02 n°92 déc 19/jan-fév 2020
02 n°92 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°92 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,8 Mo

  • Dans ce numéro : Teresa Margolles, Peter Friedl et Corentin Canesson invités de ce numéro.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 Guest Corentin Canesson 6
6 Isabelle Graw, The Love of Painting, Genealogy of a Success Medium, Berlin, Sternberg Press, 2018, p.20. 7 Gilles Deleuze, Félix Guattari, L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie, Paris, Minuit, 1972-1973, p.319. 8 Mark Fisher, Le réalisme capitaliste, Genève, Paris, Entremonde, 2018 pour la traduction française, p.29. 9 Mark Fisher, op. cit., p.30. 10 Ibid. 11 « Après Jacques Michell… », La Tôlerie, Clermont-Ferrand, 21 février-12 avril 2019. 12 Mark Fisher, op. cit., p.16. a.c. b. d. 4 Guest Corentin Canesson 7 également d’influences exogènes au médium. Ainsi incorpore-t-il à ses toiles les anthems de chansons post-punk ou, plus récemment, des fragments issus de la poésie de René Ricard. Les bribes de textes peintes en majuscules voient leurs contours se dédoubler, leurs intérieurs se tisser d’un mélange de couleurs. Ces toiles sont probablement les plus « vitalistes » — au sens où l’entend Isabelle Graw —, car chargées de l’écriture de leur créateur, elles trahissent sa présence, une croyance à laquelle la théoricienne attribue le succès infaillible du médium 6. Paradoxalement, là où les coups de pinceau devraient indéniablement faire signe vers la présence du peintre, les voix, les styles que celui-ci emprunte contribuent à mieux déformer ses propres contours. La persona derrière la toile est multiple et revendiquée, notamment lorsque Corentin Canesson invite son ami Damien Le Dévédec à dessiner ce qu’il peindra ensuite. Hédonie dépressive Au début du mois de septembre, Corentin Canesson a exposé à la Fondation d’entreprise Ricard une série de cinq toiles de grand format au milieu de laquelle trônait une réinterprétation orgiaque de la Nef des fous de Bosch toute en figures chair. Tandis qu’un soleil Van Goghien rougeoyant se couche sur une eau traitée en touches de couleurs minutieuses, l’embarcation s’amuse, chante et baise. Et personne ne semble remarquer qu’un homme se noie. Corentin Canesson pousse ici le curseur de la compression stylistique et historique à un autre niveau, traitant le classique de la peinture médiévale dans un style impressionniste imbibé des roses et verts de Maria Lassnig. Une « peinture bigarrée de tout ce qui a jamais été crû 7 » — c’est la définition a. Corentin Canesson, Les couilles d’Adam 1, 2017. Acrylique sur papier/Acrylic on paper, 42 × 29,7 cm. b. Corentin Canesson, Les couilles d’Adam 45, 2017. Acrylique sur papier/Acrylic on paper, 42 × 29,7 cm. que Gilles Deleuze et Félix Guattari donnent du capitalisme et dont découle selon Mark Fisher une forme « d’hédonie dépressive 8 » générationnelle face à l’implacable fin de l’histoire que sa logique économique et idéologique a imposé. Au-delà du lien facile qui peut s’établir entre la fin de l’histoire globale et celle d’un médium prises dans un mécanisme de réapparition et d’aplatissement, cette affection propre à une époque en « incapacité de faire tout autre chose que de rechercher du plaisir 9 », mue par l’impression perpétuelle que « quelque chose manque 10 » se dégage de la pratique de Corentin Canesson. Le peintre affirme que la recherche de plaisir est un moteur pour peindre et repeindre des toiles dont il dit rire à l’atelier, tout en donnant une place à une forme de mélancolie, celle du rock ou de la poésie de René Ricard. « I just want you to stay » peut-on lire sous un motif en passe de disparaître derrière une couche de peinture blanche. Dans une petite acrylique sur papier, Le modèle et son peintre (2018), sentiment de fin de partie et plaisir de peindre se marient dans le sourire béat et inquiétant de l’artiste qui, devant sa toile béante, semble jouir de sa posture stéréotypée. Comme Kurt Cobain, « premier émoi artistique » de Corentin Canesson et dont il a peint le portrait à la Tôlerie 11 début 2019, l’artiste a conscience que « le moindre de ses gestes [est] un cliché écrit à l’avance, que même une telle prise de conscience relèv[e] du cliché 12 ». Au lieu de le désarmer, ce constat semble l’animer. Il choisit de se laisser éternellement hanter et de s’amuser à hanter ses prédécesseurs. Sur le tableau, Kurt Cobain porte le tee-shirt du groupe de rock de Corentin Canesson. Lui et ses amis l’ont baptisé The night he came home.c. & d. Corentin Canesson, BOTTOM, 2017. Acryliques sur anciens cartons d’invitations de la galerie Nathalie Obadia, issues d’un ensemble de 500 réalisées dans le cadre de l’exposition « BOTTOM » à la galerie Nathalie Obadia, Paris, 2018/Acrylic on old Nathalie Obadia gallery invitation cards, 21 × 15 cm, from a series of 500 made as part of the «BOTTOM» exhibition at the Nathalie Obadia Gallery, Paris, 2018. Fonds d'art contemporain – Paris Collections.



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