20 Minutes France n°3505HS 13 jan 2020
20 Minutes France n°3505HS 13 jan 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3505HS de 13 jan 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 6

  • Taille du fichier PDF : 1 Mo

  • Dans ce numéro : les folles années 2020.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Mammuth/Getty Images LES NOUVELLES ANNÉES FOLLES On peut penser que des mouvements de rébellion vont se développer dans la société, notamment chez les jeunes. Un futur au moins-que-parfait Les années 2020 démarrent et font un clin d’œil au passé. Cent ans plus tard, les Années folles repointent le bout de leur nez. Des « roaring twenties » (les années 1920 rugissantes), portées par une euphorie créatrice et une croyance quasi fanatique en la révolution industrielle, nous entrons dans les « worrying twenties » (les années 2020 inquiétantes), comme les a baptisées la grande étude d’Ipsos Trend Obs 2020. Face à une société de plus en plus préoccupée par l’urgence climatique, aveuglée par la révolution numérique et gangrenée par les désordres mentaux en tous genres (anxiété, burn-out, dépression, addictions…), le parallèle avec les années 1920 est presque trop évident. Les Années folles sont de retour ! Mais la folie a changé de visage. L’extravagance et la légèreté d’une époque éprouvée par la Grande Guerre reviennent sous la forme du désenchantement et de l’affliction avec, en toile de fond, le fantasme de l’apocalypse. Que peut-on espérer pour la prochaine décennie ? Assez peu de choses positives, à en croire les gros titres de la presse. L’année 2019 a donné un avant-goût inquiétant de ce qui nous attend dans les années à venir  : catastrophes environnementales, immobilisme des Etats devant la crise climatique... Virginie Raisson, autrice de 2038, les Futurs du monde (éd. Robert Laffont), passe en revue les signaux faibles qui dessinent déjà le monde de demain. V Une population vieillissante (la poisse). « Sur le plan démographique, le vieillissement constitue la tendance la plus importante du futur. A partir du moment où une population vieillit, le nombre de personnes atteintes de maladies neurodégénératives et de cancers augmente et, avec elles, le nombre de personnes dépendantes. Or, leur prise en charge soulève un problème de main-d’œuvre disponible pour les accompagner, et de répartition des ressources publiques pour leurs soins. » V La révolte d’une jeunesse qui n’a plus rien à perdre. « Imaginons que j’aie vingt ans. Tous les jours, j’entends que le monde doit s’effondrer avant 2050 pour cause de faillite écologique et climatique. On me dit que les «boomers» prélèveront de plus en plus dans ma cagnotte pour financer leur retraite. « Nous ne mangerons pas forcément tous des insectes. » Mais je dois être solidaire et faire des efforts, alors que ceux qui programment ces concessions n’en font aucune… On ne peut écarter l’hypothèse que des mouvements de rébellion sociétale se développent. » V La pression migratoire (merci le réchauffement climatique). « A mesure que le nombre de personnes en âge de travailler diminuera en Europe, alors qu’il augmentera dans les pays les plus touchés par le réchauffement climatique au sud de la Méditerranée, la pression migratoire devrait sensiblement augmenter. Où pourront se réfugier la part des 55 millions d’habitants qui vivent dans le delta du Nil ? II Lundi 13 janvier 2020 Les Européens auraient tort de croire qu’ils pourront régler le problème en se limitant à ajouter quelques bateaux sur la Méditerranée. » V Un autre régime alimentaire. « Après des décennies de croissance, l’humanité a fini par atteindre les limites planétaires. On peut penser que, d’ici à vingt ans, notre alimentation sera moins carnée et qu’elle s’appuiera sur des productions locales. La surpêche limitera la consommation de poisson. De là à penser que nous mangerons tous des insectes… Rien n’est moins sûr, car les représentations culturelles sont les plus longues à modifier. » V La réinvention de la vie locale (enfin du positif). « D’autres tendances beaucoup plus positives sont déjà perceptibles à plus petite échelle. On peut citer la résurgence de systèmes d’entraide et de solidarité de quartiers, de communautés ou de villages ; l’engagement citoyen accru ; le partage de trajets, d’objets, de logements ou de jardins qui substitue l’usage à la propriété ; la progression du recyclage... » Laure Beaudonnet
A. Malley LES NOUVELLES ANNÉES FOLLES « L’esprit de certains redémarre avec les thérapies psychédéliques » Nous entrons dans les Nouvelles Années folles. Au premier sens du terme. Tandis que notre civilisation vit une crise de la santé mentale sans précédent (selon l’OMS, plus de 300 millions de personnes souffrent de dépression dans le monde), le journaliste et essayiste Michael Pollan publie Voyage aux confins de l’esprit (éd. Quanto), une enquête sur le potentiel médical des psychédéliques. Pourquoi les thérapies psychédéliques sont-elles plus prometteuses que toutes celles que l’on a connues jusqu’ici ? Si on compare les traitements pour la santé mentale à ceux des autres branches de la médecine (l’oncologie, la cardiologie, les infections), ces dernières ont prolongé la durée de vie et ont diminué la souffrance de manière significative. On ne peut malheureusement pas dire cela de la santé mentale. Il y a un besoin énorme d’innovation, et les psychédéliques représentent une nouvelle approche. En quoi ces thérapies sont-elles révolutionnaires ? Je parle spécifiquement de la psilocybine, qui est le psychédélique le plus commun. C’est l’ingrédient des champignons hallucinogènes. Elle est assez proche du LSD, mais l’effet est plus court. Elle est non toxique – il n’y a pas de dose létale –, et elle n’est pas addictive, à la différence des médicaments psychiatriques. Il n’est plus question d’avaler un comprimé jusqu’à la fin de ses jours, une seule prise ou deux sont nécessaires. L’idée n’est pas de « Dans de nombreux cas, la psilocybine traite le symptôme, et la cause. » changer la composition chimique du cerveau, mais d’offrir une expérience mentale puissante qui semble changer le regard que portent les gens sur leur vie et sur leur comportement. Dans de nombreux cas, la psilocybine ne traite pas seulement le symptôme, mais aussi la cause. Elle ne vous aide pas seulement à vous sentir mieux, elle vous offre de nouvelles perspectives. J’ai discuté avec des personnes atteintes de cancer qui luttaient contre la peur de la mort, l’angoisse et la dépression. Après une seule expérience de psilocybine, dans de nombreux cas, elles n’avaient plus peur de la mort. Vous dites que ces thérapies fonctionnent parce qu’elles permettent de visualiser les pensées... Nous ne sommes pas certains de la façon dont cela fonctionne. Certaines personnes expliquent qu’elles ont eu une nouvelle perception d’elles-mêmes. Elles se sont vues avec plus de distance. Certains de leurs comportements leur ont paru stupides (fumer ou boire), et elles se sentaient capables d’arrêter. Les idées que vous avez pendant l’expérience apparaissent comme des vérités, pas simplement une opinion subjective, mais une vérité objective. A travers les scanners, on observe que le cerveau est temporairement recâblé, tous les schémas de pensée disparaissent pendant un certain temps et de nouveaux schémas se forment. Certains parlent d’un redémarrage de l’esprit, comme si on débranchait un ordinateur lorsqu’il bugge. Il est intéressant d’observer que les psychédéliques sont particulièrement performants sur les maladies mentales qui partagent une caractéristique  : la rigidité de pensée, les esprits qui sont bloqués dans des boucles de ruminations. Il semblerait qu’ils en soient libérés, au moins quelque temps, de façon à leur donner de nouvelles perspectives. Ces thérapies fonctionnent pour les dépressifs pendant un certain temps et, ensuite, la dépression peut revenir. Peut-on considérer, dès lors, qu’elles fonctionnent vraiment ? Nous ne savons pas. Inspired Images (Pixabay) C’est l’une des questions sur laquelle se penche une grande expérimentation réalisée en Europe et aux Etats-Unis. Les premières recherches menées par l’Empire College London ont montré que la dépression revenait après plusieurs mois, mais pas aussi sévèrement qu’auparavant. Peut-être qu’il faudrait refaire l’expérience de la psilocybine tous les six mois. Nous ne savons pas combien de temps les effets peuvent durer ni si la psilocybine va marcher sur tous les types de dépression. Mais cela peut éviter un suicide, par exemple. Pour mon livre, j’ai interviewé une Américaine qui III Lundi 13 janvier 2020 [avec psilocybine] a vécu un mois entier sans sa dépression. Cette expérience l’a changée parce qu’elle a compris que c’était possible de ne pas être dépressive. Notre époque est de plus en plus angoissée devant l’urgence climatique et l’idée d’un effondrement de la civilisation. Ces thérapies sont-elles notre salut pour aborder le futur ? Les psychédéliques aident d’un point de vue individuel. Mais comment administrer une drogue, une expérience psychédélique, à une civilisation entière ? C’est une question intéressante. Est-ce que cela marcherait sur une personne qui ne penche pas du tout dans cette direction ? Je ne crois pas qu’en donnant cette drogue à Donald Trump il deviendrait un homme plus respectueux de l’environnement. Sommes-nous sur le point de voir ces thérapies dans le commerce ? Il y a des chances qu’elles soient disponibles dans les dix ans. Les régulateurs comme l’Agence européenne des médicaments et l’Agence américaine « Ces thérapies pourraient être disponibles dans les dix ans. » des produits alimentaires et médicamenteux aux Etats-Unis encouragent la recherche. Ils reconnaissent aussi le besoin de trouver de nouveaux outils pour soigner les maladies mentales, il en existe très peu dans les tuyaux. Quels obstacles reste-t-il à surmonter ? Il y en a plusieurs. Ils pourraient être économiques. Comment l’industrie pharmaceutique peut-elle faire de l’argent sur un médicament qui ne peut pas être breveté ? On trouve la psilocybine dans la nature. De même, il faut beaucoup d’accompagnement pendant l’expérience. Vous êtes préparé par deux thérapeutes qui restent avec vous tout au long de la séance, ça peut prendre six à huit heures. Le lendemain, vous en discutez, vous essayez de donner un sens à ce qui vous est arrivé. Cela représente une vingtaine d’heures de psychothérapie, ce n’est pas commun. Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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