42 n°6 jui/aoû 2009
42 n°6 jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jui/aoû 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : 42lemag.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 94

  • Taille du fichier PDF : 23,1 Mo

  • Dans ce numéro : Street Fighter 4.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CINEMA ARTICLE INVITÉ de merde. En plus, il le voit venir gros comme une maison, les dignitaires russes qu'il est venu rencontrer vont vouloir lui faire goûter leurs spécialités locales dégueu. Après plus de 40 ans d'une brillante carrière politique, il a amplement eu le temps de réaliser que la sophistication des plats qu'on s'obstine à lui proposer est en général inversement proportionnelle à leur intérêt gustatif. Une bête tranche de bon thon cru enveloppée de riz gluant et d'algues fraîches du matin, le tout accompagné d'un bon bol de haricots de soja fermenté, c'est pourtant pas compliqué à préparer, bordel, se dit-il tandis qu'il présente un sourire crispé à la petite foule venue acclamer sa venue. Et puis à tous les coups, ces dégénérés de Slaves vont lui proposer la vodka de l'amitié à la fin du repas. À cette pensée, Ito a un haut-lecœur et se retient péniblement de poser une quiche sur le bébé qu'une jeune femme tend vers lui. En temps normal, Ito n'aime déjà pas les bains de foule, mais ce matin-là, la populace qui se presse de toute part autour de lui pour lui serrer la main lui paraît encore plus moche et sale que d'habitude. Et puis cet individu débraillé qui court dans sa direction en grognant des propos incohérents, ça ressemble à quoi ? Non mais quelle organisation de jean foutre, c'est pas à Tokyo que ça se passerait comme ça, là-bas le gars il se serait déjà fait foutre dehors à coups de pieds dans le cul par la Garde Impériale. Hé, mais c'est moi ou il vient de sortir un revolver de sa veste ce con ? Bon, l'assassinat d'Ito Hirobumi par un indépendantiste coréen ne vous parle probablement pas plus que ça, mais en Asie du Sud-Est, c'est un peu l'équivalent de l'assassinat de l'archiduc François- Ferdinand pour l'Europe, considéré en Corée du Sud comme un acte héroïque et fondateur de son histoire contemporaine. Ironiquement, il est communément admis que cet événement a en fait précipité l'annexion de la Corée par le Japon, mais je vais m'arrêter là avec ce genre de considérations, car je pense que j'ai allégrement pulvérisé le quota de chiantise de cet article. Mais que se serait-il donc passé si ce brave Ito Hirobumi avait échappé à cette tentative d'assassinat ? Voici une angoissante question que nous nous sommes tous posés un jour. Enfin bon, pas moi, je l'avoue. Pas vous non plus d'ailleurs je pense, ni probablement une grande partie des gens habitant sur cette partie du globe. Mais le réalisateur de 2009 Lost Memories se l'est posée lui, et c'est cette interrogation qui va servir de base à ce film qui est donc uneuchronie (alors vous encadrez ce mot en rouge dans vos cahiers et vous notez la définition : uneuchronie est une œuvre de fiction se déroulant dans une réalité historique alternative, vous sautez une ligne et vous écrivez exemples : The Watchmen, Fallout, ROBObama contre l'armée des nazis morts-vivants du Camarade Mao). Le film commence donc par une chronologie de ce que serait l'histoire si Ito Hirobumi n'avait pas mangé les fleurs de cerisier par le tronc ce jour-là. Une histoire radicalement différente où le Japon, pas con, combat les nazis au côté des Alliés pendant la seconde guerre mondiale et où c'est donc logiquement Berlin qui a le privilège d'inaugurer les effets de la puissance de l'atome en 1945. À partir de là, tout s'enchaîne : le Japon membre permanent du conseil de sécurité permanent de l'ONU, le Japon champion olympique, le Japon aux sports d'hiver... bref, c'est assez croustillant, et tout ce qu'il y a à retenir, c'est qu'en 2009, année à laquelle se déroule l'action du film (soit très exactement un siècle après la tentative d'assassinat "manquée" d'Ito Hirobumi, ohalala, y'aurait-il un symbole derrière tout ça...), tout va pour le mieux pour le détestable empire japonais, qui abuse de sa toute-puissance pour opprimer la Corée, devenue une simple province japonaise. - Bon les mecs, à trois on rentre et on tue tous les niakoués ! - Mais chef ! On est des niakoués nous aussi... - Faut toujours que tu joues les rabat joie Jean-Tchang On assiste alors à un plan, il faut bien l'admettre, assez impressionnant, de ce à quoi ressemblerait Séoul si la Corée était encore annexée par le Japon : les voitures roulent à gauche, toutes les en- - 42 (42lemag.fr) -
CINEMA Ce dialogue de haut vol est en fait le déclencheur de l’une des scènes d’action les plus incroyables du film seignes sont en caractères japonais, et encore pleins d'autres références-choc qui resteront totalement obscures pour le spectateur occidental peu familier avec l'histoire de cette partie du monde, mais qui j'imagine, dans l'imaginaire collectif asiatique, doivent être comparables à la vision de la statue de la liberté remplacée par une statue géante d'Hitler... Le film proprement dit relate l'histoire de Sakamoto et Shojiro, deux agents du JBI (le Japanese Bureau of Investigation, hé oui) qui enquêtent sur les agissements d'un groupes de terroristes luttant pour l'indépendance de la Corée, qui semble s'acharner particulièrement sur une fondation d'art. Mais pourquoi donc un groupe d'indépendantistes coréens consacrerait-il tous ses efforts à dérober de banales œuvres d'art ? Voilà un mystérieux mystère que nos deux héros, unis par une profonde amitié, vont s'atteler à résoudre. Ce duo de flics est luimême assez particulier, puisqu'il est composé d'une part d'un bon japonais, casé avec une bonne japonaise (vous savez, le modèle standard en kimono, qui ne sait dire que "merci" et "d'accord"), et d'autre part d'un coréen aux origines familiales troubles, tiraillé entre sa loyauté envers le JBI et l'attachement qu'il ressent pour ses frères coréens luttant pour une indépendance qui lui paraît utopique. Poussant son enquête plus loin, ce dernier ne va cependant pas tarder à soupçonner l'existence d'une vaste conspiration, se mettant à dos sa hiérarchie, visiblement peu enchantée de voir un sale coréen fouiller du côté des affaires des honnêtes japonais. Plus qu'une banale enquête policière, ce film s'attache véritablement à ses personnages et à leurs démons intérieurs, d'autant plus que les acteurs jouent bien, trop bien peut-être. En effet, sans franchement en rajouter, ils en font quand même pas mal dans le mélodrame, or du mélodrame, il va y en avoir ! Je ne vous gâcherai pas trop l'intrigue en vous révélant que la solide amitié entre les deux héros sera fortement mise à mal par ce que découvrira notre ami coréen. Bref, si vous aimez les films dégoulinants de sang et de larmes par tous les pores, vous serez servis ! On retrouve là une première caractéristique du nanar : la volonté de trop en faire... Au niveau de la réalisation, même combat. D'un point de vue purement technique, c'est irréprochable, et les nombreux effets spéciaux sont globalement crédibles, mais là encore, le réal en fait des tonnes, n'hésitant pas à figer le temps en plein cœur d'une fusillade histoire que deux protagonistes aient le temps de se détailler longuement le blanc des yeux, ou encore à abuser de la technique, très répandue chez les réalisateurs nanars, du "super ralenti over dramatique pour faire durer deux minutes une scène d'un gars qui se mouche". C'est simple, rien n'est trop gros pour le réalisateur qui aurait limite pu rajouter aux moments-clé du film des panneaux clignotants pour dire au spectateur : "pleurez ! ", "applaudissez ! ", "maintenant, huez les méchants Japonais ! ". Car c'est bien là qu'on touche véritablement au cœur nanar du film. Bien qu'au départ, les Japonais soient les gentils du film, on se rend peu à peu compte que ceux-ci sont de véritables monstres se distinguant par une brutalité inouïe et un total mépris pour la vie humaine, enfin du moins pour la vie coréenne... ARTICLE INVITÉ - 43 (42lemag.fr) -



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