20 Minutes France n°3481HS 18 nov 2019
20 Minutes France n°3481HS 18 nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3481HS de 18 nov 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les troubles mentaux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ÉTAT DES LIEUX Psychique, un mot qui fait mal Santé En France, la perception de cette forme de handicap se heurte encore aux idées reçues « C’est l’ensemble de la société qui doit changer de regard. » Roselyne Touroude, viceprésidente de l’Unafam« Mais t’es schizo ou quoi ? » L’expression est aussi connue que le handicap psychique reste mal interprété en France, aux dépens des personnes concernées. « La première difficulté qu’on a avec cette typologie de handicap, c’est son invisibilité », déclare Ivan Talpaert, directeur de la sécurisation des parcours à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph). Il est pourtant bien réel  : selon l’organisme, la souffrance psychique est le premier motif d’arrêt maladie longue durée en France. « Pendant très longtemps, on ne savait pas comment soigner ces individus, on les a donc réduits à un enjeu sanitaire, médical et on les a cloisonnés », raconte Céline Aimetti, déléguée générale de l’association Clubhouse France. Pour Roselyne Touroude, vice-présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), il existe une grande méconnaissance Dominique Le Douce, de Ladapt. Fred/Esat Image-Arts graphiques Ladapt TU tu SAIS, sais, 138ITNOY britney spears, SMARS, 01.1.0 elle OST est 1317701.A1801 bipolaire ! des troubles psychiques, qui entraîne « beaucoup de stéréotypes et de représentations négatives, véhiculés dans les films et les médias ». « Quand on dit « schizophrène », on pense fou dangereux avec un couteau », illustre Céline Aimetti. Autant de clichés qui entretiennent la peur et le rejet des personnes concernées. Céline Aimetti observe toutefois une certaine « progression », citant des films comme Happiness Therapy. « On fait de moins en moins le raccourci entre maladie psychique et criminalité. » Si les choses ont évolué, la déléguée générale déplore le retard de la France. « En Angleterre, la santé mentale est une cause nationale, défendue par la famille royale. Aux États-Unis, des personnalités comme Tim Burton ou Catherine Zeta-Jones se sont exprimées sur le sujet. » Ici, c’est silence radio, ou presque. Selon elle, on ne donne pas assez la parole aux personnes en question  : « On a besoin d’entendre et de faire entendre ceux qui vivent avec une maladie psychique. » « C’est l’ensemble de la société qui doit apprendre à changer de regard et à mieux connaître ces problématiques », estime Roselyne Touroude. En développant par exemple les formations de premier secours en santé mentale. Parce que toutes les crises ne passent pas que par le cœur. Camille Langlade « Ces personnes apportent un plus » L’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Ladapt) accompagne les personnes handicapées dans leur intégration sociale et professionnelle. Son directeur des actions associatives, Dominique Le Douce, plaide pour une meilleure communication comme vecteur d’inclusion. A quelles difficultés peuvent être confrontées les personnes atteintes d’un trouble psychique au travail ? D’abord à des situations de stress, un épisode psychotique, une crise de nerfs ou d’angoisse. Mais si la personne se connaît bien et que le manager l’assigne à un poste adapté, tout peut bien fonctionner. L’autre difficulté est de pouvoir s’exprimer avec son équipe, ou son manager, sur son handicap. On peut en parler au moment de l’entretien d’embauche. Et comment gérer le regard des collègues ? Il peut y avoir une appréhension, des réactions bizarres. Il ne s’agit pas d’arriver en disant « j’ai tel ou tel handicap », mais de trouver un moment privilégié, pour en parler, sans que cela devienne un sujet récurrent. Quelle richesse ces personnes peuvent apporter à l’entreprise ? Elles apportent un plus dans un collectif de travail. Une personne qui a un handicap psychique est sensible au stress ; elle nous aidera à prendre du recul et à nous dire  : « Ce n’est que du travail. » Propos recueillis parC.L. OU ouiii ! GOMME comme MOI ! ! moi ! ! je ZS SUIS suis FAN ! fan ! 4 Novembre 2019 Fred, membre de l’Esat Image-Arts graphiques d’Angoulême, a réalisé toutes les illustrations de ce supplément. Des troubles aux conséquences très différentes Reconnu depuis la loi du 11 février 2005, le handicap psychique est à différencier du handicap mental. Contrairement à certaines idées reçues, « il n’inclut pas de déficience intellectuelle », explicite Roselyne Touroude, de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam). Les différentes maladies qui peuvent être à l’origine d’une situation de handicap psychique sont multiples  : les psychoses, en particulier la schizophrénie, la bipolarité, les troubles graves de la personnalité, les TOC (troubles obsessionnels compulsifs) et parfois des pathologies comme les traumatismes crâniens, précise l’Unafam. Un exil social « Ça ne veut pas dire qu’un trouble entraînera systématiquement un handicap, tient à préciser Roselyne Touroude. Les répercussions sont variables selon les personnes et dans le temps. » Comme le rappelle Céline Aimetti, de l’association Clubhouse France  : « On ne naît pas avec un handicap psychique. » Il peut survenir à tout âge de la vie. « Même chez des gens qui ont eu un parcours tout à fait « réussi » », ajoute Roselyne Touroude. Selon elle, le réel handicap est surtout social, en pointant du doigt leurs difficultés à accéder à un emploi ou à un logement, à participer à des activités culturelles ou à nouer des relations avec les autres.C.L.
ÉTAT DES LIEUX La paie inadaptée du milieu adapté Salaire Les travailleurs handicapés en Esat gagnent souvent moins que le Smic « Ce sont des lieux transitoires, qui doivent permettre de s’insérer. » Valérie Viné Vallin, universitaire Depuis quinze ans, Christiane colle des étiquettes sur des outils de bricolage trente-cinq heures par semaine, pour 600 € par mois. Souffrant d’un handicap moteur, elle travaille dans un établissement et service d’aide par le travail (Esat). A son salaire s’ajoute l’allocation aux adultes handicapés (AAH) de 575 € mensuels, mais les fins de mois sont difficiles. « Ça me révolte ! On travaille autant qu’en milieu ordinaire », dénonce-t-elle. En France, plus de 119 000 personnes autistes, malvoyantes ou en fauteuil roulant exercent en Esat un emploi dans un environnement adapté, selon un rapport de l’Agefiph paru en 2018. Elles travaillent souvent en sous-traitance pour des entreprises classiques, soumises depuis 2005 à l’obligation d’emploi d’au moins 6% de salariés handicapés. Pour ne pas payer d’amende, ces dernières préfèrent confier des tâches à ces structures, sans embaucher directement une personne avec un handicap. L’emploi est certes garanti en Esat, mais il n’est rémunéré qu’entre 55 et 110% du Smic. Ces lisegagne/Getty Images Plus Les travailleurs en Esat sont des « usagers », pas des salariés. (Illustration) faibles salaires s’expliquent d’abord par le statut de ces établissements, non reconnus comme entreprises. Les travailleurs y sont de simples usagers. « La rémunération est basée sur les versements réalisés par les Esat et sur des aides délivrées par l’Etat », explique Valérie Viné Vallin, universitaire spécialiste des questions d’emploi et de handicap. « Ce sont des lieux transitoires qui doivent permettre aux personnes handicapées de s’insérer dans la vie 5 Novembre 2019 publique. » Depuis la loi de 2005 sur les droits des personnes en situation de handicap, « les textes poussent en faveur d’une société plus inclusive », développe Valérie Viné Vallin. Pour elle, le but des faibles rémunérations est bien de « ne pas inciter à rester en Esat ». Pas d’augmentation prévue Pourtant, tous les usagers ne rejoignent pas le milieu ordinaire, « par peur de se confronter à la société civile », affirme Valérie Viné Vallin. Ces dernières années, ces structures ont aussi évolué vers un modèle plus compétitif, ce qui les pousse à garder leur main-d’œuvre. « Les personnes qui y travaillent développent des compétences. En cas de départ, ça fait un manque à gagner », explique la chercheuse. Si les associations réclament depuis longtemps un meilleur salaire pour les personnes en Esat, aucune hausse n’est prévue. L’AAH a en revanche été revalorisée de 40 € par mois le 1er novembre, passant à 900 € maximum. Un mieux, mais pas de quoi bouleverser le quotidien des travailleurs handicapés. Juliette Desmonceaux



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