Agir Par la Culture n°23 jui/aoû/sep 2010
Agir Par la Culture n°23 jui/aoû/sep 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de jui/aoû/sep 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec les pères fondateurs de PAC, Valmy Féaux et Jean-Pol Baras.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
Valmy féaux : DE LA CENTRALE D’ÉDUCATION OUVRIÈRE À PRÉSENCE ET ACTION CULTURELLES. Né en 1933 à Nil-Saint-Vincent, Valmy Féaux n’a eu de cesse que de rechercher les meilleurs moyens de favoriser l’émancipation des travailleurs. Chercheur en sociologie du travail à l’ULB, où il a notamment étudié les grèves de l’hiver 60-61 et les loisirs ouvriers, il tiendra un rôle de plus en plus important au sein de la Centrale d’Éducation Ouvrière (CEO) au cours des années 50 et 60, mouvement dont il anima la section locale de son village, puis la régionale du Brabant wallon. Il participera très activement à la transformation de la CEO en « Présence et Action Culturelles «. Homme à plusieurs vies, il se lance à partir de 1968 dans une très riche carrière politique. Il débute comme chargé des affaires culturelles auprès de différents ministres ayant la culture dans leurs attributions avant de lui-même prendre les manettes au cours de divers mandats ministériels (voir encadré). Il restera toujours attentif au secteur de l’éducation permanente et participera par exemple à l’écriture du décret sur l’éducation permanente de 1976. Valmy Féaux nous a accueillis pour revenir sur la genèse de PAC dans le bureau même où sa création a été décidée. 4 Dans quel contexte PAC a-t-il ét créé ? L’ancêtre de PAC, c’est la Centrale d’Education ouvrière (CEO), créée en 1911 par le Parti Ouvrier Belge (POB). Dans l’entre-deux-guerres, la CEO était considérée, au niveau national et international, comme une parfaite réussite en matière d’éducation ouvrière. Une école, l’Ecole ouvrière supérieure avait même été créée en 1921. Elle formait avant-guerre des militants pour doter le POB d’éléments qui favorisent son développement. Après la guerre, la CEO n’a jamais tout à fait retrouvé cette aura. Le POB voulait l’émancipation des travailleurs, à la fois sur le plan matériel mais aussi par une élévation culturelle et intellectuelle. Ce combat a été mené de front pendant de longues années. Pour différentes circonstances, le PS de l’après-guerre a davantage donné la priorité à la promotion matérielle et moins à la promotion culturelle, la CEO n’était donc plus vraiment dynamique. C’est à ce moment-là que vous ar rivez au sein de la Centrale… J’ai commencé mon action de militant d’éducation populaire au sein du CLEO (le cercle local d’éducation ouvrière) de mon village natal de Nil-Saint-Vincent, à partir des années 50. On y organisait des conférences, de petites expositions, des sorties culturelles au Théâtre National… des activités certes utiles et enrichissantes, mais relativement peu structurées. Peu à peu, j’ai été amené à m’interroger sur nos pratiques, car cette action ne rencontrait pas vraiment les objectifs de promotion socioculturelle des travailleurs. J’en ai conclu que nous devions procéder autrement. J’étais à la recherche de méthodes d’action plus efficaces. Je suis allé suivre en France des stages de formation, appelés « Universités d’été » de « Peuple et Culture «, mouvement d’éducation populaire porté par le sociologue Joffre Dumazedier. J’y ai appris des méthodes pour mener une action plus cohérente, plus rigoureuse, par exemple l’entraînement mental ou encore la méthodologie des cycles culturels. De retour en Belgique, j’ai souhaité transférer cet acquis au sein de la CEO. C’est ainsi qu’est née l’idée d’aller vers un autre type de mouvement avec une autre appellation. C’est, lors d’une réunion du Comité du CREO (Centrale régionale d’éducation ouvrière) du Brabant wallon, dont j’étais alors le secrétaire – réunion qui eut lieu dans mon bureau – que nous avons lancé l’idée d’une autre action et d’un autre nom : « Présence et Action Culturelles «. Quelques mois plus tard, en mai 1963, un Congrès national de la CEO se tenait à Wavre. Désigné comme rapporteur, j’ai clairement fait part de notre volonté de changement et préconisé de nouvelles méthodes de travail, de nouveaux types d’action et ce nouveau nom. Tout cela a ensuite pris un certain temps. C’est seulement à un Congrès en 1968 que le PS a accepté la nouvelle dénomination qui sera introduite en 69 dans les statuts du Parti. C’est l’époque aussi où un changement intervient à la tête du mouvement. René Renard qui assurait depuis la fin de la guerre la direction de la CEO - et publiait une revue très appréciée, intitulée « Education et Socialisme » - décède. Il est remplacé par Gilbert Lebrun puis Jean-Pol Baras, un jeune militant de La Louvière, féru de culture et surtout de lecture. Quand la CEO de vient PAC, qu’est-ce qui c hange ? Il ne s’agissait pas seulement de changer un nom, mais d’introduire l’idée d’une attitude plus rigoureuse dans la manière de mener nos actions de promotion socioculturelle. Progressivement, les manières de fonctionner se sont modifiées. On a coordonné un peu plus notre action et avons inscrite celle-ci dans la
conception de l’éducation permanente qui progressivement supplantait l’éducation populaire. Pour ma part, j’ai été happé par la vie politique, mais sans renier mes engagements de départ en faveur de la promotion socioculturelle des travailleurs. Pendant plusieurs années, j’ai été vice-président du Conseil supérieur de l’Education populaire. J’ai continué de militer au sein de PAC et j’y milite encore. Quelle différ ence faites-vous entr e l’éducation per manente et l’éducation populaire ? L’éducation permanente est une formation qui s’échelonne tout au long de la vie et englobe, non seulement l’enseignement scolaire, mais l’ensemble des actions de formation de l’individu, tant au niveau professionnel que de la vie de tous les jours, en vue de former des citoyens éveillés et responsables de leur cheminement dans la vie. L’éducation populaire est davantage une action de rattrapage par rapport à une éducation scolaire insuffisante, au départ, on l’appelait « complémentaire de l’école », une occupation active des loisirs. Schématiquement, on pourrait dire que la CEO était plutôt tournée vers l’éducation populaire, tandis que le PAC s’est plutôt inscrit dans la perspective de l’éducation permanente. Vous êtes sociologue, et avez étudié les grèves de 60 : comment l’éducation permanente peut-elle s’ar ticuler avec les mouvements sociaux ? Lorsqu’on vise à changer la société, à la rendre meilleure et plus fraternelle, l’action d’éducation permanente est essentielle. J’ai toujours défendu l’idée selon laquelle la promotion matérielle doit aller de pair avec le développement culturel. Certes les améliorations matérielles sont primordiales pour rendre plus décentes les conditions de vie de nombre de nos concitoyens, mais je persiste à croire que la promotion des valeurs culturelles et morales est aussi indispensable à leur épanouissement. Dans ce cadre, et avec d’autres, j’ai animé des séminaires de formation à l’adresse des responsables syndicaux, notamment à Pont-à-Lesse et à Melreux. Aujourd’hui, si notre société est aussi individualiste, c’est peut-être parce qu’on n’a pas suffisamment mis l’accent sur le parallélisme de développement que je viens d’indiquer. Dans le passé, ces deux approches n’ont pas toujours été suffisamment complémentaires. Dans les années 70, après la mise en place de PAC, vous par tez dans une carrière politique. Quel regard por tez- vous sur l’action de PAC dans les années qui ont suivi ? J’ai été étroitement mêlé à l’élaboration du décret relatif aux organisations d’éducation permanente, dont la philosophie correspond à celle que je viens d’évoquer et dans laquelle s’inscrit aujourd’hui l’action de PAC. Par mes différentes fonctions dans le monde politique, j’ai été amené à ne plus pouvoir suivre au jour le jour l’activité de PAC, à ne plus être ce militant du CLEO, puis du CREO du Brabant wallon, que j’ai été pendant plus de 20 ans. Mais j’ai toujours gardé un contact très étroit avec PAC, notamment au niveau local Mon sentiment aujourd’hui est que PAC n’est pas encore assez présent, pas encore assez dynamique dans son action d’épanouissement de l’individu. Ce n’est pas toujours facile, les temps ont changé et le climat général n’est pas toujours propice. Agir dans le domaine de l’éducation permanente demande de plus en plus une capacité d’adaptation et d’imagination qui soit ….permanente. C’est plus dur à réaliser que dans les années 70 ? Jadis, nos cercles étaient basés sur la convivialité, la « rencontre entre les hommes » comme aurait dit Bégnino Cacérès, auteur d’un livre célèbre sur ce sujet. Aujourd’hui, les conditions de vie ont changé, on vit dans un monde plus fragmenté, cloisonné, où chacun a tendance à se replier sur soi et où se réunir pour réfléchir est rendu plus difficile. On appelle aujourd’hui à une « éducation à la citoyenneté, mais où en est-on ? Je voudrais que le mouvement PAC pèse davantage dans le projet socialiste, dont l’objectif reste toujours l’épanouissement maximum de l’individu. Je constate une perte de dynamisme au sein du secteur de l’éducation permanente. Il n’occupe plus cette place motrice qu’il avait précédemment. Face à une certaine « institutionnalisation » de la culture (centres et foyer culturels,….), voire « sectorisation », voire encore « marchandisation » de celle-ci-, l’éducation permanente peine parfois à trouver sa place. L’approche globale et militante reste pourtant essentielle dans notre monde actuel. Ça n’a pas empêché un tas de projets d’aboutir mais pour des actions qui sont souvent menées dans une perspective un peu trop sectorielle. On se bat contre des problématiques très particulières, très spécifiques alors qu’on devrait promouvoir une approche plus globale des questions qui se posent. Si vous deviez de nouveau occuper à nouveau une place de Ministre de la Culture à la Communauté française, quelle est la pr e- mière mesure que vous prendriez ? Il est malaisé pour moi de répondre à cette question. Je ne suis plus en prise directe sur l’état actuel du monde culturel, même si je suis toujours présent à nombre de lieux et d‘événements culturels. En tous cas, les initiatives que je prendrais dans l’hypothèse proposée, s’inscrirait dans la ligne d’action qui a toujours été la mienne, à savoir faire se rapprocher « culture » et « peuple ». Trop d’activités culturelles rassemblent des « initiés » et pas assez ce que les sociologues du loisir ont appelé le « non public ». Cela implique une démarche de « démocratie culturelle » et d’épanouissement personnel dont l’éducation permanente est spécifiquement porteuse. Propos recueillis par Aurélien Berthier Valmy Féaux en quelques dates 1933 : Naissance à Nil Saint-Vincent 1958 : Il rentre à l’ULB au département Sociologie du travail où il officiera jusqu’en 1968 1963 : Congrès de la CEO de Wavre. Valmy Féaux pousse l’idée d’une nouvelle structure qui s’appellerait Présence et Action Culturelles tournée vers l’éducation permanente et appliquant des méthodes nouvelles d’éducation populaire. 1968 : Le PS accepte l’idée de la transformation de la CEO en PAC et l’inscrit dans ses statuts en 1969 1968 : Entrée de Valmy Féaux en politique en tant que chargé des affaires culturelles dans différents cabinets ministériels. 1976 : Décret sur l’éducation permanente 1981 : Valmy Féaux devient Député et verra ce mandat se renouveler jusqu’en 1995 1988-1992 : Ministre-président de la Communauté française en charge des affaires culturelles et audiovisuelles 1995-2000 : Gouverneur du Brabant wallon 5



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :