42 n°17 jui/aoû 2010
42 n°17 jui/aoû 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de jui/aoû 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : 42lemag.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 75

  • Taille du fichier PDF : 17,4 Mo

  • Dans ce numéro : la narration made in sushi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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IRL Cerb m'expliqua que Bebealien travaillait très consciencieusement sur chacun de ses articles. Voila notre lieu de vie : cosy, spartiate, efficace. BACKSTAGE De retour dans le hall, où Mr Egg était en train de déplacer le tapis, révélant une trappe fermée par trois gros cadenas. Le bossu les ouvrit un par un avec son trousseau de clés. Il l’avait en permanence autour du cou, m'expliqua le Maître. Nous descendîmes dans les oubliettes du bâtiment, ou se trouvaient les locaux de la rédaction. Le bas des escaliers débouchait au bout d'un unique couloir aux murs gris, composés de portes en fer. Cerberus m'expliqua que pour le bien des rédacteurs, il était obligé de les enfermer, afin qu'ils travaillent dans les meilleures conditions possibles, sans être dérangés par des éléments extérieurs qui pourraient entraver leur créativité artistique, afin que le mag ne prenne jamais de retard et sorte à temps chaque mois. Nous approchâmes d'une porte d'où venait un bruit horrible, mélange de grognement guttural et de scie à métaux. Mr Egg fit coulisser une trappe dans la porte et m'invita à regarder. À l'intérieur, une espèce d'homme des cavernes étaient en train d'écrire sur son portable. Les murs étaient recouverts de poster de groupes de métal, d'autres sur lesquels était inscrit « Fuck Nightwish » ou encore « Fuck Metalcore ». Sur les meubles reposaient un autel à la gloire de Devin Townsend et une chaîne hifi crachant un son a faire pleurer un gothique norvégien sourd de naissance. Le bossu referma d'un coup la trappe et je me rendis compte que je saignais des oreilles. Voici Draxx, notre spécialiste musique ! La porte suivante était celle de Polo, sa cellule était pleine de comics et de bd, empilés sur plusieurs mètres. Il écrivait lui aussi sur son portable, s'arrêtant de temps à autre pour feuilleter un comics en poussant un « awesome » joyeux. Derrière lui, un autre homme relisait son ordinateur, un fouet à la main. « C'est zenito, notre grammar nazi », me dit Cerb en refermant la trappe sur un claquement de fouet et un « ouille » aigu de Polo. Derrière la porte, on put entendre zenito sermonner Polo sur l'accord du verbe être au participe passé, puis un autre claquement de fouet. Le Maître me montra les cellules des autres rédacteurs, toutes plus glauques les unes que les autres. De temps en temps, on pouvait voir les grammar nazis passer d'une cellule à une autre, pour surveiller et corriger les articles en cours d'élaboration. Nous sommes arrivés devant la porte au bout du couloir. Mr Egg l'ouvrit et je vis que la pièce était vide. Seuls trônaient un nécessaire de toilettes, un bureau avec un ordinateur, et quelques toiles, avec des pots de peintures et une tablette graphique. Soudain, on me poussa dans la pièce avant de la refermer à clef. De l'autre côté, Cerberus me lança : « Bienvenue dans votre nouveau lieu de travail, monsieur Gumli ! Faites-nous de beaux dessins pour égayer le mag, et vous serez nourri tous les jours ! » Le Maître et le Bossu se mirent à rire de concert tout en s'éloignant dans le couloir, un rire rauque et sinistre, et légèrement ridicule. Et voila, le fameux hall. Classieux, hein ? Sauf que nous, on le voit jamais. C'est sous le tapis rouge que se trouve la trappe menant à nos cellules. Je me retrouvai ainsi seul dans cette cellule sombre. Je suis resté debout sur le seuil un moment, ne sachant comment prendre cette nouvelle situation. Puis je suis allé faire caca (je fais toujours caca quand je suis stressé). La cellule était éclairée par une petite fenêtre à barreaux. Je me hissai dessus pour voir les - 44 (42lemag.fr) -
IRL Donc tous les composants du nouveau numéro sont rangés par Cerb dans son ordinateur, les articles, les illustrations, la maquette, le sommaire, les images. Chaque rédacteur est vêtu d'une longue toge noire, et son visage est recouvert d'une capuche. L'équipe forme une ronde autour du bureau de Cerb dans la grande salle, tout en poussant des borborygmes graves et aqueux. Au-dehors, l'orage gronde et le tonnerre se met dans la partie. Cerb entame alors une litanie dans une langue inconnue, gesticulant et dansant. Mr Egg le suit en battant le rythme avec des maracas en forme de pénis. Le bureau du Maître se met alors à s'élever, poussé par une colonne en acier sortant du sol, tandis qu'une trappe s'ouvre dans le toit. Le bureau avec l'ordinateur dessus est maintenant dehors. Le Maître poursuit son rituel avec de plus en plus d'intensité, Mr Egg secoue ses pénis avec plus de vigueur, la ronde pousse ses cris avec plus de puissance. Soudain, CRAC ! Un éclair aveuglant illumine le manoir et touche l'ordinateur, coupant l'électricité dans le domaine. Pendant quelques instants, toute la rédaction est dans le noir, attendant en silence. Puis le courant revient, et l'ordinateur redescend lentement vers le plancher des vaches. Cerberus se précipite sur son ordinateur, suivi du bossu. La première fois que j'y ai assisté, le processus n'a pas fonctionné comme d'habitude, et Cerberus a poussé un cri de rage : « Raaaah, ça n'a pas marché ! J'ai encore ce putain de virus ! » De rage, Cerb a pris le godemiché des mains de Mr Egg, et s'est mis à le frapper avec. Quand il ne maquette pas le prochain numéro, Cerb'buttsexe... beaucoup... alentours. Sur ma droite se trouvait une magnifique décharge publique à ciel ouvert, dont la vie était rythmée par le ballet des bulldozers. Sur ma gauche, on pouvait apercevoir au loin les énormes cheminées d'une centrale nucléaire. Je suis redescendu dans ma cellule pour refaire caca. Je passais ensuite les premières heures de ma nouvelle vie à arranger ma cellule, placer les meubles en disposition Feng Shui (sinon je dors mal). Puis j'ai refait caca, et je me suis finalement mis au travail. Au-dessus de la porte de la cellule se trouvait un tableau d'information qui nous indiquait les nouvelles du jour : le menu (pain sec et lait de soja, comme tous les jours), les infos mondiales, le thème du mois, etc It's alive, alive ! N'ayant pas le droit de sortir de leur cellule, les réunions des rédacteurs se font essentiellement par forum. Chaque rédacteur me commande des illustrations pour ses articles. Je renvoie ensuite ses illustrations sur un serveur privé chez le Grand Maître, tout comme chaque rédacteur renvoit ses articles finis et corrigés. Nous avons cependant le droit de sortir une seule fois par mois de notre cellule, pour la Cérémonie de l'Edition. Cette cérémonie ne peut se faire que lors des jours de grands orages (voilà pourquoi, cher lecteur, le mag sort parfois avec quelques jours de retard. Nous ne pouvons pas contrôler le temps, bien que Cerb ait essayé d'engager une fois un marabout faiseur d'orages, mais il s'est vite avéré que c'était en fait un charlatan, et il s'est retrouvé dans les oubliettes du Manoir, condamné à faire les sommaires de chaque numéro). « MONSIEUR EGG ! STUPIDE BOSSU ! C'est de ta faute si rien ne marche ! Tu as encore utilisé mon ordinateur pour tes films pornos ! RAAAHHH ! » Le Maître était toujours en train de tabasser le bossu quand on a entendu une note de musique venant de l'ordinateur. Cerberus a suspendu son mouvement en regardant l'ordinateur. Il s'est précipité vers la machine, a appuyé sur quelques touches et a poussé un cri de triomphe. « MWOUAHAHAHAHAH ! IL EST ALIVE ! » Ça y était, le mag était prêt. Il ne restait plus à Cerb'qu'à le diffuser sur internet. Chaque fin de cérémonie est l'occasion de faire la fête pour la rédaction. Cerberus commande de quoi boire et invite des filles. On boit, on mange, on danse, on baise, on vomit, on reboit, on rebaise, et parfois tout en même temps. Puis il est l'heure de rentrer dans nos cellules, pour attaquer le numéro du mois suivant. Alors, voilà cher lecteur, vous savez maintenant tout. Depuis ce jour, je ne suis pas sorti une seule fois du manoir, dessinant tous les jours des dessins de merde pour un webzine qui ne nous accorde même pas de RTT. Parfois, la nuit, j'entends des rédacteurs pleurer dans leur cellule. D'autres fois, Cerberus vient vérifier notre travail, tout en poussant son rire glauque et ridicule. Je n'ai pas à me plaindre, la bouffe n'est pas mauvaise, je suis logé et blanchi (un caleçon propre par mois) et j'ai droit à une call girl (personnelle) le jour de mon anniversaire. Pensez-y, maintenant, quand vous lirez ce mag. Pensez aux gens qui travaillent dur, pour que le Grand Maître s'en mette plein les poches chaque mois. Gumli BACKSTAGE - 45 (42lemag.fr) -



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