Agir Par la Culture n°27 jui/aoû/sep 2011
Agir Par la Culture n°27 jui/aoû/sep 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de jui/aoû/sep 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 65,4 Mo

  • Dans ce numéro : publics de la culture... comment les décrire, les construire, les faire participer ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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à bas la culture Petit éloge du souvenir de vacances Vous savez qu oi ? Le vr ai pr oblème avec l es ph otos et les fi lms de v a- cances c’est qu’ils ne vieillissent pas en même temps que nous. se replonger dans les albums souvenir s ou se r epasser nos meilleures séquences estivales r angées sur un disque dur, ça fout un cafard monstre à la longue, n on ? Jusqu’au jour où, vieil li ssant pour de bon, on tire un trait définitif s ur ce f atr as qui par aît dorén avant r aconter la vie d’autr es per sonnes quen ous- mêmes… Un peu comme l’anti-por tr ait de Dorian Gray ! Non, croyez-moi, le meilleur ami de l’homme revenu de vacances, c’est le souvenir usiné, manufacturé, l’objet de fabrication industrielle ou artisanale qu’on ramène dans ses bagages, coincé entre un t-shirt « I love Pastis 51 » et le slip de bain à tête de mort. Au choix : un coquillage en céramique de Vallauris, le chameau magique de Djerba, le coq de Barcelos, une boule à neige du sacré-Coeur, un flamant rose en plastique de Camargue, une gondole de Venise, un Ganesh de New Delhi, un crâne en sucre de Mexico, un chalet thermomètre du Valais, une bouteille de sangria ouvragée de Málaga, une boîte de sardines de Dinard, la Tahitienne qui fait froufrou... Que de souvenirs ! Ce n’est pas toujours de bon goût, avouons-le, et c’est généralement fabriqué par des Chinois pauvres et opprimés… Mais néanmoins cette chose en dur et en trois dimensions saura se montrer fidèle et surtout, elle vieillira docilement au même rythme que vous. Ou sans vous, si vous l’abandonnez aux puces… Ce qui serait dommage tant l’accumulation éclairée de ce genre d’objets procure in fine un véritable sentiment de plénitude chez l’homme et la femme moyens modernes. et quand viendra l’âge de ranger les bagages pour de bon, vous serez fin prêts pour le grand voyage immobile, celui qu’on entreprend grâce au pouvoir évocateur de toutes ces kitscheries magnifiques, patiemment accumulées. Là où photos et films ne susciteront plus que souvenirs dépréciés et vaines nostalgies, le vrai souvenir mmio 20 Nathalie Caccialupi de vacances, lui, vous transportera immédiatement dans un ailleurs mythifié, une espace temporel nouveau où l’esthétique désuète de cet objet, et les connotations sensuelles qui lui sont associées, vous permettront de retrouver des émotions que l’âge n’a pas réussi à effacer. Luxe, calme, champagne à volonté ! A l’âge du Cholestérol (comme il y eut l’âge des Grandes épidémies et l’âge de l’Atome) et sous le règne terrifiant du tout bio, vous réapprendrez peut-être à vivre sans entrave. Comme le disait ce bon vieux Joris-Karl(Huysmans) dans A rebours (1884) : « Il se procurait ainsi, en ne bougeant point, les sensations rapides, presque instantanées, d’un voyage au long cours, et ce plaisir du déplacement qui n’existe, en somme, que par le souvenir et presque jamais dans le présent, à la minute même où il s’effectue, il le humait pleinement, à l’aise, sans fatigue, sans tracas (…). » Denis Dargent
La démocratie Internet : plus subversive qu’il n’y paraît… Les « paléo-militants » de l’ère pré-numérique ont beau jeu de fustiger l’activisme du clic qui n’exige plus des cyber-acteurs de « sortir de soi », c’est-àdire de sacrifier leur vie privée pour se dévouer à l’intérêt général. signe, leur est-il reproché, d’une culture par trop individualiste et des engagements « liquides » sur Internet qui fragiliseraient les collectifs et l’action elle-même. est-ce à dire que les formes nouvelles de participation citoyennes surfent exclusivement sur l’éphémère, la volatilité, voire sur la légèreté narcissique des convictions ou des déterminations ? rien n’est moins sûr… D’abord, note Cardon, parce que « l’expressivisme » du Net incorpore toujours l’interaction et la reconnaissance d’autrui dans son projet. Par ailleurs, l’impulsion des engagements « jeunes » qui se tissent en ligne, est aussi, en général, plus existentielle, plus marquée par l’impératif, voire l’urgence, du résultat, par un sens pragmatique de l’utilité de l’action. Leurs ressorts sont néanmoins, il est vrai, plus diffus et plus intimes ; ils introduisent une attention plus grande pour les projections de désirs ou d’attentes de bien-vivre personnels. Mais, pour le sociologue Antonio Casilli, auteur des Liaisons numériques, ils sont aussi finalement « peut-être plus subversifs que les engagements militants d’hier ». Précisément parce qu’ils articulent les deux dimensions, privée et publique, jugées antagonistes dans le cadre de l’engagement classique. LA fOrCe Des COOPÉrATIONs fAIBLes C’est ce qui est si difficile à admettre, et même à comprendre, pour les militants orthodoxes : loin de toute communauté de destin, d’identité ou d’appartenance, les grands collectifs de l’Internet se forment de façon infiniment aléatoire, en dehors même des espaces de débat politiques ou politisés. L’improbable alchimie opère à partir des centres d’intérêt personnels, des manières d’être singulières 21 médias CC- BY-NC 2.0 Laughing squid On en a beaucoup dit sur les « révolutions 2.0 » du monde arabe, ou sur les « émeutes facebook » de l’été dans les villes anglaises. en tombant, au passage, dans le piège du déter minisme technologique. Mais l’essentiel n’est pas là. Le web ne per met pas seulement de communiquer davantage et plus vite, de faciliter les mobilisations ou de r enouveler les possibilités de critique et d’action sociale. en diminuant les coûts d’entrée et en libér ant la parole profane, il élargit l’espace public. Il tr ansfor me, de la sor te, le r appor t au politique, et l’expérience démocratique elle-même. Plus qu’un labor atoire, la « démocr atie Inter net » est une réalité en devenir. La penser est une ur gence, nous dit Dominique Cardon dans La démocr atie Inter net. des internautes, tels qu’ils se croisent et se découvrent éventuellement des points communs dans leurs expressions les plus ordinaires au cœur – ou, plutôt, en périphérie – de la vie numérique. exposition de soi, communication privée en public : ainsi s’engagent les coopérations faibles, qui sont, pour Cardon, l’une des formes d’échange les plus originales qui soient apparues avec les réseaux sociaux de l’Internet. La « force des coopérations faibles » émerge, donc, en quelque sorte, quand les « petites » conversations finissent par croiser les « grandes » et par créer, le cas échéant, des formes nouvelles d’actions collectives, décentrées, volatiles, protéiformes… et potentiellement puissantes. Car, de ces échanges au départ anodins et intéressés peuvent naître, ponctuellement, des liens plus forts entre individus, autour d’une volonté d’engagement plus explicite et plus déterminée.



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