à Paris n°10 jui/aoû 2004
à Paris n°10 jui/aoû 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de jui/aoû 2004

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Ville de Paris

  • Format : (210 x 265) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,9 Mo

  • Dans ce numéro : Paris insurgé, Paris libéré

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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IV àParis (2 e DB), de marcher sur Paris avec la 4 e division américaine en appui. L’unité française qui se bat à deux cents kilomètres dans les environs d’Argentan (Normandie) fonce sur la capitale. Le 24 août, à 20 h 45, le détachement du capitaine Dronne entre le premier dans Paris, par la porte d’Italie. L’arrivée des « Français de Leclerc » est annoncée par la radio française et leur passage, avenue d’Italie, soulève une joie immense. Il est près de 21 h 30 lorsque les trois chars et les onze half-tracks (véhicules légers) atteignent l’Hôtel de Ville sous les acclamations de la population. Ils sont accueillis par les états-majors des instances dirigeantes de la Résistance. André Carrel, vice-président du comité parisien de Libération (CPL), âgé de 87 ans, raconte : « C’était une joie sans pareille des Parisiens qui savaient la victoire proche. Une à une, les cloches des églises de la capitale se sont mises à sonner. Paris saluait sa libération en cours, la jonction entre la Résistance intérieure et celle venue de l’extérieur. Le capitaine Dronne, bousculé par la foule, a été porté en triomphe. Puis nous avons monté les grands escaliers de l’Hôtel de Ville. La Marseillaise a retenti à notre arrivée dans le bureau du préfet et Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance (CNR), a fait son discours de bienvenue. Tout à coup, un tir de mitrailleuse a percé les carreaux du grand salon. Quelqu’un a crié : « Tout le monde à plat ventre ! » A côté de moi, un de mes adjoints s’est plié de douleur. Une balle lui avait traversé la main. On ne savait pas d’où venaient les coups de feu. Sans doute des locaux de la direction des hôpitaux de Paris, face à l’Hôtel de Ville, où se trouvaient encore des soldats allemands ou des miliciens. Nous étions toujours couchés lorsque les chars de Dronne ont riposté. Le calme est revenu puis Dronne est parti à la préfecture de police où il était attendu par le préfet Luizet et Jacques Chaban-Delmas ». Le lendemain, le 25 août, les colonnes de la 2 e DB entrent à leur tour dans Paris, par les portes d’Orléans, de Gentilly et de Saint-Cloud tandis que la 4 e division US arrive par la porte d’Italie. Le long des trottoirs des milliers de Parisiens crient leur joie, embrassent les soldats, grimpent sur les chars. Robert Lauga, 23 ans à l’époque, faisait partie du groupement tactique Langlade arrivé par la porte de Saint- Cloud : « L’accueil était délirant, c’était une grande émotion, se souvient-il. La foule était tellement compacte du côté de Boulogne qu’on n’arrivait pas à avancer. Sur ma jeep, Dans l’Hôtel de Ville repris aux Allemands, Léo Hamon (assis, à droite), membre du Comité de Libération, réunit des résistants dans le bureau du Préfet. j’étais facilement accessible et les gens m’agrippaient pour m’étreindre, pour m’embrasser. J’avais le visage barbouillé de rouge à lèvres. Mais notre objectif était de passer par la place de l’Etoile et de libérer tout ce secteur. Or plus on progressait, plus la foule était clairsemée, et puis très rapidement, il n’y avait plus personne. On a compris que ça devenait sérieux. Le premier engagement a été l’hôtel Majestic, avenue Kléber. On a fait sauter les portes et le commandant Massu s’est précipité à l’intérieur avec ses fantassins. Les soldats allemands n’ont pas opposé une grande résistance et ils sont sortis les mains en l’air. » A la préfecture de police, c’est un général von Choltitz blême et épuisé qui signe à 15 h 30, avec le général Leclerc, l’acte de reddition. Le commandant allemand est ensuite accompagné au poste de commandement de Leclerc, gare Montparnasse, où il signe une vingtaine d’ordres de « cessezle-feu » destinés aux points d’appui allemands. Alors que les dernières poches de résistance ennemies sont neutralisées, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la République française, arrive à la gare Montparnasse. La victoire Ensuite, de Gaulle se rend au ministère de la Guerre, qu’il avait quitté en 1940, rue Saint-Dominique. Il constate : « Rien n’y manque, excepté l’Etat, il m’appartient de l’y remettre. » Il est 19 heures lorsque « l’homme du 18 Juin » gagne l’Hôtel de Ville. Là, l’attendent les membres du Conseil national de la Résistance (CNR), du comité parisien de Libération (CPL). Dans le bureau du préfet, au premier étage de l’Hôtel de Ville, le Général s’adresse aux chefs de la Résistance et rend hommage, dans une allocution empreinte d’une grande émotion, à la capitale de la France : « […] Paris ! Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France toute entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle ! […] » Dehors, du parvis jusqu’au pont d’Arcole, c’est une marée humaine vibrante d’enthousiasme qui scande le nom de de Gaulle. Le lendemain, c’est le grand défilé de la victoire sur les Champs-Elysées. Après avoir ranimé la flamme du soldat inconnu, le général de àParis Le magazine d’information de la Ville de Paris juillet- août 2004
REPÈRES LES FORCES EN PRÉSENCE•Les forces militaires allemandesont à leur tête le général von Choltitz, commandant du Gross Paris (Grand Paris). Depuis l’échec de l’attentat contre Hitler le 20 juillet 1944, le personnel militaire a été renouvelé. Loyal et réputé pour son efficacité, von Choltitz est nommé par Hitler le 7 août et arrive le 9 à Paris. Il dispose de troupes de sécurité constituées de quatre régiments de soldats âgés, soit 20 000 hommes. On lui affecte temporairement un détachement de 17 chars de la division Panzerlehr, un bataillon de choc de la I ère armée et des batteries de la 1 ère brigade de DCA (Défense contre aéronefs).• Les Forces françaises de l’intérieur (FFI) regroupent depuis février 1944 les forces militaires de la Résistance. Leur commandant, pour la région parisienne, est le colonel Henri Rol- Tanguy. Les francs-tireurs et partisans (FTP) ainsi que les forces gouvernementales (gendarmerie, pompiers, groupes mobiles et gardes républicains) sont placés sous les ordres de Rol-Tanguy. Au total, ce sont environ 35 000 combattants qui sont réunis mais il ne disposent que de peu d’armement.• La 2 e division blindée (2 e DB) est l’unité chargée de libérer la capitale pour y affirmer la souveraineté française. Son commandant, le général Leclerc, est l’un des chefs les plus illustres de la France libre. Rattachée à la III e armée américaine du général Patton, la division débarque le 1 er août sur les plages de Normandie. Forte de 14 500 hommes, elle est articulée en trois groupements tactiques, et un groupement de reconnaissance.• La 4 e division américaine accompagne l’avancée de la 2 e DB. Son appui est décisif tant en hommes qu’en matériel. Cette unité comporte entre autres la 102 e de cavalerie mécanisée, avec trois troupes de reconnaissance, une troupe d’assaut à canons autopropulsés et une compagnie de chars légers. Elle est placée sous le commandement d’un chef expérimenté, le général Barton. LA RÉSISTANCE• Le gouvernement provisoire de la République française (GPRF) est l’organe dirigeant de la Résistance.Il Gaulle descend l’avenue dans une immense ferveur populaire entouré notamment des futurs membres du gouvernement, des chefs de la Résistance, des officiers généraux FFL (Forces françaises libres) ou FFI, et des préfets de Paris. Il se rend ensuite sur le parvis de Notre-Dame où une fusillade nourrie éclate créant une panique générale. Il y aura 300 blessés. Après quatre années d’occupation, Paris est enfin libre mais la France est loin d’être entièrement libérée. La guerre se poursuivra encore plus de huit mois. Le 24 mars 1945, un décret fait Paris Compagnon de la Libération et la croix sera remise au cours d’une cérémonie émouvante le 2 avril 1945. ■ Le 26 août, le général de Gaulle descend les Champs-Elysées (8 e). Il est entouré, entre autres, de Georges Bidault (CNR), des généraux Leclerc et Juin (FFL), d’Alexandre Parodi, d’André Le Troquer et de Francis- Louis Closon (GPRF), ainsi que de Marcel Flouret, préfet de la Seine. V a succédé en juin 1944 au Comité français de libération nationale (CFLN) installé à Alger. Présidé par le général de Gaulle, il prend la forme d’un véritable gouvernement, où siègent d’anciens responsables des mouvements de résistance et des hommes politiques, qui prépare le remplacement du Régime de Vichy. Alexandre Parodi exerce en France la fonction de délégué général avec rang de ministre, exercée jusqu’en 1943 par Jean Moulin. Le délégué militaire national est Jacques Chaban- Delmas, assisté par des délégués militaires régionaux. Après le débarquement allié en Normandie, le GPRF voit son autorité s’étendre aux territoires libérés. Il sera officiellement reconnu en octobre 1944 par les Alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne et URSS).• Le Conseil national de la Résistance (CNR) s’affirme comme l’institution représentative de la résistance intérieure puisqu’elle rassemble les divers mouvements de la Résistance (Combat, Franc-Tireur, Libération), des partis politiques maintenus ou reconstitués dans la clandestinité (parti communiste, parti socialiste SFIO, parti radical, parti démocrate populaire, etc.) ainsi que les syndicats (CFTC, CGT). Son président est Georges Bidault, successeur de Jean Moulin. Sur le plan militaire, le CNR s’est doté d’organes d’exécution unifiés, notamment le Comité d’action militaire (COMAC) pour coordonner les opérations de résistance armée. Sa direction se compose de Pierre Villon (président), de Maurice Kriegel- Valrimont et Jean de Vogüé.• Le Comité parisien de Libération(CPL) est, à Paris, l’organe de direction de la Résistance. Il est présidé par André Tollet et a été créé en septembre 1943. Il joue un rôle important de coordination des actions contre l’ennemi pour la région parisienne. Son bureau est composé d’André Carrel (vice-président), Roger Deniau, Léo Hamon, Marie- Hélène Lefaucheux, Georges Maranne, Arnaud Meynial et Jean Mons. LES VICTIMES Paris a payé un lourd tribut : plus de 900 morts et 1 500 blessés pour les FFI, 582 morts et près de2 000 blessés civils. La 2 e DB compte 130 tués et 225 blessés. Côté allemand, 3 200 hommessont morts ; 12 800 sont faits prisonniers.



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