42 n°13 mars 2010
42 n°13 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de mars 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : 42lemag.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 82

  • Taille du fichier PDF : 21,6 Mo

  • Dans ce numéro : RoboRally.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CINEMA ment libre et maître du fait de les avoir exécutés... Bref les religions disent tout et son contraire, et ça se saurait si on trouvait plus de réponses que de questions de leur côté. DOSSIER RÉFLEXION En philosophie, le concept de destin peut se rapprocher de ce qu'on nomme le fatalisme. En plus d'avoir un nom de grand ennemi des 4 Fantastiques, cette doctrine vient du mot latin fatum qui veut dire destin. Il ne faut pas confondre fatalisme et déterminisme, ce dernier correspondant plus à une science qu'à une philosophie, d'origine prédictive et cherchant à tirer des conclusions à partir d'hypothèses en se basant sur l'expérimentation et la connaissance. Le fatalisme touche du doigt un concept fondamental, à savoir le libre arbitre. Car si tout est déjà prédéterminé, quelle part de choix a l'être humain ? Les Grecs anciens étaient adeptes du mouvement, qu'on appelait alors le stoïcisme, mais se retrouvaient confrontés à une argumentation les traitant de paresseux, préférant se résigner plutôt qu'agir. Cicéron résuma les choses avec une belle phrase : « Si ton destin est de guérir de cette maladie, tu guériras que tu aies appelé ou non le médecin ; de même, si ton destin est de n'en pas guérir, tu ne guériras pas que tu aies appelé ou non le médecin ; or ton destin est l'un ou l'autre ; il ne convient donc pas d'appeler le médecin. ». Aujourd'hui, un tel argument ferait bondir, mais on comprend de quelle manière avec les croyances de l'époque, il pouvait être appuyé d'exemples. Et par extension, de quelle manière on pouvait en déduire que si l'homme se refuse à agir puisque tout est prédéterminé, il décide de se contraindre à un rôle totalement passif au risque de se mettre en retrait par rapport à la société. Le fatalisme fut laissé de côté pendant longtemps avant de ressurgir au siècle des lumières, grâce à Diderot. Pour eux, l'homme n'est de toute manière pas libre, car ses réactions sont décidées par son caractère inné (qu'on peut interpréter aujourd'hui par ses caractéristiques génétiques) puis par l'éducation qu'il a subie. Il rajoute néanmoins que la société, donc les châtiments et récompenses qu'elle met en place peuvent influencer le comportement humain dans un sens ou dans l'autre. Là où par contre on peut décrocher par rapport au raisonnement de Diderot (qui a le nom d'une station de métro) c'est qu'il en tire des déductions par rapport à la vertu, concept totalement éculé (oui éculé, sans un "n") depuis le 19ème. Bref ce qui est intéressant dans ce que dit Didi la fripouille, c'est qu'en effet, notre moi inné ainsi que notre acquis détermine une grande partie de nos actions. Mais là on pourrait le contredire c'est qu'il sous estime un poil le poids de l'entourage sociétal ou situationnel dans la prise en compte d'un choix. Mais son pseudo fatalisme (ce n'en est pas vraiment un puisque rien n'est "écrit" mais que finalement on n'a pas vraiment le choix) est un modèle cohérent. Et si l'on revient au film, les connaissances de John Connor et l'entraînement que lui fait subir sa mère l'amèneront forcément à tenir un rôle clé dans le cas du soulèvement des machines. Reste juste à déterminer si le soulèvement aura bel et bien lieu. Dans l'absolu John ne peut pas agir sur le destin de l'humanité, mais il peut agir sur le sien, sur de petites choses. On pourrait creuser le concept encore pendant des heures, mais je préfère proposer aux plus curieux d'entre vous de se replonger dans la mythologie et par exemple dans les écrits d'Homère où les dieux décidaient du destin des hommes. Surhumanité Dernier point intéressant, celui de la surhumanité. Dans tous les films d'actions hollywoodiens de l'époque, et même dans pas mal d'entre eux depuis, le - 32 (42lemag.fr) -
CINEMA héros est virtuellement invincible, capable d'encaisser tout sans jamais aller à l'hôpital. Ce qui est intéressant dans T2, c'est que l'un des protagonistes est un robot et qu'il y a un questionnement sur sa possible humanité. Une réflexion de Sarah Connor la fait même se demander si la machine ne serait pas un meilleur père que tous les amants qu'elle a pu avoir par le passé... Donc réfléchissons un peu sur la question de l'humanité. D'après Nietzsche, le surhomme (übermensch) est une sorte de dieu revenu sur terre dont la tâche est d'amener l'humanité vers un niveau supérieur d'existence. Rien que ça. Pour lui, le surhomme vient de la volonté irascible de puissance de l'humain, liée à sa volonté de donner un but à son existence pour en remplir la vacuité. Dans l'absolu, il va même jusqu'à dire que le surhomme serait un humain ayant réussi à faire fi de toutes ses pulsions les plus animales. Autant dire que quand je vois les réactions Polo devant un comics qu'il n'a pas lu, la langue pendante, l'œil brillant et le poil vif... ce n'est pas gagné pour tout le monde. Si Nietzsche argumente longtemps, il en arrive au final par atteindre un concept presque bouddhiste d'homme en paix avec lui-même et acceptant les contraintes de la réalité comme faisant une partie intégrante de lui même. Ce qui nous amène à une deuxième conclusion : Chuck Norris, étant un féru adepte de cette philosophie est en effet un surhomme. CQFD. Mais je m'égare. En tout cas, pour résumer, le surhomme doit tirer l'humanité vers le haut en la transcendant et en l'expurgeant de ses maux. Pas étonnant que ces théories aient été déviées de leur sens d'origine par les extrémistes de tout poil dès qu'il a fallu parler de race supérieure ou d'épuration ethnique. Ce qui est intéressant, c'est de revenir à l'univers de Terminator. Car si les machines font la guerre aux humains, c'est avant tout pour exister en tant que telles et faire fi de leurs créateurs perçus comme imparfaits. En effet, sans ennemi humain, les machines n'ont plus de raison d'être belliqueuses et peuvent donc vivre "simplement", en ayant intégré les contraintes qui les entourent. Se pourrait-il donc qu'au final les terminators soient des surhommes dans la vision Nietzschienne ? Et bien non, car l'un des préambules de cette théorie est que justement les surhommes soient avant tout des hommes. Et comme je l'indique dans mon autre article fleuve de ce beau numéro de 42 que vous tenez entre vos mains, aussi parfait ou mimétique soit-il, un robot n'est et ne sera jamais un homme mais qu'une pâle copie. L'asservissement de l'humanité n'amènerait donc en rien une amélioration pour accéder à un stade supérieur, mais au contraire conférerait au nihilisme... Bref, T800 ou T1000 aussi forts soient-ils restent encore inférieurs à l'homme car ils n'ont pas la faculté de pouvoir se transcender. Oui et ? Quand on y repense, ca fait quand même pas mal de thématiques intéressantes abordées pour un film d'action vu comme "basique" par certaines personnes non ? Alors certes, James Cameron est un réalisateur, pas un philosophe et on pourrait lui reprocher la naïveté de certains de ses propos ou en tout cas le fait qu'ils soient un peu trop "basiques". Il n'empêche que rares sont les films à se poser autant de questions et à pouvoir proposer un deuxième niveau de lecture qui fait autre chose que ressasser trois pauvres idées. En tout cas Terminator 2 fait partie de mes films préférés et de loin et je vous encourage à le regarder à l'aune de cette article si vous avez encore des doutes sur ce que je vous dis. Si ça se trouve vous allez le redécouvrir... Bebealien DOSSIER RÉFLEXION - 33 (42lemag.fr) -



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