Agir Par la Culture n°25 jan/fév/mar 2011
Agir Par la Culture n°25 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 1,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... contre vents et mainstream ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
entretien Et que tout cela fait signe en effet vers des changements importants de la manière de comprendre la représentation politique, la décision politique, le processus démocratique en général et que nous sommes devant une vraie mutation de la façon d’aménager les choix collectifs. J’essaye de le penser avec recul dans un cadre d’ensemble et dans la continuité de l’expérience démocratique et je crois que nous sommes vraiment devant une nouvelle réinvention de la démocratie. Cela va prendre toutes sortes de nouveaux canaux. Facebook comme en Égypte ou en Tunisie, c’est un bon canal ? Tous les canaux sont bons. La question devant laquelle on est, c’est de mettre en musique cette diversité parce qu’en même temps on voit bien les dangers si chacun fait sa petite démocratie dans son coin et que cela tire dans toutes les directions : on n’aboutit à rien au niveau des choix collectifs véritables pour lesquels à un moment donné, il faut trancher. Climatosceptiques ou réchauffistes, à un moment donné, il faut trancher. Mais il faut aussi que les citoyens suivent. Si les scientifiques tout seuls ont raison dans leur coin, sans l’adhésion des peuples, cela ne nous mènera nulle part. C’est pour cela que je ne crois pas du tout à l’écofascisme parce que cela ne marcherait pas sans l’adhésion des gens. L’État est dans ce cadre-là un élément essentiel ? Oui, bien sûr. On est dans le moment où on cherche une forme collective efficace pour l’ensemble de ces initiatives qu’il va s’agir d’articuler, de mettre en ordre comme on l’a fait à d’autres époques de l’histoire à différents niveaux du pouvoir. Une question sur la dém ocratie cultur elle puisque nous somm es dans un mouvement d’éducation populaire. Vous êtes à l’opposé du spectre de la pensée d’A la in Badiou par exem ple qui dit : « La règle de la majorité ne marc he pas en ar t et en science, pour quoi fonctionner ait-elle en politique ? ». 6 Pour vous, est-ce que la culture, ce domaine vraiment très impor tant de la constit ution des imaginair es, peut être vérita blement démocr atique ou bien comme le pensent à leur manière Alain Badiou, Alain Finkielkr aut ou un intellectuel comme Simon Leys, la culture est par essence élitiste et aristocratique ? C’est une question très difficile parce que le débat tourne très facilement à la caricature. La culture est aristocratique comme la science est aristocratique. Même la politique démocratique est aristocratique parce qu’il y a une différence énorme entre le citoyen qui se contente d’aller voter parce que c’est obligatoire mais qui s’en moque complètement et puis la personne qui fait l’effort de se tenir informé et d’essayer de maîtriser et de faire des choix raisonnés. Nous savons bien que la démocratie est encadrée par des gens qui ont plus de compétences politiques que le citoyen normal qui voit cela de très loin. Cela n’empêche pas la démocratie de fonctionner. La culture comporte un élément aristocratique puisqu’elle repose sur la fabrication d’œuvres qui sont par définition l’objet d’un travail énorme, d’un investissement gigantesque et qui mobilise des talents singuliers. La culture ne sera jamais le « tout le monde artiste » selon KarlMarx, je ne le crois pas. Mais moi qui ne suis pas artiste, je n’ai pas envie de jouer à l’artiste. J’ai envie de voir des œuvres belles dans des musées, d’aller voir des pièces de théâtre intéressantes, des films admirables, cela ne me gêne pas. Je ne souffre d’aucune humiliation en allant admirer un film, un morceau de musique joué par un grand interprète bien meilleur que moi. Donc évidemment, il y a une composante élitiste et aristocratique. Mais de quoi parle-ton ? C’est de l’accès à la culture. C’est l’accès. Tout se joue là ! Mais l’accès à la c ultur e aujourd’hui c’est la télévision et internet ? Qui font d’ailleurs des choses très contrastées, le pire et le meilleur. D’où la difficulté de juger mais je pense que la question dans tous ces domaines, de l’éducation ou la science, la question c’est l’accès dans tous les sens, permettre aux gens qui ont du talent d’artiste de l’exprimer et pas de rester plombier-zingueur parce que papa l’était. D’autre part, permettre à tous ceux qui le souhaitent et qui n’en ont pas spontanément les moyens, l’accès le plus large possible à ces choses qui en effet sont aristocratiques. Ce qui est démocratique c’est l’accès. C’est donc l’école et l’éducati on qui sont déter minantes ? C’est l’éducation, car c’est là que tout se passe. Je pense que c’est le plus grave problème posé à nos démocraties aujourd’hui. Le long terme, c’est l’éducation dans la démocratie. C’est la question que nos sociétés ont laissé tomber pour des raisons très compliquées, très profondes, sur lesquelles on devrait se pencher davantage, mais nous retrouvons le problème du court-termisme. On essaye d’améliorer à la marge la mécanique pas toujours à tort d’ailleurs, mais sans répondre vraiment aux questions de fond. C’est là qu’est la vraie question. Evidemment qu’il faut une démocratisation culturelle, mais cela ne veut pas dire « tout le monde artiste «, ni l’obligation pour tout le monde de l’être. D’apprendre le piano, d’aller à l’académie de peinture et de lire Balzac ? Oui, ça c’est le rêve de l’homme total du vieux Marx. C’est évidemment absurde et d’ailleurs très honnêtement, je pense que Marx lui-même considérait bien sûr qu’il en savait plus long que les prolétaires, mais il mettait sa science à leur service et trouvait cela démocratique. Il n’avait pas tort. Propos recueillis par Jean Cor nil À l’épreuve des totalitarismes (1914-1974) (L’avènement de la démocratie III) Marcel Gauchet Gallimard, 2010.
CONTRE VENTS ET MAINSTREAM ? En prologue à la journée d’étude « Coloniser les cerveaux ou décoloniser les imaginaires ? » organisée par Présence et Action Culturelles le 31 mars au Théâtre de Namur (infos au dos de ce numéro), nous avons consacré notre dossier à la Culture Mainstream dont Frédéric Martel a esquissé l’histoire et décrit les logiques dans son dernier livre Mainstream, Enquête sur une culture qui plaît à tout le monde. Nou s ouvrons n otr e dos sier par un entr etien avec Frédéric Mar tel qui présente son ouvr age. Cela nous permet d’ouvrir le débat et d’alimenter la réflexion quant aux résistances à ce courant culturel dominant qu’il est possible d’imaginer. Nous avons ensuite demandé à des dossier SE POSITIONNER FACE A CETTE CULTURE QUI PLAIT A TOUT LE MONDE acteur s du monde cultur el bel ge fr an cophone de réa gi r aux thès es développées par Fr édéri c Mar tel. Ain si, les points de vue de Philippe Reynaer t (pour le cinéma), Marc Janssen (pour la télévision), Denis Gér ar dy (pour la musique) tentent d’ébaucher des positionnements possibles et souhaitables face au mainstream dans leur s secteur s respectifs ou jauge des mesures qui les concer nent. Nous conclurons ce dossier par un rappel du concept d’« hégémonie culturelle » parfois évoqué dans ces pages et auquel on rappor te souvent la Culture mainstream. 7



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :