Agir Par la Culture n°26 avr/mai/jun 2011
Agir Par la Culture n°26 avr/mai/jun 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de avr/mai/jun 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 39,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... menaces sur la démocratie, espoirs des révolutions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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entretien Donc la Chine a une tradition très monarchique du pouvoir, monarchique et bureaucratique. D’autre part, elle a connu la révolution culturelle, un désordre, et elle a aujourd’hui un désir d’enrichissement et de puissance. L’ambition de Taiwan, système par lementaire, qui se rapproche plus de l’occident, et qui espère que par contagion la Chine continentale s’aligne sur eux ? Qu’en pensez-vous ? Peut-être. Peut-être sous une forme progressive de transmission silencieuse. Pas sous forme de révolution comme ce qu’on a vu récemment dans le Proche-orient. Je ne crois pas à un grand événement. Vous savez la grande formule en Chine aujourd’hui c’est celle qu’on avait à l’époque de Guizot en france : « enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ». Je veux exprimer par-là que certains journalistes disent qu’il y a une sorte de contagion révolutionnaire. maintenant, on est dans le régime des portables et des SmS et donc cela va flamber d’occident en orient. Je ne suis pas sûr de cela. Par contre, il y a des transformations à l’œuvre et le régime chinois il faut bien le comprendre, se transforme. Le Parti communiste d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec le Parti communiste d’il y a 40 ans. Aujourd’hui ce sont des managers. J’ai lu que dan s le l ivr e d’André Chieng qui accompagne votre pensée, vous faites une distinction entre ce que les Allemands ont fait après la 2 ème Guerre mondiale, nur emberg, et les Chinois, qui n’ont rien fait après la révolution culturelle. Il y a donc un rappor t différ ent à l’histoire ? L’idée chinoise stratégique dans le monde politique, c’est de laisser mûrir les conditions. Donc ce crédit accordé à la durée dans ses effets propres avec cette conviction que le forçage produit un contre effet. Si vous imposez un modèle à une situation, vous produisez du rejet. es t- ce que vous pens ez que la compréhension de la Chine dans toute sa subtil ité et qui est ef fecti vement une vr aie ext ériorit é par r appor t à l’occident, à l’europe, au monde occidental, progresse dans le monde politique, dans le monde des af fair es, dans le monde économique, dans le monde culturel ? Il faut distinguer les mondes. Dans le monde économique certainement. Je peux vous dire que depuis 15 ans je suis en relation avec les entreprises, y compris à Bruxelles, en Allemagne et en france. Je vois que les chefs d’entreprises ont compris non seulement qu’il y a des stratégies diverses mais ils ont compris l’intérêt à réfléchir à d’autres stratégies que la stratégie européenne modélisante des objectifs. Y a-t-il une contradiction entr e l’efficacité et le système démocr atique ? oui, c’est clair. Il faut la réfléchir. Je ne pense pas que les hommes politiques incarnent le monde démocratique. Je pense qu’ils sont plus dans le médiatique qui n’est pas démocratique. exemple : les sondages qui polluent la france aujourd’hui. Les sondages ne sont pas démocratiques, ils sont médiatiques. Ils font de l’évènement tous les jours qui permettent aux journalistes de produire des articles et des débats. mais je crois aux élections comme épisode démocratique dans l’isoloir et tous les cinq ans. Je crois qu’il faut laisser agir le temps. C’est pour cette raison que je suis contre les sondages car le court terme ne produit rien. C’est la thèse de Dominique Bourg dans son livr e « Ver s une démocr atie écologi que ». Il const ate que les en jeu x majeur s sont sur la longue durée or la vie politique est sur la cour te durée. Donc il y a un décalage dans le r ythme politique ? et puis il faut alimenter le médiatique. Il faut que tous les jours il y ait de l’évènement, il faut toujours que l’on parle de vous et il faut toujours soigner son image et ça c’est antidémocratique et c’est coûteux en terme d’efficacité. on est de plus en plus dans la dictature de l’urgence ? Absolument. Une fausse urgence d’ailleurs. Quand on dit que l’on veut arrêter le chômage, au lieu de l’annoncer tous les jours par des mesures soi-disant spectaculaires et qui n’ont pas d’effet, il vaut mieux amorcer des modifications discrètes au départ qui progressivement produiront leurs effets. L e prix nobel de l a paix à un di ssi den t chinois. Quel est le point de vue que vous exprimez sur cette question ? 0.0 6 Un prix nobel c’est toujours un compromis. Cela ne tombe pas du ciel comme cela. La religion du droit-de-l’hommisme n’est pas la mienne mais les Droits de l’homme, c’est une production singulière de l’europe à une époque. J’ai écrit pour dire à quel point je ne voulais pas relativiser les droits de l’homme. Je garde un statut d’absolu, mais je ne prends pas pour absolu les valeurs des droits de l’homme. Je ne prends pour absolu que le nom de résistance à l’oppression, le nom de l’insupportable, le nom de la révolte. Je me méfie du culturalisme d’une part, du droit-del’hommisme de l’autre et il me semble qu’il faut travailler non pas dans l’entre-deux mais pour dépasser cette alternative-là. Cela m’a frappé, en Chine, le r egard encor e extrêmemen t nég atif, même des j eun es génér at ions c hin oises, sur le Japon comme si on n’avait pas fait le deuil des massacres de nankin en 1937. Ils n’ont pas la même taille. La grande Chine et le petit Japon. C’est par la Chine que le Japon s’est ouvert à l’extérieur. Le Japon est une île et le Japon a connu une montée nationaliste parce c’est sa façon de digérer la modernité, l’époque meiji, l’ouverture au monde extérieur. Le Japon a fait la guerre à la Chine, à la russie puis aux etats-Unis sans se rendre compte qu’il se passait peut-être autre chose. Il y a eu la guerre de nankin, c’est vrai. Le Japon souffre d’une hégémonie chinoise encore plus maintenant que la Chine a dépassé le Japon en terme de PIB. Je trouve les japonais assez héroïques à cet égard, il faut quand même le reconnaître. Le Tibet ? Le nationalisme chinois ? Je me méfie du nationalisme et surtout quand le nationalisme prend le relais des régimes dictatoriaux ou autoritaires. on sait bien que les régimes autoritaires quand ils n’ont plus d’éléments porteurs sont des régimes nationalistes. on l’a vu en europe suffisamment. Donc, je me méfie du nationalisme chinois parce que les dépenses militaires chinoises, on le voit aujourd’hui, sont quand même colossales. Propos r ecueillis par Jean Cor nil fr ançois Jullien : « Philosophie de vivre » G allimard 2011. Autour de l’auteur : « La pr atique de la Chine, en compagnie de fr ançois Jullien », de André Chieng Gr asset, 2006.
Menaces sur la démocratie, espoirs des révolutions L’époque est à l’accélér ation des évènements. Le projet d’un gr and marché tr ansatlantique, actuellement négocié dans la plus grande discrétion et qui pour rait débuter potentiellement en 2015, augur e de régressions sociales et de pr ession sur notr e modèl e démocr atique. Un modèle démocr atique que Her vé Kempf pense peu à peu remplacé par celui de l’oligarc hie, le pou voir d’un petit nombre. face à cette lame de fond libér ale et à la collusion des pouvoir s politiques et économiques, des mouvements révolutionnaires constituent désor mais un espoir raisonnable. Qu’il s’a gisse d’une révol uti on dan s la comptabilité nationale (prise en compte du bonheur au Bhoutan), d’une révolution citoyenne (Bolivie), de l’exemple de l’histoir e (La Commune de Paris) ou de la leçon magistr ale de la révolution tunisienne. 7 dossier



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