, chiante à mourir, complètement niaise ou joliment vide… 18 Dès lors, plutôt que prétendre instaurer la lutte des classes en littérature, nous préférons recourir à une distinction des genres plus pertinente. selon laquelle il n’existe que deux formes de littérature : la bonne et la mauvaise. Dans la première catégorie, on trouve certains romans d’André Héléna (1919-1972), pionnier maudit du roman noir français, souvent réédité, toujours snobé. Dans J’aurai la peau de salvador, publié en 1949, Héléna écrit : « C’était une nuit pluvieuse d’automne, quelque part, vers Montmartre. une bruine légère huilait les trottoirs gras. De rares passants se hâtaient vers des destins provisoires. » Ce sont les premières phrases du livre, celles dont le but est de vous prendre par la main et de vous emmener ailleurs. Ailleurs mais où ? Vers des plaisirs provisoires ? à chacun de choisir sa destination. Rien n’est écrit. Denis Dargent Nathalie Caccialupi
COMPRENDRE, C’EST DÉSOBÉIR L e grand physicien allemand Max Planck écriv ait déjà il y a longtemps : « une nouvelle théorie ne triomphe jamais. Ce sont des adver saires qui finissent par mourir ». Mais que le chemin semble long pour sortir du coma qui anesthésie notre époque. Cette idéologie dominante, qui imprègne presque toutes les expressions médiatiques et politiques, c’est cette conviction sans cesse répétée qu’il n’y a pas d’alternative crédible au modèle de compréhension du monde et de gestion de la cité, à savoir l’économie néo-classique, l’individualisme possessif et la rationalité marchande. Toutes celles et tous ceux qui osent penser et agir en dehors de ces clous bien balisés sont au mieux des rêves utopistes, au pire des inconscients suicidaires. Cette hégémonie de la pensée libérale, ce triomphe de capitalisme, plus ou moins tempéré par une sociale démocratie souvent trop frileuse se présente quasi comme l’aboutissement de l’histoire humaine. L’économie de marché et les droits de l’humain seraient l’horizon indépassable de notre condition. La plus optimale des civilisations contemporaines. elle s’appuie sur tous les relais idéologiques, de la télévision à Twitter, et sur les véritables maîtres du monde, ceux du consensus de Washington, à savoir les sociétés transnationales, les organes de banque et d’assurance et les institutions financières internationales. Avec, chez nous, le bras armé de la Commission européenne et la Banque centrale. quand le système se grippe, il ne s’agit que d’une crise passagère en attendant que celui-ci ne se rétablisse par une simple autorégulation. Comme l’écrivait Bernard stiegler : « Comme si le véritable problème était la dette publique et non le discrédit majeur par lequel l’économie capitaliste, qui a systématiquement cultivé l’endettement tout en privatisant, a installé une insolvabilité généralisée, à commencer par celles des banques privées ». Au fond, pas de soucis à se faire à long terme. une bonne crise d’austérité pour rééquilibrer les finances publiques et nous voilà repartis vers les joyeux sentiers de la croissance et de la consommation. Tout au plus, quelques gauchistes égarés ou quelques peuples exacerbés contesteront les lubt1.441.4l9ltl4 4r101.5 Lnrqu+uOwtwwr.r Ie Intr. M.mri. 14 ir..]n..e'1k.N 6r,R.nnWtihl.Wnu 119VL0BY MEAL ; OVICtI. PABMICX...MC)MAR[tX. PYRAMID or CAPITALIST SYSTEM mesures de rigueur, voire le schéma intellectuel dominant. Ce récit du monde, qui accumule de la souffrance et de l’exclusion, des ventres ronds d’obésité ou de famine, se doit d’être radicalement contesté. C’est la grandeur de l’éducation populaire que d’injecter de l’esprit critique dans le monolithe du politiquement correct. et d’offrir, humblement, mais sans relâche, les outils conceptuels et pratiques permettant de contester l’ordre dominant du monde. seule une autre compréhension du réel permettra de nourrir une désobéissance dans l’action. à s’en passer et à ne compter que sur les colères de la misère, on risque, comme l’histoire l’illustre, de précipiter hommes et peuples vers le repli populiste, le prophète providentiel ou la barbarie intégriste. 19 réflexionsC...Yri11w4 1911 by 11. P.1C.:117 V. 70.1.5 -, LLnl.y 11. V. S A. Car comment imaginer que nous serions arrivés au bout de notre aventure institutionnelle et économique ? que la démocratie représentative, aussi précieuse soit-elle, et que le libre marché, aussi régulé et mondialisé soit-il, balisent définitivement l’émancipation humaine. René Passet, dans un volumineux et passionnant essai, démontre combien, depuis l’antiquité, notre représentation du monde, dans les sciences de la nature comme dans celles de l’homme, évoluent et se transforment sans cesse. Physique classique et équilibre de l’offre et de la demande, thermodynamique et marxisme, destruction créatrice et complexité croissante, tous les modèles de compréhension de la réalité, et qui déterminent notre action sur celle-ci, sont en permanence en correspondance, en dialogues, en contestations. et aujourd’hui, face aux limites de la



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