20 Minutes France n°3676 17 nov 2021
20 Minutes France n°3676 17 nov 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3676 de 17 nov 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : interview d'Olivier Véran, au sujet de la 5e vague de Covid-19 qui frappe la France actuellement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 34 - 35  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
34 35
14 NOVEMBRE 202 1 « Il est temps d’inclure vraiment les sourds dans la société » Julien Compan est élu à l’urbanisme à la mairie de Massy. En France, ils ne sont que sept élus sourds. La faute à une politique peu inclusive, explique-t-il cg) D Élodie Hervé evant la mairie trône le drapeau de la langue des signes. Julien Compan, 31 ans, élu à l’urbanisme, le montre avec beaucoup de fierté. À ses côtés, Elodia Mottot interprète ce qu’il signe. Julien Compan est l’un des sept élus sourds en France. Lui est à Massy, en région parisienne (Essonne). « Quand le maire, Nicolas Samsoen, est venu me chercher pour que je sois sur sa liste, je ne voulais surtout pas être l’élu «handicapé» que l’on met en avant pour vendre un programme. Je ne voulais pas être un étendard. Ça n’a pas été le cas et, aujourd’hui, je m’occupe de ce qui correspond à mes études, à savoir l’urbanisme. » Ce Marseillais a fait ses études à Aixen-Provence. Un BTS en bâtiment, puis une licence comme dessinateur-projeteur avant de s’envoler pour Paris. « Il y a très peu d’interprètes en France et, surtout, des problèmes de budget dans les établissements publics. Résultat, pendant mes études, c’était des AVS [auxiliaires de vie scolaire] qui prenaient des notes pour moi pendant les cours. » Si l’inclusivité des personnes sourdes est à la traîne en France, c’est principalement à cause du congrès de Milan de 1880, qui a banni l’usage de la langue des signes pour les sourds au profil de l’oralité. « On a un siècle de retard » « On a un siècle de retard, continue cet élu. Aux États-Unis, des sourds sont avocats, médecins ou autres. Il existe même une université pour les sourds. » Pour les élus, Julien Compan explique É.H. Pour un rendez-vous médical ou pour un renouvellement de carte d’identité, les personnes sourdes se retrouvent souvent dans une situation délicate. « On a de gros soucis pour communiquer, explique Sabrina. La plupart du temps, quand c’est possible, on passe à l’écrit. Là où ça coince surtout, c’est à l’hôpital. Quand il faut raconter des actes intimes. » Depuis la loi de 2005, les lieux publics ont l’obligation DIALOGUER Julien Compan, atteint de surdité, a célébré un mariage civil en juillet. Une victoire symbolique. B. Guigou que c’est à la municipalité de choisir de mettre en place ou non un budget accessibilité. « On est considérés comme des sous-citoyens, on dépend des municipalités et de leur budget pour savoir si l’on va pouvoir travailler sur nos dossiers en cours au même titre que les autres élus. » Alors, avec le maire de Massy, ils ont écrit à trois ministères pour tenter de porter l’idée d’un budget neutre qui ne dépende pas des municipalités, mais de l’État. « Il est temps d’inclure les sourds et les élus sourds dans la société ! » de rendre leurs démarches accessibles aux personnes sourdes. « Certaines mairies jouent le jeu, d’autres non, raconte Élise Guillon, cofondatrice de la plateforme de réservation d’interprètes Vouloir dire. La plupart du temps, c’est aux personnes sourdes de réserver une interprète et d’avancer les frais. » Pour apporter une solution pérenne, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), un pool d’interprètes est là pour tous les rendez-vous médicaux. À Meaux (Seine-et-Marne), l’association Les exemples où il a été mis de côté, il ne les compte plus. Comme cette fois où une équipe en campagne le contacte peu avant les élections régionales. « Ils voulaient que l’on travaille ensemble sur plusieurs dossiers. Sauf que, le jour de la réunion, aucun interprète n’avait été prévu. Ils m’ont dit  : "On vous recontacte". Cela fait bientôt un an et j’attends. » Qu’importe. En juillet, il a célébré un mariage civil avec une interprète à ses côtés. Une victoire symbolique, en attendant une égalité réelle. À l’hôpital ou en mairie, la loi tarde à être appliquée Getty Images Signes et paroles a signé l’intégralité des démarches pour aider les personnes sourdes à avoir accès à l’information. « La plupart des personnes qui signent dans ces vidéos sont sourdes ou malentendantes », raconte la présidente, Thi-My Gosselin. Mais tout cela relève d’initiatives individuelles. En attendant que la loi soit appliquée, Sabrina se débrouille  : « Quand vraiment je ne trouve pas d’interprètes, je demande à jr ; mes enfants de signer. » De la couleur sur les rampes É.H.nnr u SECONDES 2^ u En ville, se déplacer en fauteuil peut virer au rallye. Entre les trottoirs trop hauts, les panneaux publicitaires placés au mauvais endroit ou les transports en commun pas toujours accessibles, les personnes à mobilité réduite doivent s’armer de patience pour acheter du pain. Face à ce constat, Rita Ebel, une Allemande de 63 ans, a eu l’idée des constructions de rampes en Lego en 2019. L’idée  : rendre accessibles les magasins et interpeller les passants sur ses difficultés. Côté français, son idée a séduit la délégation APF France handicap des Ardennes, qui a rebaptisé le projet « RampEgo ». « Personne ne passe à côté d’une rampe multicolore sans jeter un coup d’œil », souligne Richard Perotin. Ce bénévole, qui se déplace en fauteuil, s’est emparé du projet l’an dernier pour accompagner les commerçants dans leur application de la loi de 2005. La première rampe construite à Charleville-Mézières a coûté plus de 1000  € en achat de Lego. « Clairement, c’est plus cher qu’une rampe en bois ou en métal, souligne Richard Perotin. Mais cette démarche sensibilise à l’accessibilité. » Photo  : APF France handicap Un livre sans tabou pour parler grossesse. Comment porter un enfant quand on est en situation de handicap ? Comment s’en occuper ? À ses interrogations, l’autrice Lula Dawn répond par un compte Insta (@luladawn_ecrivaine_) et un livre (Tribulations d’une handimaman). La marque française Caval s’est associée au street artist The Blind pour créer deux modèles de sneakers marquées en braille. Sur la semelle, on peut ainsi lire « humanité » et « inclusion ». Pour chaque paire vendue, 40  € seront reversés à Handicap International. Prix de vente  : 149  € .
20 Soin et attention sous les traits de crayon Le Design With Care, qui s’approprie les problématiques liées au handicap, est porté par l’agence parisienne Les Sismo S ee4 « Virginie Tauzin avez-vous que certains designeurs enfilent des gants spéciaux pour savoir comment se comportent des mains percluses d’arthrose ? Ou des lunettes pour simuler des problèmes de vision ? « Le but n’est pas de créer des objets ou du mobilier qui Il est beau le lavabo accessible Selon le handicap, configurer son logement pour gagner en autonomie n’est pas une mince affaire et peut requérir l’aide d’un architecte spécialisé en accessibilité  : « On travaille sur l’habitat et sur le corps, deux choses intimes », explique Franck Poncin, ergothérapeute et architecte d’intérieur. Pour commencer, il y va en douceur, par ce qu’il appelle « les aides techniques »  : enlever les tapis, surélever un lit de 15 cm, jouer sur les éclairages, changer soient destinés spécifiquement aux personnes atteintes d’un handicap, mais de trouver une solution universelle », précise Antoine Fenoglio (à droite sur la photo), cofondateur des Sismo. Créée en 1997 avec Frédéric Lecourt (à gauche), cette agence de designeurs déjà très concernée par l’usage, l’utile et l’éthique s’est peu à peu approprié les problématiques liées au handicap. « La rencontre avec la philosophe Cynthia Fleury a été déterminante, raconte le cofondateur. Elle nous a les robinets… « Il faut que tout soit accessible, facile à trouver. » Les enseignes Leroy Merlin, Castorama ou Ikea se sont depuis peu lancées sur ce créneau. « Elles ont embauché des designeurs pour travailler pour les PMR [personne à mobilité réduite]. On peut trouver des poignées de porte adaptées, des chaises de douche esthétiques… Il n’y a pas de raison que les personnes handicapées ne puissent pas choisir leur lavabo ! » Des fines lames dans la course à l’innovation Des employés d’Airbus se sont associés à de jeunes ingénieurs pour fabriquer des prothèses de course à partir de chutes de matériaux utilisés sur les avions A350 Élodie Hervé Sincèrement, pouvoir courir, ça a changé ma vie. » Ces mots sont ceux de Christophe Debard, fondateur du Humanity Lab, le laboratoire d’innovations d’Airbus. « Je n’avais jamais pu courir de ma vie, continue cet ingénieur. J’ai été amputé à l’âge de 13 ans après un cancer et depuis j’ai dû faire une croix sur la course par manque d’argent et de solutions adaptées. » Une croix, jusqu’à ce que Jérôme Bernard, sportif poly amputé et Benjamin Trarieux, ingénieur à Airbus, lui proposent de se lancer dans un projet un peu fou  : fabriquer des lames de course à partir de chutes de matériaux utilisés sur les avions A350 d’Airbus. En l’occurrence, du carbone. Pour passer de l’idée à la réalité, Christophe Debard est allé à la rencontre de l’École nationale supérieure des Mines d’Albi-Carmaux (IMT Mines Albi). Là, trois étudiants et trois étudiantes ont répondu à l’appel. En 2019, ils se lancent dans un projet 100% made in France. Deux ans plus tard, la petite équipe est sur le point de commercialiser une lame de course plus légère et moins chère que celles présentes sur le marché. Des tests prometteurs « Nous avons réussi à trouver plusieurs partenaires pour réduire au maximum les coûts, avec l’espoir de commercialiser le produit en 2022 à moins de 2000  € , soit la moitié de ce qui se fait ailleurs », ajoute Hugo Roche, président de la jeune entreprise Hopper, qui compte un autre salarié. Pour ceux qui l’ont essayée, le résultat est prometteur. Sarah, 26 ans, compte parmi les douze testeurs et testeuses à avoir adopté la lame de course en carbone recyclé. À chaque exercice physique, elle note le nombre de kilomètres effectués, dans quelles conditions et comment se comporte le prototype. Une façon pour la jeune femme de DESIGN NOVEMBRE 2021 15 permis d’avoir une approche médicale du design et d’aller vers le prendresoin, le care. » Depuis 2019, la philosophe et les designeurs animent des conférences sur le Design With Care. « On avance. La nécessité de prendre en compte ces vulnérabilités, notamment dans regagner en mobilité après son accident de voiture l’an passé. Rendre le sport accessible à tous « J’ai gravi un sommet des Alpes avec cette lame, souligne-t-elle. C’était très émouvant comme moment. Elle restitue bien l’énergie, accroche bien au sol et elle me permet de reprendre la course à pied, ce qui est inespéré pour moi. Les lames de course actuelles sont plus tournées vers la pratique sportive les entreprises, se ressent de plus en plus », indique Antoine Fenoglio. Les Sismo conseillent les marques, les entreprises. Leurs clients  : des ministères, des assurances, de grandes enseignes de distribution ou d’automobile, et même Twitter. « L’engagement en faveur de l’inclusion fait de plus en plus partie des enjeux actuels. Les thématiques du soin, de l’attention et de l’écoute sont davantage prises en compte. » Dominique Ott Photographie Tony Trichanh Opportunités de création Le design peut-il réparer ? Telle est la question que soulèvent les porteurs du Design With Care. « Le design doit agir en faveur de l’autonomie, qui est la priorité des personnes en situation de handicap. On travaille à ce que les designeurs ne voient pas ces handicaps comme des freins, mais comme des opportunités de création. Il y a tout un champ à explorer, et on verra de nouvelles choses dans les mois et années à venir », promet Antoine Fenoglio. La lame de course devrait être vendue 2 000  € , soit la moitié du prix pratiqué ailleurs.L. Bailliard intensive, continue-t-elle, et coûtent plus de 4 000  € . » Une somme conséquente que beaucoup ne peuvent débourser. « J’ai deux prothèses remboursées par la Sécurité sociale, pour marcher, mais pas de lame pour la course », explique Sarah. Celle-ci tombe donc à pic. À travers ce projet, les ingénieurs espèrent maintenant rendre le sport un peu plus accessible à tous. Une belle manière de mettre son savoir au service du bien commun.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :