42 n°24 mai 2011
42 n°24 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : 42lemag.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 71

  • Taille du fichier PDF : 18,1 Mo

  • Dans ce numéro : et l'homme devint gonzesse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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PORTNAWAK LE CYCLE DES MARIONNETTES étaient pas très chauds (parce qu’en règle générale ça fait mal) il décide de faire un petit show à la polichinelle pour mieux faire passer la pilule (du moins l’enlever). Voyant que le public appréciait, il proposait gratis la dent ! Tu parles d’un deal ! Cependant un jour le père Thomas voit ses clowneries et se dit (lui-même étant un peu comédien) qu’il y a un filon à exploiter ! Nos deux compères fondent ainsi un petit théâtre dans un quartier de Lyon et développent de petites marionnettes en bois avec un peu de tissu, qui couvrent entièrement une main, c'est-à-dire la marionnette à gaine (a contrario de la marionnette à fils). Polichinelle étant un nom déjà pris, il fallait trouver autre chose. C’est ainsi que Guignol (ou Chignol en bon lyonnais) voit le jour. Un petit gône, trublion sympathique. Canut comme son inventeur (càd artisan de la soie) jusqu’à son costume, c’est un personnage qui ne se laisse pas faire, astucieux et malin… et un peu bourrin, faut l’admettre. Mais comme un seul perso ça ne suffit pas, on va lui donner un copain du nom de Gnafron, assez porté sur le pinard (mais ce n’est pas ce qui manque dans le coin). Celui-ci est un cordonnier venant de Brindas, un petit village pas loin de Lyon (gnafre voulant dire cordonnier en patois lyonnais). Viendra plus tard (et pas souvent) Madelon, la meuf de Guignol, qui comme dans la chanson leur sert à boire. Également Toinon, la régulière de Gnafron. Toute une ribambelle de personnages comme le gendarme Flageolet, Fripouillasse, Monsieur Poivert et j’en passe. Comme c’est une marionnette assez mastoc, à cause de son énorme tête en bois, les mouvements sont bien plus limités que les marionnettes à fils. Mais l’avantage est qu’on n’est pas obligés de chercher le mouvement réaliste et gracile, ce qui permet de bourriner encore plus les coups de bâton et d’exagérer davantage. C’est également une poupée bavarde, car comme on ne peut que gérer ses bras et son torse, il faut alors « meubler » en parlotte (ou en pétage de gueule). The Ultimate Showdown of Ultimate Destiny Nos deux inventeurs ont intérêt à faire vite du chiffre d’affaires pour espérer tenir (hélas ils ne deviendront pas riches). Le castelet, scène et cadre du théâtre de marionnette est très vite mis à contribution et se voit renforcé de plusieurs décors peints. A l’époque, ils jouaient « al improviso » (on ne plaisante pas avec l’héritage de la commedia dell’arte), c'est-à-dire que les marionnettistes improvisaient à chaque fois ! Oh bien sûr ils avaient le sujet et savaient ce qui allait se passer dans les cènes… euh, scènes suivantes, mais le texte n’était pas défini car en fait le spectacle servait surtout de gazette, ce qui permettait de raconter ce qui se passait en ville ou dans le pays, par le biais de leurs poupées de bois. Toujours sous l’angle de l’humour et de la dérision, bien sûr (en gros les Guignols de l’info n’ont RIEN inventé !). Hélas le père Thomas, porté sur la bouteille comme Gnafron quitte assez vite le castelet, et Mourguet continuera l’aventure avec sa - 62 (42lemag.fr) -
PORTNAWAK famille qui reprendra les rennes à sa mort (avec toujours plus de torgnoles dans la gueule de Flageolet). Mais bon ! Quand la Deuxième République pointe le bout de son nez, ça se complique un peu. Non pas qu'elle détestait Guignol, mais à cause d’une soumission obligatoire des textes des parutions et spectacles à la commission de censure. En gros les théâtres de l’époque devaient soumettre leurs textes pour vérifier si ça sentait bon la nouvelle philosophie républicaine. Cela donc a forcé à abandonner le côté gazette (mais pas l’impro de temps en temps), et surtout a forcé à écrire, et donc préparer bien à l’avance. C’est ainsi que la formule se transforme en canevas. Mais l’humour et le patois lyonnais perdurèrent, nom de nom (et les coups de latte) ! Au lieu donc de narrer des classiques, nos marionnettistes se lancent dans la parodie ! Toutes les pièces du moment ou encore les opéras étaient alors revisités sauce Guignol. Au lieu de Cyrano de Bergerac, Guignol jouait Cyrano de Bramasac. Le répertoire s’étoffait, le nombre de marionnettes augmentait. Il arrivait souvent que les marionnettistes créent des caricatures d’acteurs de l’époque ou des personnages politiques. On estime alors qu’il y a une cinquantaine de parodies qui seront écrites. Ce qui est le plus surprenant c'est que quand Napoléon III (dit le crétin) voulut couper le sifflet de Guignol parce qu’il s’était moqué de la taille de sa moustache, ce fut un magistrat (Onofrio) qui défendit brillamment sa cause. Mais qu’est-ce que … (MQECQ alias WTF) Et voilà ! Guignol était pour les adultes. On y abordait des sujets d’adultes et on se moquait de choses que seuls les adultes pouvaient comprendre. Ironie sur les politicards, foutages de gueule de la maréchaussée (les flics). Les grivoiseries également. A ses débuts, Guignol lutte contre l’establishment et la bourgeoisie lyonnaise, soutient les plus pauvres en jouant de roublardises et autres fourberies (en def Molière). En somme, le pouvoir est moqué ou ridiculisé, sans pour autant être la cible d'attaques frontales et acerbes (l’humour lyonnais est souvent comme cela). On ne mord pas la main qui vous nourrit, mais on s’amuse à la titiller avec une LE CYCLE DES MARIONNETTES - 63 (42lemag.fr) -



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