20 Minutes France n°3614ES3 18 mar 2021
20 Minutes France n°3614ES3 18 mar 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3614ES3 de 18 mar 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Macron face à la vague.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photos S. Salom-Gomis/Sipa pour 20 Minutes SPORTS « Tout ce qui les intéresse, c’est le jeu » Football Japhet N’Doram enseigne le « jeu à la nantaise » à des migrants « Allez, si c’est ça votre rythme, vous n’allez prendre personne de vitesse… » Sourire aux lèvres, le sifflet à portée de la bouche et vêtu d’une parka du conseil départemental de Loire-Atlantique, Japhet N’Doram taquine, ce vendredi après-midi, sur le terrain synthétique du Pin-Sec, quartier est de la ville de Nantes. Comme tous les lundis (à la Durantière) et les vendredis, depuis maintenant trois ans et demi, l’ancien meneur de jeu du FC Nantes, champion de France en 1995, anime des entraînements de football pour des migrants. Une heure et demie à deux heures par séance, au moins, car « une fois qu’ils sont là, ils ne veulent plus partir », sourit l’ancien Sorcier de la Beaujoire, âgé de 55 ans. Vendredi, ils étaient 14, prêts à en découdre lors des petites oppositions. « Tout ce qui les intéresse, c’est le jeu, les ateliers, ça les botte moins », confesse N’Doram. Après un exercice pour travailler la conservation du ballon, le technicien en propose un basé sur la vitesse et l’explosivité. L’enthousiasme est douché. Les sourires reviennent quelques minutes après avec l’opposition sur un demi-terrain. Tous sont mineurs. Logés en foyers ou dans des hôtels. Pour la plupart, leur arrivée dans la cité des ducs est très récente. Comme ce Congolais de 16 ans, débarqué en décembre, et qui, en attendant de trouver une formation ou un cursus scolaire, savoure ce temps consacré au ballon rond qu’il tripote plutôt bien… « Je jouais tous les jours dans la rue chez moi, confie celui qui a quitté ses terres pour des raisons familiales. « A part le foot, je n’ai pas beaucoup d’autres occupations pour le moment. J’ai l’impression de retrouver une vraie famille pendant ces entraînements. » Même sentiment pour cet Ivoirien de 16 ans, arrivé, lui, l’été dernier  : « J’attends avec impatience ces moments. Ces entraînements me divertissent et m’aident à m’intégrer. Je retrouve une famille, même si elle n’est pas biologique. » Cette idée, émanant du conseil départemental et soutenue par la ville, qui met à disposition deux créneaux hebdomadaires, a tout de suite plu aux nouveaux arrivants. Ils étaient même « Le foot leur donne confiance et ils s’affirment grâce à lui. » Japhet N’Doram 12 Jeudi 18 mars 2021 L’ancien meneur de jeu des Canaris, salarié du conseil départemental de Loire- Atlantique, anime deux fois par semaine des séances pour des migrants mineurs. une centaine il y a trois ans et demi. Depuis, certains ont quitté le département. D’autres se sont inscrits dans des clubs de la banlieue nantaise ou ailleurs. « Il y a aussi moins d’arrivées qu’en 2018, explique Claire Drouet, de l’association Saint-Benoît Labre, mandatée par le conseil départemental pour prendre en charge les mineurs non accompagnés. Ils adorent aller retrouver Japhet. Une fois qu’on leur a indiqué l’horaire et le lieu, ils y vont en parfaite autonomie. » Des tenues et des chaussures de foot, récupérées au relais Emmaüs, leur sont prêtées. « C’est un moment de plaisir pour eux », poursuit l’éducatrice. Un temps de divertissement et d’intégration indispensable. « Le foot peut leur ouvrir des portes, souffle N’Doram. La réalité pour eux n’est pas toujours celle qu’ils avaient imaginée avant leur arrivée, mais j’estime que, s’ils ont envie de rester ici, on leur donnera la possibilité et les ouvertures pour. » Il y a deux ans, l’ancien Canari avait convaincu trois migrants de le rejoindre à Haute-Goulaine, où il était entraîneur. Les trois ont fini par trouver un job dans la petite commune de Loire- Atlantique. « Des dirigeants du club les ont engagés dans leurs entreprises de cuisine, BTP et menuiserie. Le foot leur a ainsi permis d’entrer dans le monde du travail. » Au quotidien, Japhet N’Doram est davantage qu’un entraîneur pour eux  : « Ils me considèrent comme un grand frère. Ils me font des confidences, me demandent des conseils. Mon rôle va au-delà de celui d’un éducateur. » Pour celui qui a débarqué à Nantes en provenance du Tchad, son pays d’origine, à l’âge de 24 ans, c’est « presque un devoir » d’accompagner l’intégration de ces jeunes, cabossés par la vie. « Certains ont eu des parcours chaotiques pour arriver jusqu’ici. Ils ont connu la misère, la guerre dans leur pays. D’autres ont perdu des copains et ont subi des atrocités. Le foot leur donne confiance et ils s’affirment grâce à lui. Et c’est ce qui me touche le plus et me rend le plus fier. » N’Doram sait mieux que personne ce que le ballon rond peut apporter. « Si je suis là aujourd’hui, trente ans après, c’est grâce au foot. » A Nantes, David Phelippeau



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