Agir Par la Culture n°27 jui/aoû/sep 2011
Agir Par la Culture n°27 jui/aoû/sep 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de jui/aoû/sep 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 65,4 Mo

  • Dans ce numéro : publics de la culture... comment les décrire, les construire, les faire participer ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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réflexions Un journaliste face aux banques : Denis Robert et l’affaire Clearstream Denis rober t symbolise de puis près de dix ans l’essence même du jour nalisme d’investigation, opiniâtre et coura geux. Il s’est plongé dans les souter r ains obscur s de la finance inter nationale, celle dont tout le monde par le mais dont peu compr ennent c lairement les conséquences. L’édition en un volume, « Tout Clear str eam » et l’ar rêt de la Cour de Cassation fr ançaise, qui rend enfin justice à Denis rober t pour l’ensemble de sa démarc he de jour naliste re présentent deux occasions exceptionnelles de s’entretenir avec lui. Dargaud- D.robert/L.Astier Très peu de gens connaissent le clearing et les chambres de compensation, Clear s- tr eam et euroclear. Pour riez- vous nous expliquer leur s fonctions ? Clearstream et euroclear sont des « clearing house », le terme anglais pour « chambre de compensation ». Ce sont des sociétés financières qui pratiquent à haute dose le « règlement-livraison ». Les clients de ces deux firmes livrent leurs valeurs (principalement sous forme d’obligations, mais aussi des actions, de l’or ou du cash) et leurs « contreparties » les règlent de la même manière, par le même canal informatique. André Lussi, le PDG de Clearstream au moment de l’enquête et avant de se faire virer, la définissait comme la « banque des banques ». « Les particuliers ont des comptes dans des banques et les banques ont des comptes chez nous » disait-il avant d’admettre qu’ils étaient « effectivement les notaires du monde » : « Chez nous tout est tracé, enregistré, archivé ». L’identité notariale des chambres de compensation n’est pas usurpée. Dans un univers financier où les transactions se sont dématérialisées, Clearstream, comme sa rivale belge euroclear, sont les carrefours informatiques où tout se règle, se dénoue et surtout s’enregistre. Les chambres de compensations sont à la fois des facteurs qui transfèrent à la vitesse des fibres optiques et des notaires high tech qui archivent et garantissent les échanges financiers. A leur origine, au début des années 1970, les deux firmes avaient inventé la « faxmoney ». fini les mallettes de billets ou les actions de papiers, les ordres se donnaient par télex, puis par fax. Grâce à la compensation bancaire, il n’y avait plus aucun transfert physique d’argent ou de valeurs. Tout se noue et se dénoue par des jeux d’écriture comptables à l’intérieur du réseau informatique de Clearstream, dans ce que les banquiers appellent des « coffre forts électroniques ». Grâce à l’internet et aux progrès de l’informatique, le montant des ordres d’achat et de vente s’est ensuite démultiplié. en 40 années cependant, malgré les changements d’actionnariats, le siège de Clearstream est toujours resté à Luxembourg, où les juges n’ont jamais été très regardants et où les politiques ont toujours été très protecteurs à l’égard des banques et des trusts. en janvier 2011, la firme devenue allemande a annoncé avoir enregistré dans ses comptes 11,4 trillions d’euros de valeurs. Principalement des obligations. Un trillion c’est douze zéros : 11 400 000 000 000 euros de valeurs appartenant aux clients de Clearstream ainsi enregistrées dans les disques durs des ordinateurs du Kirchberg, le quartier d’affaires à proximité de l’aéroport de Luxembourg. Il est intéressant de mettre ce chiffre en parallèle avec les 360 milliards de prêts aux banques garantis par l’etat français en 2008. Je me suis demandé pourquoi Clearstream ou euroclear n’étaient jamais mis à contribution pour garantir ces emprunts. Je me le demande toujours. Que montre votr e enquête ? Mon enquête est formelle : Clearstream, organisme financier sain à l’origine, a été dévoyé. Des courriers, des listings, des microfiches, des témoignages par dizaines, la plupart ayant été filmés, permettent de mettre à jour un système de comptes opaques, l’effacement organisé de transactions, la présence en Clearstream de comptes de multinationales, la 18 probabilité forte d’une double comptabilité, l’hébergement de banques mafieuses ou liées au terrorisme, l’absence de contrôle des autorités luxembourgeoises, la complicité des auditeurs, le licenciement du personnel qui refusait de procéder à des manipulations comptables. J’en passe. Pour la première fois, les contours et les secrets d’une finance véritablement parallèle ont été mis au jour. Pour euroclear, je ne sais pas. Je n’ai pas enquêté. Mais un papier du Nouvel economiste paru après la sortie de révélation$, mon premier livre, indiquait que plus de 800 comptes suspects avaient été fermés opportunément. Les chambres de compensation, par l’essence même de leurs activités, sont très difficiles à contrôler. Comment et pour quoi avez-vous jugé oppor tun de passer plus de dix années à investiguer sur Clear stream ? J’ai passé trois ans à enquêter entre 1999 et 2002. J’ai fait deux livres et deux films. Après, je me suis battu judiciairement pour faire valoir mes droits et la justesse de mon enquête. Il m’aura fallu dix ans pour triompher. Dix ans pendant lesquels je n’ai pas pu enquêter. Ce n’est pas un choix de ma part cette langueur et cette longueur. Ce sont eux qui se sont acharnés contre moi. et mes seules armes étaient mes livres et mes articles dans la presse. Ou encore cette bande dessinée qui sort en ce moment. Comment expliquez-vous l’achar nement judiciaire des banques à votre égard et la conclusion positive de l’ar rêt de la Cour de cassation française ? La vérité prend du temps. elle s’infiltre partout. Ils ont tout essayé pour la nier, me faire taire. Ils n’y sont pas parvenus. La décision de la Cour de cassation redistribue les cartes. Mon enquête a été définitivement jugée sérieuse, de bonne foi et servant l’intérêt général. De plus en plus de jeunes journalistes, principalement sur le net, prennent contact, me posent des questions. Des articles vont sortir
4 J'AVAtS SuQtf cE RErOELVOtS AIINTSE RETROUVFRDArS w DOSSIER,Acct'OfiICENnF1'Cf IA DST... 1.E lEM 9W N - GAPEDE l'EST III Irr(t. t LA MAI - A ARRaASSEHENT-PAU Dargaud- D.robert/L.Astier Dargaud- D.robert/L.Astier ici et à l’étranger. Des films sont en préparation. Je suis sollicité mais je n’y participe pas. J’ai fait ma part de travail. Cette liberté, je l’ai obtenue en résistant aux pressions et aux propositions. Dans ce genre de dossier, des transactions sont possibles. Personnellement, je n’ai jamais été acharné contre Clearstream et j’étais prêt à un armistice. Mais ce qu’il me proposait n’était pas acceptable. souvenezvous de la page achetée par Clearstream dans le Monde. C’est public, on peut y lire que la firme me demande de retirer mes pourvois en cassation contre un arrangement concernant leurs plaintes. Aujourd’hui que j’ai gagné, on comprend qu’ils aient cherché à tout prix à éviter cette défaite cuisante. Vous souhaitez toujour s avec force l’ouver tur e d’une enquête eur opéenne et par lementaire malgré l’échec de la tentati ve initiée par les par lementaires européens en 2001 ? Pourquoi une enquête par lementaire ? Il n’y a qu’une instance européenne avec un vrai pouvoir coercitif qui peut faire avancer ce dossier. Il faut que des eurodéputés se rendent comptent que la finance dispose d’outils inconnus du grand public pour asseoir son asservissement sur les peuples. Vous connaissez la phrase d’Henri ford : « si le peuple comprenait le système bancaire, il y aurait une révolution avant demain matin ». Clearstream n’a jamais répondu à aucune de mes questions. Ils ont su habilement jouer des plaintes pour me faire taire et intimider la presse et les politiques. Il est temps aujourd’hui qu’ils s’expliquent et rendent des comptes. Le lobby bancaire reste très puissant à Bruxelles. Ce que je représente est insupportable pour eux. La décision de la Cour de cass'n’entre pas dans leur espace temps. Mon enquête nuit au commerce des banques. Mes livres montrent que les chambres de compensation sont les talons d’Achille du libéralisme. elles sont les clés de voûte du capitalisme clandestin. Je l’ai écrit et démontré il y a dix ans. Il y a dix ans, des eurodéputés s’étaient mobilisés et Bolkestein alors commissaire avait bloqué leur initiative au nom de la souveraineté luxembourgeoise. Quelle blague ! On voit bien aujourd’hui que tous les pays, toutes les nations sont concernés par les agissements de ces firmes supranationales. et que cela a des incidences sur les économies des etats. Peut-on l’ima giner aussi au Par lement belge ou à l’Assemblée nationale ? Bien sûr même si statutairement c’est plus difficile d’obliger un dirigeant de société dont la firme est basée à Luxembourg de venir répondre à des députés d’un autre pays. en france, Vincent Peillon et Arnaud Montebourg avec leur mission antiblanchiment avaient essayé mais ils n’ont pas réussi à faire venir les dirigeants de Clearstream. On en est resté à la surface des choses. Là, il faudrait un véritable audit indépendant. ensuite, je suis sûr qu’on se rendra compte qu’il est urgent de mettre sous tutelle ces sociétés qui jouent un si grand rôle dans l’écrasement de nos économies. suite aux crises successives du ca pitalisme, et en par ticulier du capitalisme fin ancier, en quoi la régu lati on et le contrôle des chambr es de compensation peuvent- ils être un élément déter minant dans la r eprise en main par les etats des gr an ds mécan ismes économiques et financier s ? Quand on est un bon informaticien, on est capable de discerner les flux qui entrent et sortent d’un pays, d’une banque, d’une institution. On peut ainsi gérer les flux. Pour lutter contre les accidents de la route, on met des radars. Pour gérer les flux, on met des stations de péage. On contrôle les trafics grâce à des caméras ou des hélicoptères. Il faut faire la même chose avec les autoroutes de la finance. former des gendarmes, les doter de moyens importants. Je suis sûr d’une chose. C’est un investissement qui peut rapporter des milliards aux contribuables européens. Vous êtes au ssi un écriv ain. La fict ion 19 ine lettre anonyme ouvre F la piste "Clearstreamr his m mlmr, pris tris t shim u Olt Gutter, colitis affirmgi u et m tiritnrtdeTkemau dt y Ask Gueriire et p6esieers at hdei0cii de pu6 ImliuetirmImeph lily's n miry dn ceahat dn friptn rétttemmigiat réflexions nous éclaire-t- elle plus sur l’histoire que l’investigation jour nalistique ou les sciences sociales ? Ça dépend. Hunter Thomson disait que la fiction est le meilleur chemin pour dire le réel. Il a raison. Je me souviens beaucoup plus des grands romans que des essais journalistiques. Truman Capote a ouvert une voix intermédiaire. C’est lui qui m’a donné envie d’écrire. La lecture de « De sang froid » a été déterminante dans mon parcours. Avec mes livres sur Clearstream, je suis allé au bout d’une confrontation avec le réel. Aujourd’hui, ce qui me fait sourire, c’est que je deviens pour beaucoup un personnage de fiction… Allez comprendre… Propos r ecueillis par Jean Cor nil Denis rober t ser a l’invité d’une con féren ce or gan isée par P résence et Action Culturelles le 27 octobr e à Bruxelles à 20h à l’IHeCs. Infos sur www.pac-g.be Tout Clear str eam, Les Arènes, 2011 Ce livre reprend les trois enquêtes de Denis robert sur la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream : "révélation$", "La Boîte noire" et "Clearstream l’enquête". L’affair e des affaires (avec Laurent Astier), Dargaud, 2009-2011 L’affaire Clearstream racontée en bande-dessinée en 4 tomes ! Les illustrations de cet article sont issu du tome 3. Le tome 4 à paraître en novembre. Un blog qui compile de nombreuses interventions de Denis robert http://lesoutien.blogspot.com/retrouvez cette inter vie w dans son intégralité sur www.agir par laculture.be



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