Agir Par la Culture n°20 oct/nov/déc 2009
Agir Par la Culture n°20 oct/nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de oct/nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : Directive Services... vigilance et concurrence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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FOCUS : L’Envol des Cités, un beau projet citoyen ! Quand les quar tier s oubliés s’invitent dans les centr es villes, c’est toute la diver sité culturelle qui y gagne. Or de même qu’une musique formatée n’est que répétitive mélopée, un monde sans diver sité est un monde sclérosé. (Jidel) En faisant appel aux artistes créateurs issus d’origines les plus diverses, tout en promotionnant la multiculturalité et l’interculturalité, le projet « l’Envol des cités » a déjà contribué à faire tomber des bar rièr es de l’intolér ance, de l’ignor ance et de l’ostracisme. Au travers cette forme de solidarité ar tistique, nous avons déclenché une prise de conscience qui aboutit à la fierté de montrer et chanter ses origines. En élargissant notre appel aux candidats, nous avons découvert de nouveaux styles musicaux. En prônant l’esprit de cohésion de groupe durant toutes les tournées, nous avons assisté à de magnifiques gestes d’humanité entre les groupes participants. A travers l’Envol des Cités, nos artistes sont en immer sion de leur art. Ils créent, ils enregistrent en studio professionnel, ils se produisent sur les plus belles scènes dans des villes différentes devant des publics différents. Ils profitent de coachings et formations et rencontrent les médias qui tentent de les faire connaître au grand public. Le projet joue le rôle de découvreur de talents, de tourneur de spectacles, d’éditeur musical et de producteur d’artistes. Il se veut solidaire de nos jeunes artistes peu connus voire inconnus. Ce projet prouve qu’il est possible, en fédér ant des acteur s issus du milieu associatif, des ser vices publics et du milieu ar tistique, de créer une véritable politique culturelle qui développe la création et favorise l’originalité. Il met en évidence l’existence et le travail des opérateur s qui y adhèrent. Les artistes 2009 (de la chenille au papillon) En 2009, suite à l’appel à candidat du 1er décembre, 206 demandes nous par venaient. 36 candidats avaient pu finaliser leur projet. Soit avec notre aide (Petit studio itinérant), soit par leurs propres moyens (Home studio ou studio professionnel). Emanant de toute la province de Hainaut et régions voisines, en collaboration ou en solo, c’était la première du genre pour la majorité des candidats sélectionnés. 6 En tournée Que l’on soit averti ou simple amateur, la tournée sert à tous de rodage pour la finale. Le stage de formation et les coachings ont été déterminants pour préparer l’ensemble des participants à l’esprit et la philosophie du projet. Dans la préparation d’une tournée, rien n’est laissé au hasard et nous mettons tous les atouts dans les mains des artistes afin de réussir cette tournée de belle envergure. En tournée, l’esprit de cohésion de groupe a pris le dessus sur l’inquiétude de ne pas être à la hauteur pour les artistes produits. Au fur et à mesure qu’ils faisaient découvrir leurs chansons aux différents publics, ils découvraient ces publics. De date en date, nous les avons vus grandir. L’expérience fait l’artiste et « La chenille s’est tr ansfor mée en papillon ». Nous sommes sur le point d’accomplir ce que tous les ar tistes en émergence attendent d’un ser vice public : leur accorder le droit de prendr e par t à la vie culturelle de la communauté tout en jouissant des ar ts et des bienfaits qui en résultent... (Ar ti cle 27 de la Décl ar ation univer selle des dr oits de l’homme). Le 3 mars 2010 : Conférence de presse pour la présentation de l’édition 2010 avec en concer ts : Hollogr ams (Prix de jur y), les LU7 et Santino (Prix du public). Où : Auditorium Abel Dubois, esplanade Anne- Char lotte de Lor raine à 7000 Mons. Les 2 5 mar s (de 14h à 20h) et 2 6 mar s (d e 14h à 22h) 2010 : Auditions publiques Audition et sélection des group es p our l’ensemble de la tour née (Mons, Br aine-le-Comte, La Louvière, Fr ameries, Boussu, Char leroi, Tour nai). Auditorium Abel Dubois, esplanad e Anne-Char lotte de Lor raine à 7000 Mons. Infos : Marie-Noëlle 065/33.89.21.
rencontre avecisabelle heine directrice de l’asblavanti « La vie c’est comme l’art, tu rates, tu recommences… » Installée depuis 2001 sur le site d’économie sociale de Monceau Fontaines (Charleroi), l’asblAvanti poursuit une aventure hors du commun sur le sentier pourtant balisé de l’insertion socioprofessionnelle. La créativité est au cœur de la démarche. D’où un ensemble de formations pré-qualifiantes déclinées en techniques variées : ferronnerie, sculpture, menuiserie ou arts graphiques. Comme nous l’explique la Directrice, Isabelle Heine, le retour à la vie sociale des personnes fragilisées doit être porteur de sens. Et les processus de création, révélateurs des potentialités de chacun, y contribuent grandement. Tu peux nous parler de la création d’Av anti ? En mode collectif Chez Avanti, on connaît la valeur du collectif. On l’expérimente à chaque instant. Le stagiaire sait qu’il peut compter sur l’expérience des formateurs et la solidarité du groupe. Si l’œuvre créée nécessite un investissement individuel, son accomplissement résulte toujours d’un processus collaboratif. Chacun apporte son savoir-faire à l’édifice, qu’il s’agisse d’un catamaran, d’une sculpture de fer et de bois ou d’un instrument de musique polyphonique. Dans cet environnement, l’heure du repas est importante. C’est le moment de détente d’une journée très bien organisée. Un stagiaire, toujours différent, prend en charge la préparation. Suivant son inspiration. Autour de la table, la discussion est animée. Des débats s’improvisent. A l’origine, il y a le service d’aide aux justiciables Espace libre, à Charleroi. Nous recevions des prévenus en entretien individuel. On avait réussi à fermer le couvercle de la marmite, il n’y avait pas de récidive. Mais en termes de bien être individuel et collectif, ou d’espoir, on n’avait pas grand-chose… Certains disaient « j’aurai jamais de boulot, je suis bon à rien, j’ai pas ma place. » C’est alors que j’ai rencontré un jazz man américain, Richard, en 96 à Avignon. Il avait des copains en Ardèche, des psychiatres un peu alternatifs qui faisaient des expériences, et on est parti là-bas… On voulait vivre autre chose que l’institutionnel, on a débarqué avec des gens un peu « borderline », repliés sur eux-mêmes, à la limite du pathologique. On a mené une expérience autour d’un atelier de percussions. Il fallait les construire, les décorer, puis en jouer… Et les gens étaient vraiment fiers de découvrir qu’ils étaient capables de faire quelque chose. On avait enclenché un truc chez eux. Alors on a essayé de pérenniser ce processus d’enclenchement en gardant sa dimension collective. Aujourd’hui, Av anti relève principalement de la Région wallonne et par ticulièrement du décret de 2004 sur les OISP (Organismes d’inser tion socioprofessionnelle). Quels sont les avantages et les inconvénients du système ? Le décret balise les objectifs, les contenus pédagogiques, etc. Mais il impose aussi que le stagiaire soit présent tous les jours, que soient reconnues uniquement des institutions comme le CPAS, le Forem, etc. A la limite, si on ne fait pas gaffe, on devient une filiale de ces institutions. Elles nous envoient des candidats systématiquement. Elles ne leur donnent pas le choix. Or, nous insistons sur le choix, ce doit être une décision personnelle. Nous préparons les gens à l’emploi, c’est un objectif, mais ce n’est pas le seul ! On est interpellé par ceux qui retrouvent du boulot et qui nous disent « ça sert à quoi finalement, quand je rentre chez moi à 5 heures, je suis tout seul… » Tu veux dire que ces gens ne sont pas resocialisés même s’ils « appar tiennent » à la société ? Oui, c’est dû au fonctionnement de la société elle-même. Il faut imaginer ces gens qui ont galéré toute leur vie, qui ont 40 ans : pour eux, 18 mois chez Avanti ce n’est pas toujours suffisant ! Quand ils s’en vont, c’est la rupture même s’ils ne sont pas encore prêts. Et là je dis : sortons un peu du décret, trouvons d’autres moyens pour faire ce qu’on a envie de faire. On est en pleine réflexion là-dessus. On nous demande tellement de choses et les réalités sociales de terrain sont tellement énormes ! Ce jour-là, avec Ludo et les autres, on discutera de l’avenir respectif du bois et du PVC. Sabine : « Ici on partage quelque chose, on n’apporte pas ses tartines, on prend les opinions de chacun. J’ai travaillé en entreprise avant et je peux vous dire que c’est pas pareil, là on vous impose les choses, ici on demande l’avis de tout le monde. » « Chacun peut progresser selon ses capacités, c’est une pédagogie adaptée à la personne », ajoute Jean-Luc Urbain, Coordinateur artistique de pédagogique. Dorénavant, chaque lundi les stagiaires se réunissent entre eux, sans encadrement. Débriefing, échanges de point de vue, élaborations de nouveaux projets. Une façon de leur donner encore plus de place dans la structure. Ici, participer c’est réapprendre à vivre. D.D. Jean-Luc Urbain La créativité et les pratiques ar tistiques sont au cœur de la démarc he d’Avanti. Tu peux nous en par ler ? La création te fait découvrir concrètement d’autres possibilités. Quand tu as galéré, ta perspective de vie est très limitée, tu n’imagines même pas qu’il y a d’autres choses possibles. Participer à un processus créatif déclenche pas mal de choses, la vie c’est un peu comme une œuvre d’art, tu rates, tu recommences. Et la création collective renforce cette démarche. Avec l’art, c’est magique ce qui se passe, que ce soit le théâtre ou la visite d’une expo au BPS 22 (NDLR, l’espace de création contemporaine de la Province de Hainaut, situé à Charleroi). Les stagiaires perçoivent des choses bien plus essentielles que nous qui conceptualisons tout le temps. Propos recueillis par Denis Dargent L’intégralité de cette interview est consultable sur le site www.pac-g.be Jean-Luc Urbain 7



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