20 Minutes France n°3484 22 nov 2019
20 Minutes France n°3484 22 nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3484 de 22 nov 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'embarras politique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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B. Sheehan Week-end Apocalypse Dans « La Terre inhabitable », le journaliste américain David Wallace-Wells énumère les effets du changement climatique « La situation est pire, bien pire que vous ne l’imaginez. » L’introduction de La Terre inhabitable, Vivre avec 4 °C de plus (éd. Robert Laffont), écrit par l’Américain David Wallace-Wells, pose le décor de la terreur à venir. Chapitre après chapitre, avec des titres anxiogènes tels que « Morts de chaud », « Un air irrespirable » ou « La Peste du réchauffement », le journaliste du New York Magazine passe en revue les difficultés que le monde s’apprête à affronter. Ce n’est pas gai, mais c’est très concret. A quel moment avez-vous pris conscience de la gravité de la crise climatique ? Ça a commencé pendant l’été 2016. En tant que journaliste, je m’intéresse au futur de la science et des nouvelles technologies. Je suis tombé sur un certain nombre de recherches très claires et beaucoup plus effrayantes que tout ce que je pouvais lire dans les médias. A quelques exceptions près, il ne me semblait pas que la presse généraliste reflétait l’urgence de la situation. On entendait souvent parler de la fonte des glaces et de l’élévation du niveau de la mer, mais les effets sont bien plus globaux que ça. Il n’y a aucun moyen de compartimenter ou d’échapper aux effets sur l’économie, l’agriculture, le nombre de conflits qui doublerait. Nous entendions beaucoup parler du seuil des + 2 °C comme s’il s’agissait du pire scénario à éviter alors que, en réalité, il s’agissait du scénario le plus optimiste. C’est à ce moment-là que vous avez décidé d’écrire votre livre ? J’ai compris à quel point j’étais bercé d’illusions sur l’ampleur de la crise. En décembre de la même année, l’Arctique a connu une vague de chaleur sans précédent. J’ai eu très peur, j’en savais assez sur les principes du réchauffement de la planète. Je me suis demandé  : « Quel niveau de changement peut-il se produire en peu de temps ? » Il semble que nous ayons déjà atteint un changement inédit, et nous sommes partis pour atteindre des valeurs de l’ordre de +3 °C. Cela veut dire que tous les effets qui commencent à nous terrifier seront bien pires dans un temps relativement court. A la lecture de votre livre, on se sent plutôt mal. Comment vous sentiez-vous en écrivant La Terre inhabitable ? J’ai essayé de recréer l’expérience que j’ai moi-même vécue en ouvrant les yeux face à cette crise. J’ai mis l’accent sur certaines anecdotes que j’ai trouvées frappantes, pour créer un sentiment de terreur et aussi un émerveillement. Nous assistons à une transformation sans précédent de la planète. J’ai trouvé réconfortant de pouvoir faire quelque chose de toutes ces mauvaises nouvelles et d’avoir un effet, même petit, sur le monde. Tous les engagements sont sains et productifs. S’engager politiquement est une option accessible à tous. La tâche semble un peu grande pour que nous puissions changer les choses à l’échelle individuelle… Je ne pense pas que nous pourrons changer le cours des choses et éviter la catastrophe liée au réchauffement climatique. Mais ce n’est pas un problème binaire. La question n’est pas de savoir si nous allons battre le changement climatique ou s’il va nous battre. C’est une échelle de souffrance  : plus on se réchauffe, plus il y aura de la souffrance. Si nos actions sont insuffisantes pour atteindre + 2 °C, nous « Greta Thunberg est une héroïne » Le journaliste américain n’est pas avare de compliments à propos de la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg. « C’est une héroïne. Elle est une figure inédite de l’histoire politique de l’humanité. Ceux qui la critiquent sont insensés parce qu’ils défendent un statu quo non durable. Elle dit simplement aux personnes qui sont au pouvoir d’écouter les scientifiques et de concevoir des politiques à l’image de l’urgence dont les scientifiques parlent. Et elle a raison de les interpeller. » pourrions atterrir à + 2,5 °C au lieu de + 3 °C ou + 4 °C. Cela reste un progrès parce que tous ces intervalles comportent une quantité énorme de souffrances. A + 2,5 °C, le monde est beaucoup plus heureux, plus sain et plus prospère qu’à + 4 °C. C’est pourquoi il ne faut pas tomber dans le fatalisme et le désespoir. Depuis septembre 2018, date à laquelle vous avez terminé le manuscrit de votre livre, la situation s’est-elle dégradée ? Le paysage politique est inimaginablement différent. En l’espace d’un an, l’Occident a radicalement ouvert les yeux sur cette question. Au Royaume-Uni, on a vu la montée d’Extinction Rebellion, qui a fait pression sur le Parlement britannique pour qu’il déclare l’urgence écologique et climatique. Aux Etats-Unis, Sunrise a produit le Green New Deal [un ambitieux programme 14 Vendredi 22 novembre 2019 « Il y aura quantité de souffrances » « Nous assistons à une transformation sans précédent de la planète. » L. Venance/AFP Pour l’auteur, la catastrophe liée au réchauffement est inévitable. « Des actions en faveur du climat encore plus ambitieuses sont possibles. » de lutte contre le changement climatique]. Nos politiques sont en train de changer rapidement, et cela veut dire que des actions en faveur du climat encore plus ambitieuses sont possibles. Mais, encore une fois, ça n’évitera pas la catastrophe. A vous lire, on a le sentiment que le futur est pire que les pires fictions postapocalyptiques… Peu importe ce que nous faisons, il y aura quantité de souffrances sans précédent, mais je crois aussi que nous apprendrons à vivre avec. Le changement est bien plus important que tout ce que la plupart des auteurs de science-fiction ont été capables d’imaginer. Pourtant, non seulement nous traverserons cela, mais nous nous ajusterons. Le plus tragique aspect de toute cette histoire, c’est le fait que nous trouverons tout cela acceptable. Propos recueillis par Laure Beaudonnet



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