Agir Par la Culture n°25 jan/fév/mar 2011
Agir Par la Culture n°25 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 1,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... contre vents et mainstream ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Et la musique dans tout cela ?... Nous avons sollicité l'avis sur la culture musicale mainstream de Denis Gérardy, producteur musical, membre du conseil des musiques non-classiques de la Communauté française. Et la musique dans tout cela ? Voici ce qu'il nous en dit... Assez curieusement, et effet de mode incontestable, le terme « mainstream » est décliné à toutes les sauces… Un peu comme si aujourd’hui, on découvrait cette « culture » rendue universelle à coup de milliards de dollars ou tout simplement via des sociétés, essentiellement américaines, implantées sur chaque continent. Cela a même un côté quelque peu risible qui pourrait s’apparenter à un combat d’arrière-garde… 18 Au niveau musical, je ne connais pas un seul artiste qui refuserait que son œuvre devienne universelle et touche ainsi le plus grand nombre. Pas un seul, ni même Manu Chao ou Bono, célèbres porte-drapeaux de l’altermondialisme. Je ne connais pas non plus un seul producteur, manager ou patron d’une maison de disques qui se passerait d’une reconnaissance et surtout de gains venant des quatre coins du monde. Je ne connais pas ou peu de véritables amateurs de musique préférant boycotter la venue sur notre territoire de U2, de Jay Z ou encore Madonna sous prétexte que ces artistes appartiennent à la plus grande multinationale du spectacle… En réalité, le problème ne se situe pas à ce niveau. Le véritable enjeu est de se donner les moyens et de permettre que des productions et créations locales puissent continuer à voir le jour, à exister et à se tisser un réseau suffisamment important pour être entendues et découvertes par un public toujours plus conséquent. L’espace francophone et européen est assez vaste pour que nos artistes puissent s’y exprimer et en vivre sans devoir nécessairement passer outre-Atlantique. Attention…, il ne s’agit pas de prôner un protectionnisme quelconque mais bien de renforcer des réseaux musicaux professionnels qui, plus que jamais, proposeront autre chose. Aujourd’hui, après les fiascos de la télé-réalité et des réseaux de radios/télés commerciales musicales, l’heure est au contenu et à la qualité. Il ne suffira plus de penser uniquement marketing et coups médiatiques mais avant tout propos artistique. Depuis peu, on observe un léger retour vers l’essentiel de la création et vers des pratiques différentes. Mais sans jamais oublier que dans le terme « pop » de la musique, on retrouve le mot « populaire ». En être gêné aux entournures est incompatible avec le sens même de la musique, un art qui doit continuer à se partager et se répandre au plus grand nombre. Pourvu que les méthodes conservent une certaine éthique et authenticité… Denis Gérardy
L’HéGéMONIE CULTURELLE SELON GRAMSCI S’il est un concept qui revient de plus en plus fréquemment dans les discours progressistes, c’est bien celui d’hégémonie culturelle qu’a développé le philosophe marxiste italien Antonio Gramsci (1891-1937). Mais que recouvre-t-il et quelle stratégie contient-il ? UN THÉORICIEN EMPRISO NNE Membre fondateur du Parti Communiste italien dont il sera Secrétaire général, intellectuel actif, journaliste et créateur du journal l’Unità, Antonio Gramsci est député lorsque, en 1926, il est arrêté par les fascistes et condamné pour conspiration deux ans plus tard. Le procureur mussolinien terminera son réquisitoire par ces paroles : « Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner ». Ruse de l’histoire, c’est durant cette longue incarcération que le socialiste révolutionnaire formera sa pensée, devenant l’un des plus originaux théoriciens du marxisme. Elle se déclinera dans une œuvre fleuve, près de 3000 pages de carnets, sortie clandestinement d’Italie et finalement éditée sous le nom de « Cahiers de prison ». Ceux-ci constituent une réflexion profonde et visionnaire de l’histoire italienne, du marxisme, de l’éducation (et notamment l’éducation des travailleurs issus de l’industrialisation), de la société civile ou encore de l’hégémonie culturelle. Un fil conducteur les traverse : la culture est « organiquement » liée au pouvoir dominant. L’HÉGÉMONIE CULTURELLE Constatant que les révolutions communistes promises par la théorie de Marx n’avaient pas eu lieu dans les sociétés industrielles de son époque, Gramsci formule une hypothèse. Si le pouvoir bourgeois tient, ce n’est pas uniquement par la main de fer par laquelle il tient le prolétariat, mais essentiellement grâce à son emprise sur les représentations culturelles de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle amenant même les dominés à adopter la vision du monde des dominants et à l’accepter comme « allant de soi ». Cette domination se constitue et se maintient à travers la diffusion de valeurs au sein de l’École, l’Église, les partis, les organisations de travailleurs, l’institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse… Autant de foyers culturels propageant des représentations qui conquièrent peu à peu les esprits et permettent d’obtenir le consentement du plus grand nombre. Pour renverser la vapeur, toute conquête du pouvoir doit d’abord passer par un long travail idéologique, une lente préparation du terrain au sein de la société civile. Il faut, peu à peu, subvertir les esprits, installer les valeurs que l’on défend dans le domaine public afin de s’assurer d’une hégémonie culturelle avant et dans le but de prendre le pouvoir. Exemple récent, l’idéologie néolibérale qui s’est auto-instituée comme seul système d’organisation économique possible. Il est le fruit d’un long travail sous-terrain de conquête des esprits depuis les cercles de réflexion d’économistes américains et européens (think-tanks) des années 50 aux journalistes, hauts fonctionnaires, leaders d’opinion, lobbys et artistes dossier qui imposent peu à peu ses principales idées dans la sphère culturelle : « La compétition généralisée est saine », « Le marché s’auto-régule », « Il faut limiter les dépenses publiques et baisser les impôts », « L’État est un mauvais gestionnaire », etc.) avant de connaître une traduction politique dans la prise de pouvoir par Ronald Reagan aux États-Unis, Margaret Thatcher en Angleterre jusqu’à Deng Xiaoping en Chine. L’OBJET DU COMBAT : CONQ UÉRIR LA SOCIÉTÉ CIVILE Pour Gramsci, l’État ne se résume pas au seul gouvernement. Même si ces sphères se recoupent souvent, on peut distinguer deux lieux de son pouvoir : — D’une part, la « société politique » qui regroupe les institutions politiques, la police, l’armée et la justice. Elle est régie par la force. — D’autre part la « société civile » qui regroupe des institutions culturelles (université, intellectuels, médias, artistes) et qui diffuse de manière ouverte ou masquée l’idéologie de l’État afin d’obtenir l’adhésion de la majorité de la population. Elle est régie par le consentement. Si dans les régimes dictatoriaux, c’est surtout la société politique qui règne (par l’oppression), dans les sociétés occidentales démocratiques, c’est principalement la société civile qui organise la domination. C’est donc dans son cadre que le combat (culturel) doit être mené et non par une confrontation frontale avec la société politique. 19



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