Agir Par la Culture n°25 jan/fév/mar 2011
Agir Par la Culture n°25 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 1,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... contre vents et mainstream ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Si l’on suit Gramsci, il faut d’abord distiller les idées progressistes, travailler aux marges et dans les interstices, réaliser un travail de « termite » pour ronger progressivement toutes les bases de la société capitaliste traditionnelle. L’objectif est celui de combattre les intellectuels de la classe dominante. Une tâche que Gramsci confiait aux intellectuels au sens large (ceux qui manipulent des idées), du moins ceux qui sont organiquement lié aux travailleurs. Il faut pour ce faire percer dans les médias de masse, envahir le langage courant, ou encore imposer ses thèmes et ses concepts dans le débat universitaire et public. À gauche, cela pourrait être d’une part de remettre en cause préceptes et mots du néolibéralisme pour les disqualifier et d’autre part d’imposer des thèmes et des termes comme « catastrophe écologique », « salaire maximum », « relocalisation », « gratuité », « coopérative », « paix économique », « services collectifs », « peuple », « décroissance », « précariat », « égalité réelle », « recherche du bien-être », etc. À ce titre, si internet permet de nos jours une accélération de ce travail de sape et de diffusion de messages contraire à l’ordre du discours, la lutte contre l’hégémonie de la classe dominante doit aussi être menée en profondeur dans les réseaux sociaux humains. C’est notamment le rôle de l’éducation populaire. 20 Aurélien Ber thier Une grande par tie de l’œuvre de Gr am sc i est dans le domaine public et est disponible en ligne ici : h t t p : //c l a s s i qu es. u q ac. c a/c lassiques/gr amsci_antonio/gram sci.html r 1
LA DÉMOCRATISATION DE LA CULTURE CONTRE LE PRIX UNIQUE DU LIVRE Fin des années 70 en France, la bataille du prix unique du livre oppose deux hommes de gauche : Jérôme Lindon des Éditions de Minuit et André Essel de la Fédération Nationale des Achats des Cadres, la FNAC. Depuis longtemps, les grands syndicats français organisent des coopératives qui permettent à leurs affiliés d’acheter de nombreux produits moins chers. En ouvrant la FNAC au grand public, Essel veut faire pression sur les prix pour contribuer à la démocratisation des produits culturels. Mais Lindon pense qu’un tel système mettra en danger l’édition des livres à petit tirage. Il propose de bloquer le projet d’Essel par une loi qui interdit les ristournes sur le prix conseillé par l’éditeur. Proches du mouvement syndical et coopératif, beaucoup de socialistes sont contre. Plus proches des milieux littéraires, d’autres, dont Jack Lang, sont pour. Quand les socialistes arrivent au Gouvernement en 1981, Mitterrand arbitre en faveur de Lang. La loi sur le prix unique est votée à l’unanimité par la gauche et la droite. Essel doit quitter la FNAC qui oubliera son passé coopératif pour devenir une chaîne de grandes surfaces commerciales. Sa bataille pour la baisse du prix des livres est perdue. UN DANGER IMAGINAIRE Contraire aux règles générales sur la concurrence, qui protègent les consommateurs, cette interdiction de faire des ristournes de plus de 5% sur le prix conseillé par les éditeurs est censée protéger les libraires d’une trop forte concurrence sur les prix que pourraient lui imposer les grandes surfaces. Ce danger était-il réel ? Dans les faits, en Belgique, rien de tel ne s’est produit. Les petites librairies, comme beaucoup de petits commerces, ont du mal à survivre. Mais les grandes se développent fort heureusement, car si les grandes surfaces offrent un meilleur prix, les libraires ont un assortiment infiniment plus vaste et des services de qualité : commandes, informations, animations, conseil et parfois des coins lecture avec douceurs et petite restauration. Rien n’impose donc de protéger l’indispensable librairie de qualité d’un danger qui, depuis trente ans, ne s’est pas manifesté. UN SUR COÛT IM PORTA NT POUR L ES LECTEURS Le principal défaut du prix unique, c’est son indiscutable surcoût pour les consommateurs. Un lecteur achète un livre de 10 €, prix étiquette. Aujourd’hui, son libraire lui donne 10% de remise, il paie 9 €. Si le livre est discounté en grande surface, il paie 8 €. Avec le prix unique du livre et seulement 5% de remise autorisés, il paiera minimum 9,50 € quelque soit le point de vente. Pour ne pas mettre en péril ses budgets, la Communauté française a d’ailleurs demandé que les bibliothèques publiques et les établissements d’enseignement soient exemptés d’un éventuel prix unique. De même d’ailleurs que l’ensemble des pouvoirs publics. Seuls les consommateurs lecteurs auraient à souffrir d’un prix unique dont l’État prendrait bien soin de protéger lui-même l’ensemble de ses services. À l’échelle du marché du livre en Belgique, si les lecteurs ne payaient désormais leurs livres que 3% plus cher en moyenne, ils consentiraient, pour aider une centaine de librairies générales, une dépense équivalente à l’entièreté du budget annuel de la Communauté Wallonie-Bruxelles pour toute la politique du livre y compris le financement de 620 bibliothèques publiques. IL FAUT CONTINUER DE DÉMOCRATISER LE LIVRE Depuis les Lumières au XVIII e siècle et les mouvements d’éducation populaire du XIX e, la gauche a fait de la démocratisation culturelle et de l’accès tribune libre de tous à la culture, un axe fondamental de la lutte pour l’émancipation. Elle a inspiré le développement de la lecture publique et soutient les nombreuses actions du secteur de l’éducation permanente en faveur de la lecture dans les milieux populaires. Les communautés financent à grand peine de nouvelles mesures en faveur de la lecture publique, des actions contre l’illettrisme, des ateliers d’écriture, des invitations d’écrivains dans les écoles, l’achat de chèques-lire, des initiations à la lecture dans les crèches et les maternelles, etc. Toutes ces actions, qui tentent de familiariser les jeunes et les publics moins favorisés avec la lecture pour leur permettre d’accéder à l’information, aux savoirs et aux imaginaires nécessaires à leur participation à la vie sociale et au débat démocratique, ne trouvent leur plein effet que si le livre est aussi financièrement accessible. Les libraires remplissent un rôle culturel irremplaçable. Il faut les soutenir et leur garantir les meilleures conditions de développement. Mais seulement par des mesures qui contribuent à la démocratisation du livre. FAIRE BAISSER LE PRIX DU LIVRE De ce point de vue, ce n’est pas l’instauration d’un prix unique du livre qu’il faut soutenir, mais une autre revendication des libraires : la suppression de la tabelle. Instaurée longtemps avant l’euro, elle avait pour but de protéger les éditeurs contre les variations de change entre francs belges et français. Avec comme conséquence, un prix à l’étiquette entre 10 et 15% plus cher en Belgique qu’en France. Le risque de change a disparu, mais, en contradiction avec les règles du marché unique, la différence de prix est restée. La suppression de la tabelle (progressive pour éviter les chocs dans la chaîne du livre) permettrait une baisse significative du prix des livres français en Belgique. Et pourrait s’inscrire dans une politique volontariste de démocratisation de la culture. Une politique de gauche. Michel Gheude 21



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