Agir Par la Culture n°23 jui/aoû/sep 2010
Agir Par la Culture n°23 jui/aoû/sep 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de jui/aoû/sep 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec les pères fondateurs de PAC, Valmy Féaux et Jean-Pol Baras.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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IMAGINER L’ALTERNATIVE CULTURELLE Nous reproduisons ici le discours, écrit par Yanic Samzun et Jean Cornil, prononcé le samedi 18 septembre à Expo-Mons, à l’issue du spectacle « Le Géant de Kaillass » de la Compagnie Arsenic à l’occasion de l’ouverture des festivités du 40 ème anniversaire de Présence et Action Culturelles Chers amis, Chers camarades, Chers partenaires associatifs ou artistiques, Chers mandataires, Permettez-moi d’abord de vous remercier toutes et tous d’être présents pour lancer les festivités du quarantième anniversaire de Présence et Action Culturelles. Généralement les anniversaires nous invitent à regarder dans le rétroviseur de notre aventure collective. Cette aventure qui a commencé bien avant ces quarante dernières années par la mise en place des Cercles locaux d’éducation ouvrière, est née de la volonté de militants et d’élus socialistes convaincus de la nécessité d’investir l’Art et la Culture comme outils d’émancipation individuelle et collective. J’en profite pour excuser l’absence de notre ami Valmy Féaux qui fut un des fondateurs de notre mouvement avant d’être incontestablement le plus culturel de nos ministres socialistes. Salut à toi Valmy ! Pendant quarante ans le Mouvement s’est structuré autour de 200 sections locales et a développé d’innombrables actions dans les domaines de la formation, de la diffusion artistique, de l’édition, de la mobilisation citoyenne contre les inégalités et les injustices sociales. Quarante ans pour développer des outils de compréhension du monde et des mobilisations pour sa transformation. Quarante ans vécus dans la conviction que tout individu, quel que soit son origine sociale, ethnique ou religieuse a la capacité d’être un citoyen actif, un acteur dans l’espace public, et peut s’émanciper dans les combats collectifs. Je veux rendre hommage à tous les militants et les mandataires qui se sont investis sans compter dans cette belle aventure. Grâce à eux il y a chaque jour dans un coin de Wallonie ou de Bruxelles, une exposition, un ciné club, un débat, une rencontre citoyenne, une fête, un concert … 14 Rendre hommage aussi à mes prédécesseurs qui ont exercé, parfois dans des conditions très difficiles, les fonctions de Secrétaire Général : Jean Pol Baras, Jean-Pierre Rapaille, Marc Bertholomé, Henri Goffin et le dernier en date, et pas des moindres, mon ami Serge Hustache. Après le coup d’œil dans le rétroviseur, il nous faut tenter de nous projeter dans l’avenir. Car en quarante ans, le monde a beaucoup changé mais les inégalités se sont scandaleusement amplifiées. En cette aube d’un nouveau millénaire, nous pressentons plus ou moins confusément que nous vivons à un tournant historique de l’humanité. Historique car les impasses économiques, sociales et environnementales, en interactions croissantes, forment un immense défi auquel jamais auparavant n’a été confronté le genre humain. Après la révolution du néolithique et celle de l’industrie, les enjeux contemporains ont atteint une dimension inédite et inouïe qui nécessite une troisième révolution de la destinée des hommes. Les crises qui accablent notre époque pourraient se conjuguer en trois temps qui scandent les vertiges et les espoirs du futur. D’abord, l’ombre prégnante du capitalisme et celle d’une économie de marché chaque jour moins régulée, s’étendent sur l’ensemble de la planète engendrant des îlots de prospérité perdus au sein d’inégalités abyssales. La crise financière qui découple le profit de l’investissement productif, la crise économique qui attise une concurrence effrénée et mondialisée et la crise sociale qui sacrifie peuples et citoyens au dogme de la compétitivité, nous enjoignent de creuser le sillon d’un autre paradigme de développement à la fois plus public – les biens communs de l’humanité – et plus solidaire – la réinvention de l’économie sociale et coopérative. Ensuite, les bouleversements des écosystèmes et les conséquences dramatiques qu’ils entraînent – réchauffement climatique, réfugiés environnementaux, famines, perte de la biodiversité,… Enfin, se nourrissant aux racines des crises économiques, écologiques et sociales, la crise culturelle qui par le désenchantement du monde, la parcellisation des savoirs, les modes de consommation atomisés et standardisés et l’individualisme possessif, définit le sens de l’existence sur le seul modèle de l’anthropologie capitaliste, nous enjoint de briser la valeur marchande et l’accumulation des biens comme horizon indépassable de notre condition. Ces trois temps concourent à déboucher sur une crise de civilisation qui appelle une alternative politique culturelle. Nous avons la conviction que le modèle culturel dominant doit être profondément contesté car c’est lui qui assure les soubassements intellectuels et la production des désirs nécessaires à la machine mercantile du libéralisme économique et existentiel. Le capitalisme n’a pas seulement gagné sur les places boursières ou dans les transactions commerciales. Il s’est infiltré d’abord dans les cœurs et dans les esprits. Et seule la construction d’une alternative culturelle pourra permettre de freiner la domination de la culture mercantile qui triomphe aujourd’hui. Comme l’exprimait admirablement Antonio Gramsci, les conditions de la victoire politique dépendent avant tout de l’hégémonie culturelle qui traverse les consciences. En ce sens les échecs de la gauche, des totalitarismes rouges aux errements de la social-démocratie, traduisent le recul de nos idéaux solidaires et fraternels au cœur même de l’imaginaire sociétal et personnel de nos contemporains. Le cadre mental libéral totalement intégré, les défaites ou les lignes défensives des socialismes ont logiquement suivi et ce, malgré les évidentes victoires du mouvement ouvrier comme la mise en œuvre de la sécurité sociale, la réduction du temps de travail ou la progressivité de l’impôt.
À PAC nous sommes convaincus que le combat culturel et l’éducation permanente sont essentiels pour la gauche, même si les forces en présence sont démesurément déséquilibrées. Que pèsent l’admirable travail d’une association, un débat citoyen, un programme ambitieux d’éducation populaire face aux gigantesques machines à produire la culture dominante ? Quelles résistances opposer à l’omniprésence vertigineuse de l’écran, de la mode, du nouveau, du jetable, du jeunisme, de l’instantané, de l’utile, du rapide, du matériel ? Comment reconquérir l’imaginaire de nos cerveaux irrigués en permanence par la marchandisation culturelle anglo-saxonne qui uniformise les goûts, les saveurs, les images, les rythmes, les odeurs, les mélodies, les conceptions du temps, de l’espace, du bonheur, de la vie même. Tous les savoirs-être et tous les savoirs-faire sont homogénéisés. Certes il ne faudrait pas tomber dans le simplisme et la caricature. Des rebellions se lèvent. Les musiques du monde explosent. Les romans étrangers se traduisent. La gastronomie se diversifie. Des créations originales, en chorégraphie comme au théâtre, en photographie comme en littérature, émergent ça et là, se déclinant en une richesse infinie. Des pratiques associatives alternatives se dévoilent. Jardins solidaires, écrivains publics, porteurs de paroles, échanges non-marchands, spectacles de rue, actions de solidarité internationale au travers des arts plastiques et de concerts, partout la société civile crée, invente, s’interroge, résiste. Mais les normes dominantes du goût, du beau, de l’utile, de l’agréable, de l’esthétique, du plaisir, de la sensualité, continuent à se disséminer imperceptiblement, par tous les pores de l’existence humaine. Pour reprendre Feuerbach nous vivons un temps où l’on « préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être ». Un temps du spectacle, moment où comme dit Guy Debord, « la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale ». * Quels fondements mettre en œuvre pour permettre l’éclosion d’une alternative culturelle ? Tout d’abord opérer un renversement majeur dans notre mode d’interprétation du monde. Cela implique une pensée panoramique qui englobe les reliances entre les connaissances et les arts afin de faire cesser la toute puissante hégémonie de la pensée économique qui normalise et marchandise le mental, le corps, les comportements sociaux J-F Rochez - 2010 comme l’expertise politique. Cela nécessite de réinterroger tous les processus de socialisation, de la famille à l’école, qui conditionnent les êtres à l’adaptation au système. Cela exige de rétablir et de valoriser la pensée critique qui ne peut en aucun cas se satisfaire du sens commun ou des grandes explications simplistes et définitives. Ensuite cette attitude profondément critique, qui cultive le doute, l’étonnement, la contestation de l’ordre dominant et l’indignation face à l’inacceptable, doit réhabiliter le débat, le dialogue, le libre échange des idées et des convictions dans la société civile comme dans la société politique. Cette démarche, au cœur de la démocratie participative, se doit d’irriguer les mille canaux de l’éducation populaire, pour faire mieux vivre et mieux penser les travailleurs, les chômeurs, les réfugiés et tous les précarisés dont les élites et les massmédias capturent la voix. Enfin, il s’agit fondamentalement de relégitimiser l’extraordinaire richesse des savoirs populaires et des valeurs qui les accompagnent. De privilégier les chemins de traverse, les créations novatrices, les solidarités improbables, les modes de pensée ailleurs et d’ailleurs, en refusant catégoriquement tous les mécanismes de normalisation et 15



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