Agir Par la Culture n°24 oct/nov/déc 2010
Agir Par la Culture n°24 oct/nov/déc 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de oct/nov/déc 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : à livres ouverts... le monstre doux de Raffaele Simone.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA GRÈVE DE L’HIVER 1960-61, AU CŒUR DES MÉMOIRES Dans le cadre du cinquantième anniversaire des grèves de 1960-61, Présence & Action Culturelles (PAC) et l’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES) ont mené conjointement une collecte de témoignages. L’objectif d’une telle démarche est triple : donner la parole à ceux qui ont vécu les faits, sans pour autant figurer dans les manuels scolaires ; conserver leurs souvenirs pour les générations futures ; mais aussi se doter d’outils d’analyse de notre histoire sociale. La « grève du siècle » reste indubitablement dans la mémoire de ceux, hommes et femmes, qui en ont été les acteurs et les témoins. Nous vous invitons à plonger dans quelques extraits croisés de leurs récits. 6 1&2 et 3 : Doc IHOES Concetta Amella, PAC Dawinka Laureys, IHOES « La nuit, afin de freiner une éventuelle attaque des gendarmes ou de l’armée rappelée pour nous mater, sous prétexte du maintien de l’ordre, nous semions sur les voies d’accès à la ville des clous à trois têtes que l’on tordait dans l’atelier de l’Union coopérative. Les femmes remplissaient parfois des missions quasi diplomatiques, comme d’apporter sandwiches et café chaud aux soldats commis à la garde des points stratégiques en raison des sabotages ». Annie Massay À l’époque : permanente auprès du SETCa (Liège). « Et au Nouvel An, on ne peut pas allumer, on ne peut plus rassembler plus de trois personnes. Mais on a fait le réveillon du Nouvel An à la maison du peuple, à la chandelle, avec de la soupe aux haricots. Pour changer, on avait des tartines de beurre ». Renée Vankeleffe À l’époque : secrétaire à la Mutualité socialiste à Ougrée (Sclessin). « [Le 6 janvier 1961] Quand nous nous sommes sommes arrivés ar" aux — Guillemins, c’était le gros brol ! [Au début] les policiers étaient tellement peu nombreux que quand ils s’attaquaient aux ouvriers de la rue Varin, [ceux-ci] reculaient, et les gens du Plan incliné, eux, avançaient et démolissaient... jusqu’au moment où il y a eu un renfort de police ou de gendarmerie avec un espèce de half-track [véhicule militaire]… Ils montaient sur l’accotement et ils fonçaient vraiment sur les gens… Je me souviens très bien avoir entendu dire à un type qui avait peut-être 25 ou 30 ans, qui était ouvrier donc, et qui s’adressant à un gendarme qui avait une crosse et qui leur tapait dessus pour les faire reculer a dit : "Dis mon vieux, tu pourrais être mon père, hein. Et le père taperait sur son fils ! ". Franchement, le gars tout de suite en prend conscience et abaisse le fusil… C’était poignant de voir comment les gens réagissaient ». Lucien Carlier À l’époque : enseignant, membre du syndicat et du parti libéral (Liège). « Les jaunes, c’étaient ceux qui ne voulaient pas faire grève. Des enseignants de chez nous [de la CGSP] faisaient le piquet pour empêcher les écoles chrétiennes d’ouvrir… Une nuit, il y a deux équipes qui sont sorties avec un pot de couleur jaune et un pinceau. Le lendemain matin, il y avait un beau « j » jaune sur les portes des maisons des institutrices… ». Jean-Marie Tassignon À l’époque : ouvrier au laminage à froid, membre de l’Action commune (Carnières). « Par rapport à la vie quotidienne ce qui posait aussi problème, c’était aussi l’absence de services publics... Et ça signifiait qu’en moyens de transport, ça devenait compliqué… S’est aussi posé le problème… de payer les pensionnés qui étaient, à l’époque, payés de la main à la main par les facteurs. Et donc dans un certain nombre de communes, avec les grévistes, on s’est organisé [les pouvoirs communaux et la FGTB] pour qu’il y ait des facteurs volontaires qui aillent quand même payer les pensions chez les pensionnés ». Georges Vandersmissen À l’époque : chargé de recherche à l’Institut de sociologie de l’ULg et membre des étudiants socialistes (Liège). « La population soutenait la grève et même les classes moyennes. À la maison du peuple… les boulangers venaient avec des mannes de pains, pour nous les offrir. Il y avait aussi les bouchers, qui venaient avec du boudin, etc. Nous étions soutenus. Évidemment, ils avaient tous un petit fils ou une petite fille ou un voisin ou un frère… dans la bagarre ! ». Gaston Onkelinx À l’époque : ouvrier et délégué syndical FGTB à Cockerill (Ougrée). « Dans les maisons du peuple, à 5 h du matin, beaucoup de gens étaient là parce qu’on était une équipe et qu’il fallait essayer d’aller mettre un piquet [de grève] à une telle entreprise, ou bien aux tramwaymen… À 5 h du matin, il y avait les femmes qui étaient là, qui faisaient la soupe. Quand on revenait du piquet à 7 h ou 8 h du matin, on avait un bol de soupe et une tartine. Donc, il y avait cette solidarité femmes/hommes. C’était quelque chose de magnifique. On pouvait passer de maison du peuple en maison du peuple pour voir comment était l’atmosphère, si on était bien soudé… Ce qui a été dur làdedans c’est l’hiver. Il fallait se chauffer. Tout le monde n’avait plus l’argent. Cette solidarité humaine a compensé la perte de salaire… Tout le monde, à l’époque, avait un jardin, des poules, des lapins… Et tout le monde apportait des repas chez les plus déshérités… La solidarité, moi, elle m’a époustouflée ! ». André Henry À l’époque : ouvrier en verrerie, membre des Jeunes Gardes Socialistes et de la FGTB (Gilly).
FÉDÉRALISME ET RÉFORMES DE STRUCTURES : VISION RINGARDE OU PRÉMONITOIRE ? , "Invn...,00c i achn In..n.n..,o Any.sf..,oc Fin des années 1950, le programme des réformes de structure était souvent résumé en quatre « pierres de touche » : - planification souple de l’économie, - contrôle des holdings, - nationalisation de l’électricité, - service national de santé. Ces slogans de grande vulgarisation constituaient la colonne vertébrale d’un programme ambitieux adopté par la FGTB à l’occasion de deux Congrès extraordinaires en 1954 et 1956 : l’objectif était de proposer des mesures concrètes en vue de réorienter fondamentalement l’économie belge au bénéfice de l’emploi, du bien-être de la population et grâce à une démocratisation de son fonctionnement par une intervention directe du monde du travail dans les mécanismes de prises de décision. Lors de la montée des tensions qui ont amené le déclenchement de la grève de 1960, ce programme était ressenti par les travailleurs comme une perspective réelle de changement, au-delà du refus des mesures de régression sociale envisagées par le Gouvernement. C’est donc assez naturellement que, la grève ayant révélé les profonds blocages régionalo-communautaires, André Renard et ses compagnons proposèrent d’élargir le front du combat en liant la revendication du fédéralisme aux réformes de structure : fédéralisme, comme réforme de structure ; fédéralisme pour créer les conditions politiques de mettre en œuvre ces réformes de structure ; réformes de structures pour permettre aux régions de la future Fédération de se développer en coopérant et non en s’affrontant. Dans les années 60 et début des années 70, le programme initial a été approfondi en particulier sur des thèmes comme l’initiative industrielle publique, le contrôle ouvrier la concertation économique et sociale globale. A ceux qui s’interrogent sur la concrétisation de ces objectifs structurels, on ne sous-estimera pas des avancées comme l’institution des sociétés publiques d’investissement et les différentes initiatives de sauvetage d’entreprises industrielles en difficultés (aujourd’hui encore les prises de participation publiques pèsent sans doute plus d’un cinquième de l’infrastructure industrielle wallonne), les concertations tripartites (Gouvernements régionaux - patronat - syndicat) dans les Conseils économiques régionaux, les conventions et législations relatives à l’information et à la consultation des travailleurs en matière économique et financière, préfiguration du contrôle ouvrier,… Mais le mouvement porteur de ces changements structurels a quasi volé en éclat en se heurtant à la contre-réforme néolibérale de 1973/1974, avec ses politiques de dérégulation et de privatisation, provoquant une montée énorme du chômage et de régression sociale. Sur la défensive, les forces de gauche ne pouvaient plus guère mobiliser pour leur programme de réformes structurelles. Alors, aujourd’hui, définitivement ringard, ce programme de 60/61 ? La crise économique et financière que nous traversons remet, au contraire, en pleine lumière la nécessité d’une approche structurelle alternative dans le fonctionnement de l’économie. Certes, il faut replacer les réformes de structure dans les contextes nouveaux de la mondialisation, de l’écologie et des nouvelles technologies. Mais on peut aussi estimer comme prémonitoire que la FGTB, il y a plus de cinquante ans, avait déjà exprimé, par le biais de quelques simples slogans, les axes des principales mesures aujourd’hui indispensables pour éviter la répétition de ce capitalisme casino où seul règne le pouvoir de l’argent et de financiers avides et irresponsables. 1&2 : Doc IHOES Doc JLD En 1960, nous réclamions la planification de l’économie. Aujourd’hui, il faut mettre sur pied une coordination des politiques de régulation économique pour organiser le développement durable et équilibré de la planète : bref la planification du développement durable. En 1960, nous voulions imposer le contrôle des holdings, c’est-à-dire des sociétés financières qui contrôlaient l’économie. Aujourd’hui, il est impératif de mettre sous contrôle et tutelle l’ensemble du système financier mondial et de le placer au service de la population et de l’investissement et non de la spéculation. En 1960, nous revendiquions la nationalisation de l’électricité. Aujourd’hui, la faillite des politiques de libéralisation de l’énergie est évidente pour les consommateurs et pour l’environnement et il est indispensable de rendre à la puissance publique un rôle majeur dans la régulation des ressources énergétiques. En 1960, nous réclamions un service national de la santé, pour garantir à tous un accès aux soins au moindre coût. Aujourd’hui, les nouvelles technologies, les progrès de la médecine et le vieillissement de la population imposent que les Etats organisent et contrôlent tout le domaine de la santé, de la recherche jusqu’aux problèmes éthiques de dispensations des soins. Alors, ringardes ces réformes de structure ? Georges Vandersmissen Ancien Directeur de la Fondation André Renard Ancien Secrétaire de la FGTB Liège-Huy-Waremme 7



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