Agir Par la Culture n°26 avr/mai/jun 2011
Agir Par la Culture n°26 avr/mai/jun 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de avr/mai/jun 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 39,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... menaces sur la démocratie, espoirs des révolutions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Hervé Kempf : revivifier notre démocratie Her vé Kempf est jour naliste et écrivain. Chacun de ses livres « coup de poing » dénonce le pouvoir croissant de l’oligarchie financière qui ronge nos principes démocr atiques au nom du libr e mar ché et d’une circu lati on des bi ens et des services sans plus aucune entrave. Dans votr e der nier livre, vous dénoncez la dérive oligar chique de nos démocr a- ties. notre système représentatif est-il un leur r e qui masque la natur e réelle de notre mode de gouver nement ? Le système représentatif est très largement un leurre, dans la mesure où l’attention publique se focalise sur l’élection, alors que le pouvoir s’est déplacé. D‘une part, la puissance du système financier et bancaire l’emporte de loin sur la puissance publique. D‘autre part, la majorité de ceux qui sont mandatés pour exercer la puissance publique dans l’intérêt du peuple partage en fait les intérêts du système financier et en applique les règles. ensuite, parce que les médias, qui conditionnent la conscience publique, sont massivement aux mains des mêmes intérêts économiques. Cependant, nous ne devons pas abandonner le mode représentatif. Il reste un outil par lequel nous pourrons réinvestir le champ de la décision publique. mais il faut surtout ne pas penser -comme veut nous le faire croire l’oligarchie- que la représentation est le mode exclusif de la vie démocratique : la libre délibération -d’où l’importance de mener une vive critique des médias- et l’expression directe -quoique non violente- des citoyens sont des modes tout aussi importants pour faire vivre une véritable démocratie. L’Union européenne et les états- Unis élabor ent, discrèt emen t et depui s des années, le projet transatlantique qui vise à ériger un grand marché totalement délivré de toute en tr ave, entr e les deu x continents. face à une telle menace, comment construire une alter native politique et culturelle ? Ce projet transatlantique est le signe que le capitalisme n’a en aucun cas modifié, malgré le quasi-effondrement du système financier en 2008, son projet global d’assujettir l’ensemble de l’économie et de la vie sociale à la règle du marché et de la privatisation. Je n’ai aucune recette magique pour construire une alternative. D’ailleurs, elle se construit toute seule, mais on s’en rend mal compte parce que les médias, contrôlés par l’oligarchie, ne veulent pas la montrer, ou de manière très affaiblie. Il nous faut continuer à montrer, aussi bien par des initiatives locales et par les luttes qu’en posant fermement les objectifs politiques prioritaires (reprise du contrôle de la monnaie, réduction drastique des inégalités, engagement dans la transition écologique), qu’un autre monde est possible. mais, il nous faut le faire en dénonçant, plus radicalement que cela n’est le cas, le caractère pervers et dangereux de l’oligarchie. La majorité des citoyens, parce qu’ils sont eux-mêmes honnêtes et soucieux de l’intérêt général, ont du mal à imaginer que les dépositaires de l’autorité publique ne sont pas animés des mêmes principes. Il est essentiel d’abandonner cette candeur et de savoir dire que « le roi est nu », que le capitalisme est devenu intrinsèquement dangereux. La catastrophe au Japon. L’échec tragique d’un monde soumis aux techno-sciences et à la folie prométhéenne de l’homme qui tente, en vain, d’asser vir la nature ? fukushima est surtout la manifestation du fait que, si la technologie n’est pas décidée et contrôlée démocratiquement, elle est dangereuse. La compagnie Tepco, qui gérait la centrale, a régulièrement enfreint des règles de sécurité, et les autorités de surveillance – parce qu’elles participaient d’un système général voulant promouvoir l’énergie nucléaire sans vrai débat démocratique – n’ont pas été assez rigoureuses. La catastrophe découle de conditions sociales. Quelle conclusion en tirer ? Qu’il serait sans doute possible d’éviter les catastrophes nucléaires, mais à condition d’entourer cette technologie d’un tel luxe de précautions qu’elle ne serait tout simplement pas rentable. Cela est vrai de nombre de technologies que le capitalisme finissant tente d‘imposer : les oGm, les nanotechnologies, la biologie synthétique, la géo-ingénierie, etc. on oublie que le mouvement écologique est largement né, dans les années 1960 et 1970, d’une revendication 8 démocratique, à propos du nucléaire, justement : les écologistes affirmaient que le pouvoir des experts devait être soumis au regard des citoyens et à la discussion ouverte. Cette revendication reste toujours aussi pertinente aujourd’hui. J’ajoute cependant que ces technologies doivent aussi être discutées au regard de leur caractère irréversible : le nucléaire pose un problème moral qui me paraît insoluble, celui du caractère millénaire des déchets qu’il va léguer à nos descendants ; les oGm, si on les laissait se répandre massivement, pourraient sans doute transformer radicalement la biodiversité. Plus que la question de « l’assujettissement par l’homme de la nature », le problème philosophique de l’irréversibilité me paraît être le problème philosophique majeur posé par ce type de technologies. Jean Cor nil a également mené une inter vie w vidéo d’Her vé Kempf pour Canal CAL et PAC di sponi ble à cette adr esse : www.youtube.com/user/canalcal#p/u/1/G13Wt7Slz6w HERVÉ KEMPF L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie J-fr rochez L’oligarchie, ça suffit, vive la démocr atie - Her vé Kempf éditions du Seuil, 2011 Site animé par Her vé Kempf : www.r e- por ter re.net
Grand marché transatlantique : danger made in UE/USA ? ricardo Cherenti et Br uno Poncelet sont tous deux chercheur s à econospheres.be. Ils sor tent proch ainemen t le l i vr e « Le grand marché transatlantique : les multinationales contr e la démocr atie », fruit d’une enquête poussée qu’ils ont menée ensemble. nous les avons questionné sur ce projet actuellement négocié sans publicité ni débat, fait par et pour les mult inat ional es, et poten tiel lement t rès dommageable pour notre système social et démocr atique. Son aboutissement est prévu en 2015. Autrement dit, demain. Vou s sor tez un livre consacré au gr and mar ché tr ansatlantique. Qu’est-ce qui vous a amené à tr av ail ler sur la question ? Amis dans la vie et chercheurs à econosphères (www.econospheres.be), nous voulions travailler ensemble sur un thème qui réunisse nos préoccupations réciproques. Dans une interview, nous avons entendu Jean-Luc mélenchon parler d’un grand marché transatlantique se créant dans l’ignorance de tous. Ce que nous avons découvert après quelques recherches nous a réellement effrayés et nous avons choisi de travailler sur ce thème. Pour riez-vous nous présenter ce pr ojet de gr and marché tr ansatlantique et dans quel contexte il est appar u ? Le marché transatlantique est né quelques années après la chute du mur de Berlin, lorsque les états- Unis et l’Union européenne ont décidé, sous l’impulsion de puissantes multinationales, de bâtir (quitte à l’imposer) un monde de plus en plus marchand. Le marché transatlantique c’est la création, par les deux grandes puissances, d’une liberté de circulation totale pour les multinationales et acteurs financiers sur un énorme marché de plus de 800 millions de consommateurs, sans harmonisation fiscale, sociale ou environnementale. Cela passe par des accords décidés avec et pour les multinationales, en dehors des règles démocratiques, comme le débat public et contradictoire. C’est pour cela que nous ne parlons plus de démocratie mais bien de lobbycratie. Les accords se négocient au profit des multinationales, contre l’intérêt général et au détriment des valeurs sociales ou écologiques par exemple. Pouvez-vous donner quelques exemples c oncre ts de conséquence s de l’entrée en vigueur d’un tel traité pour les populations européennes, que ce soient aux niveaux é conomique, démocratique ou social ? ! + 9 dossier Une multinationale cherche toujours à s’étendre, en colonisant de nouveaux secteurs (comme les services publics), en imposant ses valeurs à tout le monde (comme le droit de propriété intellectuelle) ou en élargissant la taille des marchés (de façon à agir sans contraintes sur une zone de plus en plus large). Ce faisant, elles mangent les Pme ou les réduisent à des sous-traitants. elles peuvent également mettre les états en concurrence les uns contre les autres (chantage à la délocalisation), et ainsi imposer leurs idées et désirs : détricotage des conquêtes sociales, réduction des salaires, flexibilisation du travail, attaque contre les solidarités sociales (chasse aux chômeurs, par exemple), obtention de privilèges fiscaux et endettement croissant des états justifiant une gouvernance par le haut, dans des structures opaques bafouant une démocratie trop encombrante à leurs yeux. Soulignons le rôle assez masochiste des politiques qui donnent aux multinationales un bâton pour les battre. De plus, la croissance économique sans fin accélère la prédation des multinationales et met en danger, de façon irréversible, notre environnement. nous le savons, la terre est mise à sac, mais nous continuons à faire comme s’il n’y avait pas de problème majeur. enfin, pour que cette « agression » des multinationales puisse fonctionner, des institutions et législations répressives doivent être mises en place. Le marché prétendument « libre » est en fait très répressif !



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