Agir Par la Culture n°24 oct/nov/déc 2010
Agir Par la Culture n°24 oct/nov/déc 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de oct/nov/déc 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : à livres ouverts... le monstre doux de Raffaele Simone.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Les grèves de 60 À l’occasion de l’exposition (G) RÈVES DE 60 ET D’AUJOURD’HUI, nous avons consacré notr e dossier à cet événement au grand retentissement qui fête ses 50 ans cet hiver. Ces pages, issues du livret de l’expo, présentent quelques aspects saillants de ce conflit social. AU SUJET DE L’EXPOSITION (G)RêVES DE 60 ET D’AUJOURD’HUI « Le rêve est la preuve qu’imaginer, rêver ce qui n’a pas été, est l’un des plus profonds besoin de l’homme. » Milan Kundera « Serait-il temps de rêver une nouvelle société ? ». Interrogé par ses publics, PAC Esneux a sollicité la Régionale de Liège pour concrétiser une initiative visant à encourager cette réflexion par un projet original. Bâtir un nouveau monde nécessite des fondations solides, qui s’appuient sur l’appropriation de notre passé. En cherchant les périodes où notre société aurait pu basculer, l’image de « la grève du (20 ème) siècle » s’est d’autant plus imposée à nous que se préparait son 50 ème anniversaire. Bien que semblant appartenir à une autre époque, cet évènement social majeur révèle des tensions bien actuelles. 4 Du 17 au 23 décembre 2010 Tournai - Maison des syndiqués Du 10 au 17 janvier 2011 Nismes- Centre Culturel Action-Sud Du 27 janvier au 7 février 2011 Beloeil - Foyer Culturel de Quevaucamps Du 29 Avril au 2 Mai 2011 Mons-Parc Communal Baudour Maison de la Citoyenneté Du 26 novembre au 12 décembre 2011 Namur-Maison de la Culture Contact/info : Wallonie- Bruxelles Sandrine Cogez- 0494/24 36 90 La mobilisation sociale de 60 étant caractérisée par sa dimension collective, il nous a dès lors paru évident qu’imaginer un autre monde en 2010 ne pouvait se réduire à une addition de démarches individuelles : il fallait recueillir les témoignages des acteurs engagés, inciter les citoyens à s’exprimer, fédérer différents partenaires. C’est pourquoi nos deux associations d’éducation permanente -Peuple et Culture et le Mouvement PAC- ont décidé de favoriser une dynamique d’Action Commune en invitant la FGTB et l’Institut d’Histoire Ouvrière Economique et Sociale à nous rejoindre dans cette aventure. Pour que chacun puisse prendre part à ce débat, nous avons opté pour une exposition itinérante pouvant être prolongée par des visites guidées participatives, par le film « Hiver 60 », par des conférences, par des ambiances musicales de l’époque, par des interviews de personnes ayant vécu la grève… Dans le parcours de l’exposition (G)Rèves de 60 et d’aujourd’hui vous découvrirez différents questionnements liant 1960 à aujourd’hui et portant sur diverses thématiques : les contextes culturels, économiques, politiques et syndicaux ; les revendications et les évolution sociales et institutionnelles ; les medias ; la violence et la répression, les mouvements sociaux… Une large part de l’expo est consacrée à ces cinq semaines de luttes sociales illustrées d’images variées et parfois méconnues. Du 13 au 20 décembre 2010 Verviers Du 14 au 21 janvier 2011 Anderlues Du 21 au 27 janvier 2011 Tilleur Du 7 au 25 février 2011 Welkenraedt Du 28 février au 5 mar s 2011 Centre Culturel de Ans Contact/info : PAC Liège Serge Smal- 0472/67 75 08 René Somville Jean-Luc Degée Ser ge Smal
LA « GRèVE DU SIèCLE » OU « GrèVE D’UN AUTRE SIèCLE » ? Il y a 50 ans éclatait dans notre pays une grève d'une ampleur et d'une intensité exceptionnelles. Pendant plus d'un mois, durant l'hiver 1960-1961, des milliers de travailleurs déposèrent l'outil et battirent le pavé pour s'opposer à un projet de loi « fourre-tout », appelée « loi unique », mais que les travailleurs baptisèrent rapidement de loi « inique ». Les historiens du travail parlèrent de « grève du siècle ». Il est vrai que la soudaineté et l'ampleur du mouvement ont surpris. Les organisations syndicales, qui avaient réuni leurs instances à la mi-décembre 1960 pour convenir des actions à mener, ont vu leurs mots d'ordre - négocions du côté CSC ; organisons une journée de lutte en janvier du côté FGTB - balayés. Dès le début de la discussion du projet de loi à la Chambre, le 20 décembre 1960, le secteur « communaux » de la CGSP (qui avait déposé un préavis) part en grève, suivi le lendemain par le secteur « enseignement ». Sans attendre un mot d'ordre, les métallurgistes des bassins industriels de Charleroi et de Liège embrayent aussitôt. Telle une traînée de poudre, le mouvement de grève s'étend, en quelques jours, à tous les secteurs et à toutes les régions. A la veille de Noël, toute la Wallonie est paralysée et avant la fin de l'année, le mouvement a atteint Bruxelles et les grandes villes du nord du pays. Le Nouvel An n'a pas refroidi l'ardeur des manifestants et le 5 janvier, on dénombre plus de 300.000 travailleurs dans les manifestations de rue. C'est l'endroit pour les sociologues de battre leur coulpe. Des études menées quelques mois plus tôt, auprès de travailleurs (notamment de la région 1&2 et 3 : Doc IHOES liégeoise) avaient décelé un militantisme assoupi et une conscience de classe engourdie… L'attitude intransigeante du gouvernement face à l'ampleur de la grève aura pour conséquences, dans les premières semaines de janvier, de durcir le mouvement et de le faire dériver vers des objectifs plus politiques. Différentes suggestions sont faites pour relancer le mouvement, dont l'abandon de l'outil ou la marche sur Bruxelles. L'ouverture d'un second front politique est également envisagée par la démission collective des parlementaires socialistes. Mais aucune de ces mesures, pour diverses raisons, n'aboutira. Finalement, syndicalistes et Parti socialiste se mettront d'accord sur un mémorandum commun (reprenant pour l'essentiel leurs positions sur les réformes de structure) à remettre au Roi. Sans davantage de succès, le gouvernement restant inflexible. La grève, dans ses derniers jours, prend dès lors un caractère de plus en plus violent et désespéré : les actes de sabotage et les échauffourées avec les gendarmes se multiplient. Quatre manifestants perdront la vie au cours de cette grève. Le glissement vers des objectifs plus politiques est apparu, relativement tôt dans le conflit, dès les premiers essoufflements différenciés.. Ainsi le 3 janvier déjà, lors d'un meeting à Chénée, André Renard, leader incontesté de la révolte ouvrière à Liège, avait fait profession de foi fédéraliste : « il faut réviser les structures politiques du pays, il nous faut arracher des réformes de structures » s'écriera-t-il. Même si dans les jours qui suivirent, il mit une sourdine à cette revendication –sans toutefois la taire – car tous les travailleurs wallons n'étaient pas encore prêts à l'accueillir, il n'en demeure pas moins que l'idée était lancée et allait - avec soubresauts - faire son chemin. C'est sans doute un des grands acquis de cette grève d'avoir donner à l'idée fédéraliste, confinée jusqu'alors à quelques cercles restreints, une dimension populaire. La Belgique d'après la grève de l'hiver 60-61 a incontestablement pris en quelques années, un autre visage, celui d'un Etat fédéral, même si une bonne trentaine d'années seront nécessaires avant qu'aboutisse son inscription dans la Constitution. Syndicats et partis politiques ont dû changer aussi leurs structures, réorienter leurs objectifs et adapter leurs méthodes de fonctionnement et d'action. La société civile, également, a été ébranlée et se manifeste aujourd'hui davantage qu'hier. En ce sens, la grève de l'hiver 60-61 a constitué un événement majeur du siècle dernier. Elle a bousculé non seulement les structures l'Etat, mais aussi les mentalités. Etait-ce pour autant la « grève du siècle » ? Seraitelle encore possible en notre nouveau siècle ? Certes, notre société est davantage fragmentée, traversée par différents courants égocentriques ; l'individualisme y est dominant. Mais des combats persistent. Ils ont pris d'autres formes, changé de terrain. Sont-ils pour autant moins estimables ? Valmy Féaux Ancien Ministre-Président de la Communauté Française, Auteur de Cinq semaines de luttes sociales (1963) 5



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