20 Minutes France n°3604 22 jan 2021
20 Minutes France n°3604 22 jan 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3604 de 22 jan 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : la mémoire dans l'étau.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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A. Tabaste/Flammarion 20 MINUTES AVEC Remplir un vide. S’extraire du monde. Pendant longtemps, Claire Touzard s’est alcoolisée avec l’objectif de chercher une liberté qu’elle considère aujourd’hui, à 38 ans, comme une illusion qui l’a abîmée. C’est avec la décision de sa sobriété que commence son journal (lire l’encadré), qui explore son rapport à l’alcool. Le mois de janvier est marqué par la possibilité de faire le Dry January. Pensez-vous que cela peut aider à faire le point sur sa consommation d’alcool ? J’ai toujours été en faveur du Dry January, parce que cela permet de nous questionner sur notre consommation d’alcool. Personnellement, je ne l’ai jamais fait. Avant d’arrêter définitivement, je n’ai jamais réussi à arrêter. Je buvais tous les jours ou quasi, et depuis longtemps. Je suis issue d’une famille où l’alcool est très présent, très festif. Petit à petit, je me suis auto-intoxiquée. Vous expliquez que, en buvant, vous aviez le sentiment de devenir une superhéroïne… Quand on est une femme et que l’on boit, on est moins présentable, moins lisse et moins docile que ce que l’on attend de nous. Je pense que beaucoup de femmes s’alcoolisent pour cette raison. A 20 ans, j’ai pris l’alcool comme une arme de puissance. Sans doute que, dans mon esprit, de façon inconsciente, l’alcool était associé au masculin. Les personnages de série cool boivent, boivent trop. Leur force et leur indépendance sont associées à l’alcool. Cette image de l’émancipation associée à l’alcool est évidemment fausse. En buvant, on cherche à mettre un filtre entre nous et la réalité, on cherche à transcender le quotidien. Mais la réalité nous rattrape toujours et, entre-temps, on s’est bien abîmé. Vous écrivez que votre alcoolisme avait à voir avec un refus de votre genre. C’est-à-dire ? Jeune, j’étais androgyne, sportive et tournée vers l’intellect. Et j’avais du mal avec le fait d’être une femme. J’ai été anorexique, et l’alcool a suivi pour me maltraiter un peu plus. J’ai découvert, en rencontrant Fatma Bouvet de la Maisonneuve, qui est psychiatre et addictologue à l’hôpital Sainte-Anne [à Paris], que c’est un parcours fréquent. En tant que femme, on est soumise à beaucoup d’injonctions, et l’alcool permet soit d’exprimer notre colère, soit de nous éteindre. Comment avez-vous mis le doigt sur votre problème d’alcool ? Le déclic a été de voir le regard de mon conjoint sur moi quand j’étais bourrée, lors d’une fête le 31 décembre 2019. J’ai compris que j’étais sur le point de le décevoir, et peut-être de le perdre. Le lendemain, j’ai décidé d’arrêter l’alcool. Qu’est-ce qui change avec la sobriété ? Arrêter l’alcool, c’est repenser son rapport à l’autre. En étant alcoolisé, on montre une partie de soi qui n’est pas soi, en ce qui me concerne en tout cas. Donc, en arrêtant l’alcool, il faut remettre les choses en place avec les autres. Avec les images du passé, les violences et les ruptures que cela a pu engendrer, qui reviennent aussi. Une fois que l’on a passé ce cap, les relations avec les 8 Vendredi 22 janvier 2021 44 Claire Touzard, journaliste et écrivaine « A 20 ans, j’ai pris l’alcool comme une arme de puissance » Claire Touzard, 38 ans, raconte, dans un livre, sa décision d’arrêter de boire. Addiction Chaque vendredi, un témoin commente un phénomène de société « L’alcool, c’est le cool. On ne nous laisse pas le choix. » « Aujourd’hui, je trouve la sobriété assez subversive. » autres n’en sont que meilleures. Cela permet d’avouer qu’on est bien avec quelqu’un comme on est vraiment. Néanmoins, vous racontez qu’annoncer à votre entourage que vous arrêtiez l’alcool n’a pas toujours été bien reçu… Quand on arrête l’alcool, on tend un miroir à l’autre sur sa propre consommation. Souvent, cela fait mal. On est dérangeant, parce qu’on devient spectateur de l’ivresse des autres. Cela nécessite beaucoup de dialogues avec ses proches. L’alcool, ditesvous, est une sorte de norme, associée au fait de bien vivre… Le cool, c’est l’alcool. On ne nous laisse pas le choix. En ce sens, c’est une norme. On est soumis à une obligation inconsciente de boire pour appartenir au groupe, pour faire partie de la fête. Mais ce n’est pas si drôle de boire. Il y a vraiment une croyance populaire à remettre en question et un héritage culturel, qui va des écrivains à Gainsbourg. La sobriété, c’est un autre rapport au monde ? La sobriété, c’est s’autoriser à être éveillé par rapport à nousmême et au monde qui nous entoure. Mais il nous manque des exemples de gens qui parlent de sobriété de façon positive. Aujourd’hui, je trouve la sobriété assez subversive. A la fin de votre livre, vous évoquez la possibilité de reprendre l’alcool avec parcimonie. Est-ce toujours le cas, aujourd’hui ? Non, plus maintenant. Je n’ai plus envie de revenir en arrière. L’alcool ne me manque pas. Et je n’ai plus envie de prendre ce risque. Aujourd’hui, j’ai une vie que j’aime sans alcool. Propos recueillis Le contexte Claire Touzard a arrêté de boire le 1er janvier 2020. Un peu plus d’un an après, elle publie Sans alcool (Flammarion), un livre en forme de journal de sa sobriété. Un cheminement passionnant qui lui permet d’aborder des questions rarement traitées. 99 par Armelle Le Goff
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