Agir Par la Culture n°28 oct/nov/déc 2011
Agir Par la Culture n°28 oct/nov/déc 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de oct/nov/déc 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 51,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... justice sociale et question environnementale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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médias instantanée, simple, manichéenne, émotionnellement forte, people… Par ailleurs, comme elle est en offre surabondante dans la multiplicité des flux qui s’entrecroisent, selon la logique du marché, « cette information ne vaut rien ». or, comment faire du profit avec « du rien » ? une information qui ne vaut rien se vend difficilement. Alors, les éditeurs l’offrent… le plus largement possible, en essayant ainsi de bénéficier de davantage de retombées publicitaires, et en la subventionnant, pour le reste, par les rentrées de la presse papier. Mais comme ils la proposent gratuitement ou presque cette information web, ils ne vont pas non plus dépenser trop pour la produire. on réduit les effectifs et les moyens, y compris dans les rédactions non web. on prolétarise les entrants dont le statut professionnel, économique et social se détériore : c’est le cas en particulier pour les galériens du web. Et on compense le manque à gagner des ventes par l’intrusion du marketing dans le rédactionnel… quand le magazine en ligne Slate appartenant au groupe du Washington Post commente un livre ou un DVD, des liens relient le texte au site de vente en ligne Amazon. Pour chaque vente effectuée, Slate perçoit 6% du prix. la déontologie journalistique s’est toujours montrée sourcilleuse à l’égard de l’étanchéité de la frontière entre information et communication notamment commerciale. Cette barrière, on le voit, a été « explosée », elle aussi. WIKIlEAKS, l’oXYGÈNE D’uN NouVEAu BI oToPE Hier, le journalisme « idéal » se revendiquait éclaireur de la société ou éducateur du peuple, ses contenus s’efforçaient de fabriquer de la citoyenneté, il se vivait conciliant pour les plus vulnérables et impitoyable pour les plus puissants. Aujourd’hui, à leur corps défendant ou non, nombre de journalistes des médias d’information centraux cherchent avant tout à « fasciner le peuple » (à l’égard duquel ils n’éprouvent que condescendance), ils font eux-mêmes partie des people (moins, c’est vrai, dans l’espace francophone belge), et ils se font les vecteurs – par simplification, par « objectivité », par conformisme professionnel, par adhésion au diktat de l’événement, par renoncement au questionnement de l’ordre des choses… – des recettes de la globalisation économique et financière libérale. « les grands médias posent un réel problème à la démocratie, se désole celui qui a été le premier à formuler le concept de la pensée unique (dans un éditorial de 1995). Ils ne contribuent plus à élargir le champ démocratique, mais à le restreindre, voire à se substituer à lui. les groupes médiatiques sont devenus les chiens de garde du désordre économique établi. Ces groupes sont devenus les appareils idéologiques de la mondialisation. » Aux états-unis, poursuit-il, un cinquième des membres des conseils d’administration des mille principales entreprises des états-unis siège également à la direction des plus grands médias : « la communication est devenue une matière première stratégique. le chiffre d’affaires de son industrie s’élevait en 2010 à 3.000 milliards d’euros (15% du PIB mondial) ». le pire demain, pour autant, n’est pas certain. le journalisme, Ignacio Ramonet en est convaincu, existera toujours, car « c’est un pilier essentiel de la démocratie ». Si des médias disparaissent au fil de la mutation en cours, « de nouveaux biotopes se développent qui proposent d’autres façons de faire du journalisme ». une évolution bornée par le phénomène Wikileaks : « Il existera un avant et un après Wikileaks dans l’histoire du journalisme qui s’écrira dans quelques années », soutient celui qui a été (élu) directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008. la philosophie de l’entreprise de Julian Assange est que, en démocratie, tout secret est fait pour être dévoilé. Par la divulgation d’archives et de documents confidentiels, ce que Wikileaks a démontré et démonté, en marge des contenus exhumés euxmêmes, estime Ignacio Ramonet, c’est l'illusion que nous avions d'être bien informés, alors que « des continents entiers d’informations nous faisaient défaut sur des affaires aux enjeux extrêmement graves. » Pour Ignacio Ramonet l’enseignement principal de Wikileaks, c’est que le journalisme défini comme la recherche et la mise au jour de ce qui est caché par les pouvoirs ne fonctionne tout simplement plus dans les médias classiques. MoRDRE lE DoIGT PluTôT quE SCRuTER la luNE C’est sans doute pour cela que la très grande majorité d’entre eux a réagi en stigmatisant les méthodes et en dévalorisant les contenus de Wikileaks : 22 aroa,G nz,aTG hddvl CC BY 2.0 par Katerha « les révélations de Wikileaks ne nous ont rien appris que nous ne connaissions pas déjà », a entonné – avec beaucoup de mauvaise foi – le chœur médiatique… sans même prendre la peine de se pencher sur les informations recelées dans les fuites publiées. Préférant mordre le doigt plutôt que scruter la lune que celui-ci pointait… Et au bout du doigt, notamment, Wikileaks a dévoilé l’existence d’un gigantesque état sécuritaire occulte parti des états-unis. En tient lieu de confirmation, en quelque sorte, la violence de la réplique et l’extrême sévérité des peines infligées aux Cassandres : « Pour avoir fait circuler librement des informations cachées – alors même que la libre circulation de l'information est au cœur du concept hyper valorisé de la société de l'information – le soldat américain Bradley Manning [NDA : à l’origine de la fuite des câbles sur les opérations de l’uS Army en Afghanistan] a été embastillé par une justice médiévale. » quant à Julien Assange, quoi qu’en aient jugé la justice britannique, Paypal ou Mastercard (qui ont tenté de le ruiner), « rien n’arrêtera le mouvement qu’il a enclenché, pronostique Ramonet, puisqu'avec la numérisation, les archives sont dématérialisées et accessibles à tous ». Et de rappeler que la mission première du journalisme est moins de diffuser, en l’ayant retraité, de l’information que l’on reçoit ou que l’on trouve en masse, que de chercher l’information rare, c’est-à-dire celle qui se dissimule. Dans une société parmi les plus éduquées de l’histoire de l’humanité, et dans un monde de plus en plus complexe, selon Ignacio Ramonet, la demande d’une information de qualité, d’un journalisme critique permettant le recul et porteur de points de vue exprimés honnêtement, d’analyses en profondeur, et de données occultées ne va cesser de croître. Et qui sait ce que réserve l’avenir, confie l’hôte d’un soir de Télé MB et de l’université de Mons : « l’écriture a 5.000 ans. Il a fallu 500 ans, à partir de l’invention de l’imprimerie, pour que s’épanouisse l’humanisme à l’échelle de nos sociétés. le web n’existe que depuis 22 ans. or, combien de changements d’une profondeur globale dans nos vies depuis… » Il en est persuadé : d’autres suivront. Marc Sinnaeve
RESTER MOTIVÉ, C’EST UNE AFFAIRE DE CHœUR Philippe Perniaux fin août, avec l’aide du CPAS et d’Artic le 27, Présence et Action Cultur elles (PAC) Char ler oi réunissait une c hor ale citoyenne, sous la houl ette d’un animateur hor s du commun. A pr ès une pr estation remar quée au festival de la chanson ouvrière en octobre, le ch œu r a contin ué de battre… Récit d’une aventure par ticipati ve. Marchienne-au-Pont, 8 novembre 2011 : olivier Bilquin, notre maître chanteur, accueille à sa manière les choristes dans le local de répétition prêté par la Maison pour associations. « Je suis très content de vous revoir… Je n’ai pas encore bu le vin mais j’ai mangé le saucisson ! » les exercices d’échauffement peuvent commencer dans la bonne humeur. Déambulation aléatoire, les pieds se déroulent sur le sol, les bassins se tendent vers l’arrière, on mâche, on bâille sans retenue, on laisse les premiers sons descendre le plus bas possible. on accompagne le son dans sa chute, avant de remonter sur un rythme de plus en plus soutenu… un mois plus tôt, ces femmes et ces hommes se produisaient sur la scène de Charleroi-Danses, dans le cadre d’un 1er festival de la chanson ouvrière plein à craquer. la chorale, rebaptisée depuis lors « Chœur des motivés du 8 octobre », remporta ce soir-là un succès massif, tout à fait mérité. Ce fut l’apothéose d’une aventure humaine commencée quelques semaines plus tôt. D’uN RéSEAu l’AuTRE l’idée d’une fanfare ouvrière ou d’une chorale traînait dans les tiroirs de PAC Charleroi depuis un certain temps déjà. Nous voulions rassembler un groupe de musiciens ou de chanteurs amateurs qui pourraient se produire à l’occasion de quelques grands rendez-vous populaires de la région. C’est le festival de la chanson ouvrière, organisé par Taboo, Centre jeunes de la fGTB, qui servit de catalyseur à nos envies. Nous décidâmes de constituer une chorale dont les membres ne possèderaient aucune connaissance particulière des techniques du chant, et de mettre en place en un temps record un ensemble vocal capable de se produire en ouverture du festival. Pour y interpréter deux, trois, voire quatre chansons. Au final, le chœur offrit au public un répertoire de six chansons, après seulement dix répétitions… 23 pratiques en amateur le recrutement des participants s’opéra dans un partenariat étroit avec deux actrices bien connues dans la place : florence Trifaux, responsable du Plan de participation sociale, culturelle et sportive du CPAS de Charleroi, et Carmela Morici, coordinatrice régionale d’Article 27(mention spéciale aussi à leslie Raone de l’asblPromotion famille). En activant nos différents réseaux, grâce aux contacts individuels et à notre inscription dans les réseaux sociaux, nous avons mobilisé une soixantaine de personnes, de tous âges, de tous horizons, ayant parfois une certaine expérience du chant et du chant choral, aucune le plus souvent. florence et fabrice (de PAC), motivés, se joignirent au groupe. C’est ensuite la logique du hasard (à la faveur du désistement du premier animateur pressenti…) qui nous a permis de rencontrer celui qui allait constituer la pièce essentielle de ce puzzle participatif : olivier Bilquin, le thaumaturge souriant, le sorcier de l’imprévu, le passionné transpirant d’énergie. à la mi-août, le dispositif était en place, le « chant » des possibles s’ouvrait à nous, sans qu’aucun des partenaires ne puisse prévoir, à ce stade, ce qui allait réellement se passer. le premier atelier, la première rencontre, se déroula le 23 de ce même mois, alors que l’été pourri se poursuivait… D’emblée, olivier imprima un caractère collectif à l’aventure en



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