20 Minutes France n°3481HS 18 nov 2019
20 Minutes France n°3481HS 18 nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3481HS de 18 nov 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : 20 Minutes France

  • Format : (230 x 305) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les troubles mentaux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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EN SOCIÉTÉ Cinéma Dans « Quelle folie », Diego Governatori révèle la parole d’Aurélien Deschamps, autiste 18 Novembre 2019 « On dépasse la question de l’autisme » Avez-vous été surpris par les retours que vous avez eus, notamment de la part de personnes atteintes de troubles autistiques ? Diego Governatori  : Une chose très émouvante, c’est quand des parents d’enfants autistes, notamment non verbaux, nous disent que, si leurs enfants pouvaient parler, cela pourrait ressembler aux paroles d’Aurélien. Aurélien Deschamps  : C’est vrai que des personnes atteintes de troubles autistiques, mais aussi des gens qui n‘ont jamais été rangés dans cette catégorie, me disent  : « Ces mots-là, c’est super de les avoir trouvés. » Certains me demandent aussi si ce que je dis dans le film sera porté à l’écrit, c’est très surprenant. « Je ne voulais pas tomber dans la glorification de la marge. » Aurélien Deschamps Est-ce que vous trouvez que l’on montre suffisamment ce qu’est réellement l’autisme ? D.G.  : Un psy me disait récemment  : « On ne laisse pas assez la parole aux personnes. » Je pense que, dans le film, on Sheldon dans « The Big Bang Theory ». P.Blondé/20 Minutes United International Pictures Le réalisateur Diego Governatori (à g.) et son ami atteint de trouble autistique, Aurélien Deschamps. est en prise directe. Et du coup, ça dépasse la question de l’autisme. Quand je fais parler Aurélien, je ne fais pas parler un autiste. Je le fais parler, lui, en tant que personne. A.D.  : D’autant que, de façon générale, les systèmes de représentations montrent beaucoup les dominants, et de moins en moins les marginaux. Aviez-vous une volonté de montrer la condition autistique différemment, au-delà du cliché du génie des maths, etc. ? D.G.  : Une volonté très claire chez Aurélien, avant le tournage, c’était d’être dans un travail de description. De décrire un cheminement, des sensations, de faire quelque chose que j’appelle « sortir au dehors cette voix du dedans ». Dans le film, Aurélien nous livre quelque chose de très intérieur. Il nous donne les clés pour ressentir sa situation. A.D.  : Il existe des manifestations spectaculaires de l’autisme qui peuvent faire croire que les autistes auraient tous des capacités extraordinaires. Dans le film, je ne voulais pas tomber dans la glorification de la marge. J’avais la volonté de rappeler le caractère fondamentalement ingrat de ce handicap. Etre tout le temps attiré par le spectaculaire, c’est un piège. Propos recueillis par Paul Blondé « Quelle folie », de Diego Governatori, en salles depuis le 9 octobre. Asperger tire la couverture médiatique Dans Rain Man, le personnage autiste de Raymond, joué par Dustin Hoffman, comptait en quelques secondes que 246 cure-dents étaient tombés à ses pieds. C’était en 1988. Soit l’époque « de l’élargissement des critères diagnostiques de l’autisme et de l’intégration du syndrome d’Asperger », explique Brigitte Chamak, neurobiologiste et chercheuse en sociologie spécialisée sur le thème de l’autisme. Le cliché du génie étrange Ce syndrome a ensuite « eu un succès certain auprès des réalisateurs de films et du grand public », avec une multiplication des personnages de « génies un peu étranges », du Sheldon de « The Big Bang Theory » à « Good Doctor ». Sauf que ces représentations résument l’autisme au syndrome d’Asperger et font croire que ce handicap est automatiquement synonyme d’intelligence supérieure. Ils « alimentent une confusion parfois difficile pour certains parents d’enfant autiste à qui l’on demande  : « Alors, il compte très bien ? » » D’autant que « les enfants très sévèrement atteints, ou ceux qui ne savent pas s’habiller tout seuls, n’intéressent personne », poursuit Brigitte Chamak. La volonté de sortir l’autisme de la stigmatisation et cette focalisation sur le syndrome d’Asperger donnent « l’impression que tous les autistes sont capables de vivre normalement, qu’ils peuvent tous travailler, que tous les enfants peuvent aller à l’école », ce qui n’est pas le cas. P.B. Le handicap tient le premier rôle au cinéma Le Festival international du film sur le handicap (FIFH) se tiendra… bientôt près de chez vous. Au-delà de l’évènement principal, organisé du 7 au 12 février à l’université Lumière Lyon-2 (Rhône), l’idée, c’est d’aller tout au long de l’année « à la rencontre des scolaires avec l’objectif de banaliser le handicap à travers le cinéma », explique sa fondatrice, Katia Martin-Maresco. Pourquoi ? « Parce qu’il fabrique des souvenirs, assure-t-elle. Les écoliers, collégiens et lycéens qui voient les films construiront la société de demain. S’ils sont sensibilisés, le handicap ne sera pas un problème lorsqu’ils rencontreront un aveugle par exemple, à qui ils seront susceptibles de louer un appartement ou d’accorder un entretien. » Pas de faux-semblants Jusqu’au 30 novembre, le festival sera de passage à Sarreguemines (Moselle), puis mettra le cap vers Marseille (Bouches-du-Rhône) en décembre, avec une cinquantaine de courts-métrages et trois longs-métrages. « Tous les films passés chez nous ont trouvé des distributeurs », poursuit Katia Martin-Maresco, avant de préciser les critères de sélection  : « La réalisation, le scénario, plus le fait que les acteurs soient réellement handicapés, et qu’ils jouent de vrais personnages. Pas qu’ils soient dans le film juste parce qu’ils sont handicapés. » P.B.
EN SOCIÉTÉ MohamedLamouri, la voix lumineuse du métro Musique Le chanteur malvoyant a sorti son premier album en avril Un musicien avare en mots, mais pas en émotions. C’est au Café de Paris, à Ménilmontant, un de ses « repaires », que MohamedLamouri nous a donné rendez-vous. « C’est le gars qu’on entend souvent sur Nova ? », glisse un badaud au comptoir. Lui-même. Veste noire, démarche légèrement claudicante, regard fuyant, l’homme n’est pas très bavard. De sa voix éraillée, les mots sortent de manière abrupte, presque gênée. Malvoyant de naissance, le chanteur s’est avant tout construit sur son talent et non sur son handicap. « Il a un œil aveugle et un autre à 10% », explique son producteur, Benjamin Caschera. « Je vois de près, mais pas de loin », ajoute pudiquement le principal concerné. Une déficience qui, de son propre aveu, ne lui a jamais posé problème  : « C’est une question d’habitude. » Arrivé en France il y a seize ans, Marie-Sarah Piron L’artiste propose une musique raï aux influenceseigthies. c’est dans le métro parisien que l’Algérien de 37 ans a commencé par enchanter les foules avec son clavier fétiche. « Au début c’est dur, parce que personne ne te connaît », se souvient-il. Il arpente les rames une quinzaine d’années durant, avant de sortir de l’ombre, notamment grâce à Benjamin Caschera, cogérant d’Almost Musique, qui produit son premier album, « Underground Raï Love », enregistré avec Groupe Mostla et sorti en avril dernier. Partition hybride L’éditeur est d’abord marqué par l’authenticité du personnage et par sa voix « hyper touchante ». Puis par sa partition, hybride, à la croisée des genres ; « du raï sentimental pur jus, mais aussi de la musique anglo-saxonne et française des années 1980 », résume le producteur, qui envisage aussi l’interprète au-delà de son handicap. Il ne fait aucune différence entre le chanteur au clavier et les autres artistes  : « Dans le travail, c’est juste pareil. Si ce n’est qu’il faut parfois l’accompagner en tournée. » Et d’ajouter  : « La musique a pu être un facteur d’inclusion pour Mohamed, du moins sur le marché du travail. Je ne vois pas quel autre métier il pourrait faire. » Et pour cause, le sien lui va si bien. Camille Langlade Arnaud Pagnier 19 Novembre 2019 L’oreille experte au secours de la vue déclinante Ecoute Antoine Pagnier ne sait plus voir ses partitions. Il est atteint de rétinite pigmentaire, une maladie rare qui se caractérise par une perte progressive de la vue. Ce diplômé en musicologie a fondé en 2009 le e-label Les Belles Écouteuses. Pour compenser sa déficience visuelle, le mélomane a développé une acuité auditive particulière. « Cela permet aux artistes d’avoir une autre vision de leur travail et de leur dire des choses qu’ils n’avaient jamais entendues auparavant », remarque-til. Au départ tourné vers la musique classique, le label se veut aujourd’hui ouvert à tous les genres, dont les musiques du monde. Il a notamment produit « Canto de los Pueblos », un album de folklore argentin.C.L.



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