Agir Par la Culture n°28 oct/nov/déc 2011
Agir Par la Culture n°28 oct/nov/déc 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de oct/nov/déc 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 51,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... justice sociale et question environnementale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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à bas la Culture VOyAGE AU BOUT D’UNE POUPÉE RUSSE l es lecteur s attentifs de cette chronique – un milliard d’individus au bas mot… – savent que son leitmotiv, outre la défense achar née de l’ar t d’en bas, est implicitement, et métaphoriquement, contenu tout en tier dan s une pou pée r usse. l e message est on ne peut plus clair : tout est dans tout ! Et réciproquement. Mais qui est-elle au juste cette poupée russe, aussi appelée matriochka ou poupée gigogne ? C’est une idole. De bois. Très impudique puisqu’elle nous invite à voyager au plus profond d’elle-même. une expédition de l’étagère vers le centre de la Terre, par strates ou couches successives. Suivant la technique de l’oignon. Mais pourquoi diable répondre à son appel ? l’objet de ce voyage n’est-il pas, en effet, prédéfini par la logique torve d’un fabricant ou pire, d’un commanditaire ? Il n’y a donc pas de raison valable à cette aventure de salon, si ce n’est la pulsion de la quête… Vers qui, vers quoi ? une star de l’effeuillage ? les douze apôtres ou les douze salopards ? un dictateur peut-être ? Puis un autre, puis un autre, puis un autre… Jusqu’au plus petit des dictateurs. Dont la cruauté serait inversement proportionnelle à la taille. Il doit exister aussi une poupée russe islamiste dont on dévoilerait, au fur et à mesure, les mollahs et ayatollahs empilés (très difficile à prononcer ça) jusqu’à la révélation du prophète : un morceau de bois non peint celui-là, ne figurant rien d’autre que la matière elle-même. Et si Mahomet n’était au fond que la métaphore du vide originel dont nous sommes toutes et tous issus ? De l’hypothèse théologique à la pataphysique spatiale, il n’y a qu’un pas. C’est pourquoi certains disciples d’Alfred (Jarry) pensent également que le big bang lui-même prit naissance à la plus infime limite d’une poupée russe. Selon cette théorie, l’expansion de l’univers serait donc le produit du développement continu, par couches, de la plus petite à la 18 Nathalie Caccialupi plus grande, d’une formidable poupée ! Et tôt ou tard – d’aucuns disent bientôt… – une couche incommensurable submergera notre univers tout entier. la dernière ligne d’horizon de l’humanité, au-delà de laquelle nous ne verrions que du vide, serait donc bel et bien la face cachée d’une poupée gigogne ! une sorte de miroir céleste sur lequel, l’espace d’un instant, se reflèteront nos vanités qu’on croyait éternelles. Bien fait pour nos gueules. Et si cette histoire de va-et-vient n’avait finalement aucun sens ? Profitons dès lors des quelques instants qui nous restent pour vous conseiller un détour par les œuvres plastiques superbes de Sara Conti, artiste montoise qui utilise notamment les formes galbées de la matriochka comme support de création. Tapez Sara Conti sur votre moteur de recherches et laissezvous surprendre. C’est bien quand nos vies s’emboîtent, non ? Denis Dargent
LE MONSTRE DOUX CONTRE LA GAUCHE ENTRETIEN AVEC RAFFAELE SIMONE Raffaele Simone est professeur de linguistique à l’univer sité de Rome. Il a publié en 2010 aux Editions Gallimard « le monstre doux, l’occident vire-t-il à droite ? ». Ce li vr e a connu un vif succès et a secoué la réflexion sur la g auche. Dans le cadr e de Phi lo, les r encontr es philosophiques de PAC en collabor ation avec Philosophie Magazine, il est venu débattre à Bruxelles avec Paul Magnette en novembre dernier sur l’avenir du socialisme. Depuis 2008, c’est la crise du capitalisme, une crise bancaire et financière, et en même temps, la g auche européenne, comme on l’a vu aux élec tions eur opéennes de juin 2009, perd les élect ions ? Comment c onc i- liez-vous cet apparent paradoxe : C’est une belle remarque que vous faites et il me semble que c’est une très juste vérité. on aurait attendu après la crise ou même pendant la crise que les gens se déplacent au fur et à mesure vers la gauche, car même les gouvernements de droite, tels que celui de Bush à l’époque, ont dû prendre des mesures de gauche, comme nationaliser ou contribuer de manière lourde au financement des banques et des entreprises financières. Mais malheureusement cette attente ne s’est pas réalisée. Pourquoi ? à mon avis, la réponse est contenue dans le titre même de mon livre. les gens sont tellement pénétrés par les monstres doux, la culture du monstre doux, que l’on ne se rend même plus compte du fait qu’il y a des moments où les mesures de gauche sont nécessaires. on est tellement infiltré par ce paradigme que l’on n’arrive même pas à faire valoir ses propres intérêts. Dans les moments de crise, la gauche est nécessaire, et les crises sont des moments où elle se révèle de la manière la plus efficace. Malheureusement, ce signal n’a pas été reçu par les électeurs, en Europe tout au moins. Ce n’est donc pas un paradoxe, c’est un tournant historique qui se manifeste là. Vous expliquez dans votre livr e que nous vivons sous la for me d’un léviathan médiatico-financier, une for me de pieuvre suave où les mots d’ordre sont aujourd’hui pour les gens : consomm er, s’amuser, r ester jeunes. la gauche apparaît à l’inver se comme l e par ti de l a compassion, du sacrifice, des limites, de la renonciation. Comment dépasser l’alter native entre ces deux conceptions de valeur s culturelles ? 19 réflexions Ce n’est pas à moi heureusement d’indiquer les voies par lesquelles il faut modifier les attitudes actuelles des électeurs. C’est plutôt une tâche des politiques en tant que telles au sein de la gauche. la gauche a raté, une série très importante de rendez-vous historiques. Par exemple, elle n’a pas compris la valeur et le sens de la révolution numérique. on l’a considéré tout d’abord comme une sorte d’amusement, une sorte d’entretien superficiel alors que la révolution numérique allait modifier en profondeur jusqu’à notre esprit même. De plus, ils n’ont pas compris la signification véritable des phénomènes d’émigration de masse, d’émigration clandestine et non-clandestine. la quantité de rendez-vous historiques que la gauche a raté explique le fait qu’elle ne soit pas encore à la hauteur des temps présents. Dans cette époque, comme le consumérisme l’a emporté pratiquement partout, la nécessité de se sentir jeune, de pratiquer les sports, de s’adonner aux soins du corps, etc., cela correspond par contraste à la réduction graduelle de la compassion et de la solidarité. Et donc, on délègue, on transfère la solidarité aux organisations de charité comme Médecins sans frontières, Emergency, etc., mais ce faisant, on réduit la mesure dans laquelle on fait personnellement de la solidarité. Il y a un autre élément, me semble-t-il, que vous n’avez pas mentionné dans ce paradigme, c’est celui que la culture numérique qui joue un rôle essentiel dans ce panorama actuel et qui a contribué de manière extrêmement lourde et même dramatique, à brouiller, dans les esprits, la distinction entre le fait réel et le fait représenté c’est-à-dire entre le fait « dur » et sa reproduction sous forme d’images, de pixels, d’écrans d’ordinateurs ou de télévision. Si cette confusion ne persiste pas dans les esprits les plus avertis, la confusion est totale dans l’esprit des foules, dans le peuple au sens réducteur qu’il faut parfois attribuer à ce terme. à partir de quoi voit-on ce fait qui, pour moi, est extrêmement grave ? à partir du fait que, par exemple, on peut s’amuser dans un contexte de guerres, de rébellions, de massacres : là, on peut faire de belles photos, on peut faire des



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