Agir Par la Culture n°28 oct/nov/déc 2011
Agir Par la Culture n°28 oct/nov/déc 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de oct/nov/déc 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 51,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... justice sociale et question environnementale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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blalbla dossier Joëlle K apompolé et olivia P’tito. Deux d ép utées r ég ionales, l’une wallonne, l’autre bruxelloise. Deux caractères qui très tôt ont pris conscience de l’enjeu des boul ever sement s d es c y- cles de la nature et qui associent tot alement émancip at ion so ciale et préser vation des équilibres naturels. Regard croisé. le so cia lisme a historique ment son centre de gravité autour de la question sociale. quel est l’événement concret qui vous a convaincue de lier indissolublement l’égalité des tr availleur s avec la défense de l’envir onnement ? Joëlle K apompolé : Je ne pense pas à un seul événement en particulier. Il s’agit d’une prise de conscience qui s’est développée en moi basée sur la multiplication des catastrophes naturelles, la médiatisation des conclusions du GIEC et du protocole de Kyoto, l’exposition YannArthus-Bertrand organisée par Présence et Action Culturelles, le film d’Al Gore « une Vérité qui dérange », les débats menés au sein du Collectif pour une écologie sociale, mes lectures,… olivia P’tito : Mes études en droit social puis en droit de l’environnement m’ont convaincue du lien entre ces enjeux. Parallèlement, le 1er paragraphe de la Charte de quaregnon qui fonde mon attachement aux valeurs du PS d’autre part : « les richesses, en général, et spécialement les moyens de production, sont ou des agents naturels ou le fruit du travail -manuel et cérébral- des générations antérieures, aussi bien que de la génération actuelle ; elles doivent, par conséquent, être considérées comme le patrimoine commun de l'humanité ». les bases de ce combat ont été posées en 1894… à nous de le continuer. quelle est la figur e politique, intellectuelle, ou culturelle qui à vos yeux représente le mieux l’ar ticulation des enjeux environnementaux et sociaux ? olivia P’tito : Riccardo Petrella, docteur en sciences politiques et sociales, qui s’engage - entre autres- pour l’eau en refusant sa privatisation. J’ai eu la chance de participer à un débat à ses côtés, à l’occasion du lancement de sa campagne européenne, campagne au cours de laquelle. Il a d’ailleurs salué la tradition belge ayant préservé le caractère public de son réseau hydrique par le biais des intercommunales. Joëlle Kapompolé : Dominique Bourg, professeur de philosophie de la nature à l’université de lausanne, car il insiste de manière pertinente sur la répartition inégalitaire de la richesse sur notre planète et pose la question de notre mode de consommation basé sur l’accumulation de biens matériels. l’écologie politique a-t-elle insuf fisamment pris en compte la pauvr eté, l’exclusion sociale et les inégalités qui s’accroissent c hez nous, en Europe et dans les pays en développement ? Joëlle K apompolé : Malheureusement non. Très longtemps, le débat a été confisqué par des intellectuels privilégiés qui ne voulaient pas (ou ne pouvaient pas) comprendre la réalité vécue par les plus démunis de notre société. à l’heure actuelle, consommer bio reste un luxe et l’impossibilité de se chauffer correctement prend des proportions catastrophiques. ol iv ia P’t ito : NoN ! la pauvreté augmente… Voilà pourquoi il est urgent de partir du social PouR relever le défi environnemental. on doit arrêter de penser « groupement d’achats solidaires » (y compris d’énergie) ou potagers urbains sans en faire profiter prioritairement les plus démunis 14 la catastr ophe de f ukushima a- t- elle modifié votre analyse de l’enjeu du nucléaire ? JUSTICE SOCIALE ET JUSTICE ENVIRONNEMENTALE EN POLITIQUE olivia P’tito : Toute catastrophe est humainement dramatique, mais ma vision n’a pas changé : nous devons sortir du nucléaire. Cependant, ce n’est pas du « y a qu’à » car il faut tout à la fois garantir la sécurité, y compris d’approvisionnement, baisser la consommation énergétique (avec une population en plein boom démographique à Bruxelles, rappelons-le) ainsi que la facture énergétique et répondre à nos engagements environnementaux. les défis sont donc énormes, mais nous devons être prêts à les relever. Joëlle K apompolé : Cette catastrophe a juste confirmé ma conviction que le nucléaire n’est pas une solution à long terme pour notre planète et pour ses habitants. une transition vers des énergies renouvelables s’avère, plus que jamais, nécessaire. En outre, cette transition doit s’opérer à un coût raisonnable pour les citoyens. quelle est la mesure, en termes d’écologie sociale, que vous rêveriez de faire adopter au sein de votre assemblée parlementaire ? Joëlle Kapompolé : J’aimerais que les indicateurs alternatifs (indice de soutenabilité environnementale, indice de bien-être, indicateur de progrès véritable, empreinte écologique…) deviennent la norme pour notre gouvernance dans toute la fédération Wallonie-Bruxelles à côté des indicateurs classiques tels que la croissance ou le produit intérieur brut. olivia P’tito : la création d’un véritable encadrement des loyers fixé en tenant compte de l’état du bâtiment y compris au niveau énergétique. Car, outre que les prix n’ont fait qu’augmenter en Région bruxelloise, une large majorité de notre population est locataire et non-propriétaire contrairement aux deux autres Régions. Cette situation rime avec inégalités sociales et précarité énergétique.
A l’inverse, quelle est la plus mauvaise mesur e législat ive que vous a vez é té contr aintes de vote r en matiè re envir onnementale ? olivia P’tito : Je m’interroge souvent sur les énormes budgets consacrés aux primes énergie qui, certes depuis l’an passé et au prix de longs débats, ont été modifiées afin de tenir compte des revenus des bénéficiaires, mais s’apparentent encore souvent à des effets d’aubaine. le retour sur investissement tant en termes d’économies d’énergie que d’emplois devrait être plus mesurable… Joëlle K a pompolé : les décrets relatifs aux aéroports même si nous avons réalisé du bon travail en matière de réduction des nuisances sonores et environnementales. En matière de production et de consomma tion, de nor mes sociales et environnementales, l’état doit-il être plus contraignant ou faut-il f aire confiance aux citoyens ? olivia P’tito : ouI il faut faire confiance aux citoyens, MAIS en l’accompagnant afin que ses choix soient éclairés en tant que consommateur au milieu de l’écologie de marché actuelle. Il importe aussi de « réguler » certains marchés créés de toutes pièces (PEB, sols pollués, etc.) et bien sûr imposer des normes et sanctions comme ce qui concerne la propreté. Joëlle Kapompolé : l’état doit jouer son rôle et édicter la norme. Par contre, il faut sans cesse convaincre les citoyens de la pertinence de celles-ci pour susciter l’adhésion de tous. Êtes- vous fa vor a ble à une ré gulation des prix de l’énergie et dans l’affirmative, sur quels critères ? olivia P’tito : ouI bien évidemment, l’accord de gouvernement prévoit d’ailleurs l’instauration d’une tarification solidaire -comme pour l’eau- dès que la compétence nous sera transférée. Il faudrait aussi interdire aux fournisseurs la répercussion dans leurs prix des taxes, environnementales ou liées aux missions de service public, qui leur sont imposées. Joëlle K apompolé : évidemment, je suis favorable à une régulation des prix de l’énergie. Je pense qu’il faut travailler sur les prix de l’énergie elle-même et sur les coûts de distribution, ce qui implique d’agir au niveau fédéral et au niveau régional. le moins que l’on puisse dire, c’est que la libéralisation de l’énergie n’a pas été favorable au consommateur. le développement durable, avec ses quatre piliers, vous apparaît-il comme un modèle opérationnel de gouvernance f ace aux catastrophes climatiques et aux per turbations des cycles naturels ? Joëlle Kapompolé : En tout cas, je n’en vois pas d’autres pour l’instant. olivia P’tito : Ce qui compte c’est la transversalité opérationnelle qui doit exister derrière ce concept de développement durable : les administrations doivent travailler ensemble. une production culturelle, une chanson, un film, une recette, un ta bleau, LE NUCLEAIRE : UN PARI PASCALIEN dossier Alexandre lacroix, dans un dossier sur le nucléaire de Philosophie Magazine, décrit un saisissant parallèle avec le pari de Pascal sur l’existence de Dieu. Il est rationnel de croire en Dieu, selon Pascal, en regard des bienfaits éternels qu’il nous apporte s’il existe. Si Dieu existe, nous gagnons tout. A l’inverse, et en parabole, il serait fou de croire aux vertus du nucléaire même si le risque d’un accident est infime. Car s’il se produit, nous perdons tout… Après Tchernobyl et fukushima, la question du nucléaire est plus que jamais d’une brûlante actualité, tant en termes de sécurité des populations qu’en ce qui concerne le retraitement des déchets. l’énergie nucléaire (à peine 3% de la production de l’énergie mondiale) est non seulement très onéreuse à produire mais constitue évidemment un danger majeur comme nous l’a rappelé brutalement le drame du Japon. O.. Il aura fallu cette tragédie moderne pour que certains états, comme l’Allemagne, se convertissent encore plus aux énergies renouvelables ou entament enfin le débat comme la france. Chez nous, à l’heure où sont écrites ces lignes, les négociations ont confirmé le respect de la loi sur la sortie du nucléaire, c'est-à-dire la fermeture en 2015 de Doel 1 et 2 et de Tihange 1. les quatre derniers réacteurs devraient être fermés entre 2022 et 2025. Saluons aussi l’exceptionnelle pétition de Greenpeace qui a déjà recueilli plus de 100.000 signatures. (JC) 15 un paysage, un roman… qui symbolise pour vous l’alliance des deux justices, la sociale et l’environnementale ? Joëlle Kapompolé : le film « one water » que j’ai pu présenter à une centaine d’étudiants de 4ème secondaire dans le cadre de mes activités de présidente du Contrat de Rivière de la Haine. Ce film montre les multiples façons dont l’eau touche les êtres humains tout autour du globe. Il a été filmé dans 15 pays, sur les 2 hémisphères, pendant une période de 5 ans. J’ai apprécié les séquences visuelles fortes, les commentaires ainsi que la musique jouée par l’orchestre philharmonique de Russie. Surtout, j’ai été heureuse d’échanger mes impressions avec celles des jeunes présents dans la salle. olivia P’tito : l’enjeu de cette alliance des deux justices et la vulgarisation des enjeux afin que chacun puisse s’en emparer. l’humour y a donc sa place et Jamel Debbouze a bien résumé les choses : « Ma mère, c’est elle qui a inventé l’écologie : un bain pour 7 ! ». Côté BD, « les innocents » sonnent comme un « retour à la nature » de Etienne Davodeau, plus habitué à des thèmes clairement sociaux… Propos recueillis par Jean Cor nil



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