A Nous Paris n°623 28 oct 2013
A Nous Paris n°623 28 oct 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°623 de 28 oct 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : A Nous Paris SAS

  • Format : (235 x 285) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : conversation avec Natalie Portman... à Thor ou à raison.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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événement « EUROPUNK », UNE RÉVOLUTION EN NOIR ET ROUGE Après les hippies et les utopies, ont surgi au milieu des années 70 les punks. Le mouvement, chaotique, a produit sur fond de crise économique des groupes qui sont entrés dans l’histoire du rock. L’exposition Europunk à la Cité de la musique s’intéresse surtout aux aspects visuels de ces « révolutionnaires sans cause », période 1976 à 1980. De quoi en prendre plein les yeux. Texte : Thomas Séron V Vouloir capturer le punk dans un musée de la Musique, cela a de quoi déconcerter. Car n’a-ton pas affaire au plus insoumis et irrévérencieux des courants créatifs de la fin du XX e siècle ? En à peine quarante ans, le punk, qui puisait une partie de son identité dans le rejet de l’art, serait ainsi passé de la contre-culture à la consécration d’une exposition officielle : « La ministre de la Culture et de la Communication vous prie de bien vouloir assister au vernissage. » Mais sans doute le moment était-il venu, avec le recul, de ce retour sur une énergie et une créativité tous azimuts. Éric de Chassey, directeur de la Villa Médicis à Rome et commissaire de l’exposition qui se tient jusqu’au 19 janvier à la Cité de la musique, a choisi de concentrer son attention sur une période précise et une aire géographique : l’Europe. D’où le titre, Europunk : une révolution artistique, 1976-1980. Exit donc les États-Unis, avec des groupes précurseurs qui ont pour nom MC5, Stooges ou New York Dolls. Là n’est pas le propos de l’expo. Et ce qui passionne Éric de Chassey, ce n’est pas tant le versant musical du punk que tout ce qu’il a apporté de neuf dans le domaine des visuels et des objets : « Il me semblait anormal que dans le monde des musées, on n’ait pas 28/10/13 A NOUS accordé à cette production visuelle, ni à cet esprit, toute la place qu’ils méritaient. (…) Il s’agit là d’un mouvement artistique majeur, l’une des dernières avant-gardes du XX e siècle », explique-t-il. Le décor est planté. Pour autant, c’est bel et bien la musique de Sex Pistols qui accueille le visiteur d’Europunk dès qu’il pénètre dans la première salle… Bazooka, comme son nom l’indique Sur un écran de télé, le groupe de Johnny Rotten (1975-1978) tourne en boucle. Plus précisément son titre emblématique, Anarchy in the UK. Dans le même espace figurent des créations – pochettes, T-shirts, affiches, etc. – des complices du groupe anglais, soit les stylistes Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, et le graphiste Jamie Reid. Éric de Chassey explique qu’il ne s’agit pas de présenter ces objets comme des fétiches, à la mémoire et à la gloire de ces héros de l’histoire du rock, mais comme des œuvres. Plutôt qu’une affiche tachée du sang de Sid Vicious, il a préféré exposer le poster immaculé. En tant qu’œuvre, la pochette de Never Mind the Bollocks qui existe en plusieurs versions, plusieurs couleurs, a un petit air de série façon pop art. Ce n’est pour- Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, T-shirt Two Cowboys (collection Seditionaries), 1977. Courtesy Estate of Malcolm McLaren Loulou Picasso (du collectif Bazooka), pochette de la compilation La Crème de Skydog, 1977. Collection Kiki Picasso À droite : Pochette par Jamie Reid et les Sex Pistols pour leur single God Save the Queen, 1977. Sex Pistols Residuals Pochette par Éric Débris du EP Paris Maquis de Métal Urbain, 1977. Éric Débris 26 affaires culturelles tant pas le courant artistique qui aurait le plus influencé les visuels punk ; en revanche, le dadaïsme, le situationnisme et Fluxus en seraient des parents proches. Vient alors la deuxième salle, celle du collectif français Bazooka, formé en 1974 par des élèves des Beaux-Arts de Paris : Olivia Clavel, Lulu Larsen, Kiki et Loulou Picasso, Bernard Vidal, etc. Un collectif dont on nous dit qu’il fonctionnait comme un groupe de rock, produisant non de la musique mais des collages, dessins, BD, romansphotos, détournements en tout genre, pochettes de disques, etc., fort d’une carte blanche pour des interventions dans le quotidien Libération (à partir de 1977). Provoc à bloc : attention, âmes sensibles s’abstenir. Bazooka est une réaction à une société française étriquée et à « un contexte politique et social bloqué », dit Éric de Chassey.
En 1979, le journaliste Philippe Manœuvre écrit que Bazooka est en définitive « le seul groupe punk français ». Bing. « Do it yourself » dans l’urgence L’une des grandes réussites de l’exposition est la « timeline 1970-1980 » conçue par David Sanson, commissaire associé. Faite d’images d’archives, de clips et de photos qui resituent le mouvement punk dans le contexte de l’époque, cette sorte de colonne vertébrale de l’expo accompagne le visiteur dans les sept espaces distincts : Sex Pistols ; Bazooka ; DIY pour « Do it yourself » ; WTF pour « What the fuck » ; Anarchy ; New Wave ; et enfin la pièce où il est possible de s’essayer au punk avec les instruments – guitare, basse et batterie – à disposition. De salle en salle, les murs sont couverts de visuels d’un intérêt variable – une très belle pochette des Buzzcocks côtoie deux ratures de Mania D, quelques fanzines rappellent que le format date du punk –, toujours motivés par une urgence à dire, porte ouverte parfois à un « mauvais goût assumé », nous affirme-t-on. Quand vient la new wave, sorte de punk un brin embourgeoisé, romantique et davantage cultivé, c’est Joy Division qui passe en boucle, et l’impression est nette que le graphisme gagne en finesse. Au sous-sol, après les photos noir et blanc du collectif Belle journée en perspective, un vaste espace est dédié à la projection d’un documentaire, à un jukebox… et à un atelier pour fabriquer son badge punk. A l’arrivée, Europunk a répondu au moins à une question – avec le recul, qu’est-ce qui dans le punk faisait art ? –, son propos n’étant pas d’en établir la généalogie, la somme des figures musicales majeures, ou l’héritage. On peut aussi se demander si quelques têtes pensantes du punk, expert ès médias, n’étaient pas des pionniers dans l’art de fomenter du « buzz ».Exposition Europunk, jusqu’au 19 janvier 2014 à la Cité de la musique, 221, avenue Jean Jaurès, 19e. M o Porte de Pantin. Entrée de l’exposition avec accès aux collections permanentes du musée de la musique : 9 €. Informations : www.citedelamusique.fr. » 27 affaires culturelles àÉCOUTER La playlist punk d’Éric de Chassey et David Sanson. Buzzcocks (UK/Bolton) : What Do I Get Clash (UK/Londres) : (White Man) in Hammersmith Palais Joy division (UK/Manchester) : Disorder Kleenex (Suisse/Zurich) : Nice Métal Urbain (Fr./Paris) : Paris Maquis Les Olivensteins (Fr./Rouen) : Fier de ne rien faire De Rondos (P-B/Rotterdam) : Russians Are Coming Sex Pistols (UK/Londres) : Pretty Vacant Slits (UK/Londres) : New Town Wire (UK/Londres) : Pink Flag >



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