20 Minutes France n°3676 17 nov 2021
20 Minutes France n°3676 17 nov 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3676 de 17 nov 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : interview d'Olivier Véran, au sujet de la 5e vague de Covid-19 qui frappe la France actuellement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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2 NOVEMBRE 2021 ENTRETIEN Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, évoque le sujet houleux de la déconjugalisation de l’AAH. E. Tschaen-Pool/Sipa « Le regard sur le handicap ne doit plus être compassionnel » La secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, revient sur l’action du gouvernement en matière de handicap C’Propos recueillis par Émilie Cochaud-Kaminski est l’heure du bilan. À quelques mois de la présidentielle, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, revient sur ses convictions et sur l’action du gouvernement. Elle s’explique notamment sur la « déconjugalisation » de l’allocation aux adultes handicapés (AAH)réclamée à l’unisson par les associations et l’opposition, mais systématiquement rejetée par la majorité. Le handicap, priorité du quinquennat, c’était la promesse d’Emmanuel Macron. L’engagement a-t-il été tenu ? Retrouvez-nous sur Internet À l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH), du 15 au 21 novembre à l’initiative de l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Ladapt), retrouvez toute l’actualité du handicap et de l’inclusion sur  : www.20minutes.fr/economie/emploi Cette priorité est une réalité, puisque le budget consacré au handicap a augmenté de 17% depuis 2017. Il s’élève à 52 milliards d’euros  : c’est 6 milliards d’euros de plus sur cinq ans. Avec une augmentation de 65% du budget pour l’école inclusive, 2 milliards d’euros en plus pour l’allocation aux adultes handicapés et des solutions médicosociales, dont le nombre a très fortement augmenté. Vous venez de lancer une grande campagne de sensibilisation pour « changer le regard sur le handicap »  : spots TV, affichage… Ce regard n’a pas évolué ? Si, il a évolué. La campagne fait justement état d’un regard qui a changé, qui ne doit plus être ni compassionnel, ni empathique, mais tout simplement un regard de vérité. Il faut regarder la personne avant tout, et ne pas s’arrêter au handicap, car c’est encore la première cause de discrimination en France. En 2017, il y avait seulement 3,5% de personnes handicapées dans les entreprises privées. Où en est-on ? À peu près à 3,8% dans les entreprises privées, mais avec une dynamique qui s’est installée. Pour la première fois, il y a une baisse importante des demandeurs d’emploi. Fin 2020, les personnes handicapées représentaient 7,8% des demandeurs d’emploi contre 8,6% fin 2019. C’est déjà trop, mais il y a une baisse. En janvier, vous allez sortir un livre, La Force des différents… Ce sont des rencontres avec des personnalités sur des thématiques comme les aidants, la fratrie, le travail, la représentation dans les médias. J’ai échangé notamment avec Claude Chirac, Marc-Olivier Fogiel, Gringe, Alexandre Jollien, « Se déplacer dans la rue en fauteuil roulant relève parfois du Paris-Dakar, selon Dominique Farrugia. » Gilbert Montagné, Marie-Amélie Le Fur… ou encore Dominique Farrugia, qui pousse un coup de gueule parce que se déplacer dans la rue [en fauteuil roulant] relève parfois du Paris-Dakar. Nous, gouvernement, nous nous devons de simplifier la vie des handicapés, de les aider à être le plus autonomes possible. Justement, le gouvernement refuse de « déconjugaliser » l’AAH, c’est-à-dire de calculer cette aide sans tenir compte des revenus du conjoint. Or, les associations et l’opposition pointent le risque d’une dépendance financière… Je comprends tout à fait ! Moi, je dis  : ouvrons le débat [sur la déconjugalisation des aides] pour l’ensemble des minima sociaux, que ce soit pour le RSA, l’allocation aux adultes handicapés, l’allocation de perte d’autonomie… Je n’ai aucun problème à ouvrir ce débat, mais pas à travers une proposition de loi anglée uniquement sur les personnes handicapées. AU SOMMAIRE DOSSIER  : INVISIBILISÉS ? s 2^ Les Jeux Paralympiques, une opportunité pour plus de visibilité, avec quels effets ? P.4 Matéo Bohéas, un champion engagé au quotidien P.5 De plus en plus jeunes, les aidants ont peur d’être stigmatisés P.6 HeartCraft  : portrait d’un des rares street artists à inviter le handicap sur les murs P.8 UNE MÊME LANGUE Reportage dans le restaurant Furahaa, où le client participe à l’inclusion P.11 La langue des signes, un vecteur d’égalité qui gagnerait à être davantage enseigné P.12 Julien Compan est adjoint au maire. Sourd, il milite pour une politique plus inclusive P.14 VALEURS D’EXEMPLES Avec l’association APF France handicap, SEB a conçu des produits accessibles à tous P.16 La diversité se dessine de plus en plus dans les mangas, mais de lourds clichés demeurent P.17 L’alpiniste aveugle David Labarre toujours en quête de nouveaux défis P.18 Un couple, deux handicaps et deux entrepreneurs en faveur de l’inclusion P.19 pn w_u minutes 2,3 millions de lecteurs par jour (journal), 20 millions de lecteurs par mois (tous supports, print et numérique). Source  : étude ACPM OneNext 2021 V4. Adresse  : Carré Champerret, 28-32, rue Jacques-Ibert, 92300 Levallois-Perret. E-mail  : info@20minutes.fr Tél.  : 01 53 26 65 65 Édité par 20 Minutes France, SAS au capital de 5 776 544  € , RCS Paris 438 049 843 Actionnaires  : Société d’investissements et de participations (Sipa), Rossel France investissement Président, directeur de la publication  : Frédéric Daruty de Grandpré Directrice de la rédaction  : Armelle Le Goff Impression  : Newsprint 20 Minutes France, 2021. Dépôt légal en cours
2 JOUR ? ? MOIS 202 ? D ru Violences Le handicap n’a pas son #MeToo Le mouvement #MeToo, désigné en France sous le hashtag #BalanceTonPorc, n’a pas permis de libérer la parole des femmes en situation de handicap victimes de violence. M. Khromova/Getty Images Les femmes en situation de handicap sont encore plus exposées à des violences, mais leur parole ne semble ni s’être libérée ces dernières années, ni avoir été entendue Maxime Bazile #EllesAussi. Selon l’enquête CVS (Cadre de vie et de sécurité) publiée par l’Insee en 2020, les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences que le reste de la population. Plus exposée, cette population n’est pas pour autant plus écoutée. La libération de la parole, consécutive au mouvement #BalanceTonPorc (#MeToo au niveau mondial), ne semble pas avoir touché les personnes en situation de handicap. La lumière des médias non plus. Dans l’enquête de CVS, 7% des personnes handicapées ont déclaré des violences physiques et/ou sexuelles contre 5% des personnes « valides » entre 2011 et 2018. Mais ces chiffres Vers qui se tourner ? Pour accompagner les victimes en situation de handicap, mais aussi les témoins potentiels, aidants ou professionnels qui souhaiteraient se renseigner ou connaître la marche à suivre, l’association FDFA a mis en place un site d’information ecoute-violencesfemmes-handicapees.fr et un numéro d’écoute 01 40 47 06 06. sont banalisés, déplore Isabelle Dumond, chargée de mission à l’association Femmes pour le dire, Femmes pour agir (FDFA)  : « Ils sont banalisés comme tout ce qui concerne le handicap dans la société. La question des violences faites aux femmes handicapées est invisibilisée de la même façon que les femmes handicapées sont invisibilisées. Ce sont pourtant des violences que certaines subissent du berceau à la tombe. » Un sentiment d’exclusion et d’insécurité Camille* fait partie de celles qui ont connu ces violences. Elle avait 6 ans la première fois qu’elle a subi des attouchements de son beau-père. Elle voyait encore. Quand elle perd la vue, trois années plus tard, les agressions sont devenues plus courantes. Parmi les prédateurs, le fils de la voisine  : « Il est venu le soir dans ma chambre. Il s’en prenait aussi à d’autres filles handicapées, identifiées comme des proies faciles car on pouvait moins se défendre. » Plus tard, la voilà scolarisée dans une école spécialisée à Paris. Dans cet internat mixte, bon nombre d’anciennes élèves nous disent avoir subi des agressions voire plus, de la part de camarades et même d’adultes. Camille va y subir les assauts répétés de son prof principal. Mais la direction ferme les yeux, explique-t-elle. Autre lieu, même problème  : « Un jour, raconte Cécilia*, en formation bien-être, pendant un cours sur le massage californien, une fille était en maillot de bain, et un camarade ENQUÊTE NOVEMBRE 2021 3 Traumatisées, certaines victimes ne parviennent plus à se sociabiliser. a carrément mis la main dans son entrejambe ! C’était tout le temps des trucs comme ça. Comme je gueulais un peu trop à leur goût, un élève s’est mis à me harceler moralement. J’ai pris des profs à part pour leur demander d’être un peu vigilants. À part une enseignante, tout le monde semblait trouver ça normal. » Les femmes que nous avons rencontrées dénoncent ces violences, mais aussi l’absence de prise en charge, comme un coup d’arrêt à leur épanouissement et à leur autonomie dans la société. Ce sentiment d’insécurité sociale est corroboré par la psychiatre Diane Samama. Selon elle, de telles expériences isolent la victime encore plus de la société et lui font perdre confiance en elle  : « Ces femmes peuvent faire l’objet de ce qu’on appelle un état de stress aigu. Cela peut se développer en un état de stress post-traumatique. Il devient donc plus chronique, avec de l’hypervigilance. C’est-à-dire que les gens seront toujours un peu sur le quivive et en alerte par rapport au danger. Il peut aussi y avoir des comportements d’évitement  : comme des femmes qui se gardent de côtoyer des hommes quand l’agression a été commise par un homme, des personnes qui évitent de sortir de chez elles. » Or, « sortir de chez soi, demander de l’aide à des inconnus, hommes ou femmes, « Le handicap n’intéresse pas les médias. » Isabelle Dumond, FDFA acquérir de l’autonomie, font partie de la socialisation d’une personne en situation de handicap », rappelle Sabine*, malvoyante et victime de violences sexuelles. Des réseaux sociaux peu utilisés Selon les informations que nous avons pu recueillir, aucune campagne de sensibilisation aux violences sexuelles n’a eu lieu dans les écoles et centres de formation spécialisés. Une différence de traitement par rapport aux établissements ordinaires, où ces interventions se développent. Pour Isabelle Dumond, le premier obstacle au #MeTooHandicap vient de ce manque d’éducation et de considération  : « On voit d’abord un handicap avant de voir une personne, bonne ou mauvaise. Le deuxième obstacle vient du fait que, pour une grande partie des femmes handicapées, l’usage des réseaux sociaux n’est pas une habitude. Nous avons lancé, en mars, un #IncesteHandicap sur les réseaux sociaux. Ça n’a absolument pas pris. Le handicap n’intéresse pas les médias en dehors de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées. Tout ceci explique pourquoi il n’y a pas, et qu’il n’y aura sans doute pas, de #MeTooHandicap. » Douze millions de personnes souffrent d’un handicap en France, soit 18% de la population. *Seul le prénom est employé, pour des raisons d’anonymat.



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