02 n°92 déc 19/jan-fév 2020
02 n°92 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°92 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,8 Mo

  • Dans ce numéro : Teresa Margolles, Peter Friedl et Corentin Canesson invités de ce numéro.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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3 Interview Claire Le Restif 8 du monde extérieur ». La sémantique a son importance, dans le nom « centre d’art » il y a centre. Mais qu’est-ce qu’un centre d’art ? C’est un acteur essentiel de l’écosystème de l’art contemporain en France. Son ADN est le soutien à la création, à la recherche, à la diffusion et à la médiation. C’est surtout le lieu de travail des artistes, là où ils/elles peuvent expérimenter et se permettre des choses. C’est rare et précieux mais fragile. C’est pourquoi nous avons pensé collectivement qu’un label pourrait aider à mieux l’identifier, le qualifier et le consolider. Ce nouveau label « centre d’art contemporain d’intérêt national » est né en 2017 à la suite d’un long processus. J’étais présidente du réseau d.c.a lorsque nous avons pu faire signer la première circulaire ministérielle liée aux centres d’art en 2011, suite à laquelle nous avons entamé une réflexion et une décision concertées émanant du terrain, qui nous a menés, en discussion avec le ministère de la Culture, à ce label. C’est, je crois, le premier label qui émane du terrain et il définit assez précisément sa mission en dialogue avec les partenaires et ses engagements vis-à-vis des artistes. Je crois pour ma part que ça va dans le bon sens, même si nous ne sommes pas naïfs puisque toutes nos actions sont liées à des décisions politiques. Je pense que ce label ne va rien niveler en matière d’artistique. Les centres d’art en France ne cessent de se ré-interroger, comme aucun autre équipement artistique et culturel, grâce sans doute à leur engagement aux côtés de la recherche et à leur compagnonnage avec les artistes. Comme l’indique le label, les centres d’art doivent être des lieux de permanence artistique. Le programme du Crédac, par exemple, n’est ni festivalier, ni éphémère. Le projet artistique articulé à un programme d’accompagnement constant des publics s’inscrit dans la durée  : la parole vivante tenue face aux œuvres y est fondamentale. Le Bureau des publics du Crédac, véritable « courroie » du centre d’art, réexamine en permanence ses outils de transmission au regard de l’évolution des pratiques artistiques actuelles, de même qu’il s’efforce de transmettre l’indispensable connaissance de la théorie critique. Le centre d’art est le lieu de l’engagement actif, où les œuvres sont certes exposées au public mais où le public est aussi exposé aux œuvres ! Le centre d’art doit rester un terrain d’ouverture. Rappelons encore plus fortement aujourd’hui que, dès l’après-guerre en Europe, les fondements doctrinaux de la résistance au fascisme sont formulés dans un projet sur lequel tous s’accordent  : l’éducation par l’art. Un projet artistique et culturel permet de faire comprendre au public que les œuvres exposées appartiennent à l’actualité de leur vie et ouvrent des espaces de liberté, à ce « dehors de l’art » que sont l’histoire, la ville au-delà du lieu culturel, le champ du politique, tous les lieux de l’accomplissement de l’individu non-formaté. Je pense que le lieu artistique et culturel doit continuer à se concevoir de « l’intérieur », son point d’origine, d’appui et de réflexion étant les projets des artistes. S’il doit rester accueillant et hospitalier, l’appréhension des œuvres doit primer en soutenant fermement que la culture fait projet. Peux-tu nous parler de ton programme à venir, 2020 sera t-elle une année de bouleversements majeurs pour le Crédac ? 2020 est une année d’élections municipales qui, j’espère, n’apportera pas trop de bouleversements majeurs. La vie d’un centre d’art est davantage faite de continuité, de patience et d’assiduité  : coureur de fond plutôt que sprinter. Nous commençons l’année 2020 avec l’exposition « Jardin d’hiver » de l’artiste allemand Jochen Lempert. Il conçoit un dispositif de vitrines à la manière de cabinets botaniques enfermant des compositions de photographies déclinant le motif végétal. Les tirages argentiques en noir et blanc sont issus d’une sélection au sein d’un corpus de photographies prises quotidiennement sur le vif et révélées dans son propre laboratoire. Avec son regard minutieux et nourri d’érudition — biologie, éthologie, histoire de l’art — il capte des phénomènes anodins du monde et les révèle à notre attention dans une démarche sobre et poétique. Notre fidélité aux artistes nous engage régulièrement à prolonger notre relation par une exposition personnelle. Nous avions invité Jochen Lempert en 2014 dans une exposition collective co-organisée avec Chris Sharp, « Le Registre des Promesses », déclinée en quatre volets dans quatre lieux européens dont le Crédac. En avril 2020, nous invitons Kapwani Kiwanga qui, elle, a étudié l’anthropologie avant d’aborder l’art. Elle en a gardé la méthodologie de mise en place de protocoles pour entreprendre ses recherches. Entre fiction et documentaire, elle questionne les narrations hégémoniques et développe des propositions alternatives traduites formellement par la vidéo, la performance, la photographie mais aussi la sculpture. La rentrée 2020 sera consacrée à l’artiste britannique Derek Jarman né en 1942 et décédé des suites du SIDA en 1994. Réalisateur, scénariste, acteur, militant des droits des homosexuels, son œuvre plastique reste à découvrir. Nous en organiserons la première exposition en France qui sera accompagnée d’une rétrospective des films de l’artiste au Crédakino et au cinéma d’art et essai d’Ivry le Luxy, ainsi que d’une performance programmée avec Le Festival d’Automne à Paris. Par ailleurs, dans le cadre du « programme de résidences d’artistes » du Conseil Régional d’Île-de-France et avec le soutien de la Ville d’Ivry-sur-Seine, le Crédac initie un projet de recherche de dix mois avec Simon Boudvin. Depuis son atelier au Crédac, il engagera un travail photographique sur la ville, croisant son intérêt pour l’architecture et l’écologie urbaine.
3 Interview Claire Le Restif 9 Claire Le Restif — in conversation with Patrice Joly Since 2003, Claire Le Restif has been director of the Le Crédac contemporary art centre at Ivry-sur-Seine, managing to offer it both undeniable visibility and identity, displaying an uncompromising approach in tune with the tendencies of the day, while at the same time clearly asserting her commitments. In 2011 she organized the centre’s move to the Manufacture des Œillets, and inaugurated the new venue with a Mircea Cantor show. Last October, she was the curator of the 2019 Fondation d’entreprise Ricard Prize, which was awarded to the Colombian artist Marcos Avila Forero. For this selection, she preferred to remain faithful to regular artistic company, putting that session under the aegis of an extension of her Ivry-based activity rather than under the youth cult banner and an exacerbated quest for new talent. Having negotiated this parenthesis, the art centre is now resuming its former life with its regular programme of new exhibitions. But where does the normality of an art centre lie in the 21 st century ? I put a few questions to a director with a passion for her job. Patrice Joly Unlike many curators who have gone before you in curating the selection for the Ricard Prize, you chose rather to invite artists you knew well, who already had a place in the French art scene and/or whom you had already exhibited : should we regard this stance as a reaction to the overarching youth cult that informs so many contemporary art organizations ? Claire Le Restif Creating surprises is not a challenge that interests me, and Colette Barbier, director of the Fondation d’entreprise Ricard, gave me complete freedom on that score. I know that artists tend to expect more from this type of exercise than to be reduced to «competing». Each Prize ceremony, for the past 21 years, tells us something about the day and age. My proposal, «Le Fil d’alerte», wanted to respond in particular to the current debate about greater diversity and inclusion in a white, male, well-off environment. You know, anyway, my position in favour of the exhibition seen as a shared moment when works rubshoulders with each other. So this is also an exhibition like any other. You’re right, I chose artists I talk and work with, but not just them. This choice illustrates the diversity of artistic activities and artists’origins. Some find their subject on their doorstep (Boudvin…), others on the other side of the world (Kiwanga, Choisne, Peñafiel Loaiza…). More than a theme, it’s an attitude that I wanted to focus on, because all the artists involved in «Le Fil d’alerte» display an attentiveness to the world, and kindle forms of awareness by way of sensitive and militant gestures, conveying alternative ways of thinking. I think I’ve succeeded in getting the heterogeneity of activities and subjects to hold together, even if several people like Choisne, Maheke and Kiwanga gather around colonial and feminist issues which are so necessary these days. On the other hand, what I have not resolved in this context is the place reserved for performance, which Maheke and Kiwanga are involved with as much as installation. In the press release for «J’aime le rose pâle et les femmes ingrates» [I like pale pink and coarse women], the exhibition organized by Sarah Tritz at Le Crédac, with its extremely enigmatic title, you talk about group shows held by artists which have had an effect on you, and, oddly enough, you don’t mention any French artists or any exhibitions in French institutions. Does this mean that no ‘made in France’proposition finds favour in your eyes ? What is this due to, in your view ? To a shortage of artists/curators who areup to the challenge, to the small budgets of French organizations, or to the peripheral aspect of the French scene ? A little controversy never did anyone any harm ! In fact the group shows organized by artists and the light these shows shed on their own work have always interested me. I quote «The Russian Linesman» by Mark Wallinger (Hayward Gallery, London, 2009) ; «An Aside» by Tacita Dean (Camden Art Centre, London, 2005) ; «La carte d’après nature» by Thomas Demand (NMNM, Monaco and Matthew Marks Gallery, New York, 2011) ; and «The Inaccessible Poem» by Simon Starling (Fondazione Merz, Turin, 2012). But those who talk of preference are not talking about exclusiveness ! I could have broughtup the invitation made by Marc-Olivier Walher, when he was director of the Palais de Tokyo, to Ugo Roninone as curator of the exhibition «The Third Mind» in 2007. But that doesn’t sort out the issue of French artist-curators that you’re raising. In France, it’s artist-run spaces, where certain shows are signed by artist-curators, which have partly trained me. I’m thinking of Public in Paris (twenty years ago, agreed), where Boris Achour (here I’m just talking about the artist in the collective) was active, the Irma Vep Lab project at Chatillon-sur-Marne, run by Laurent Montaron, and Glassbox in Paris, with Jan Koppand Stefan Nikolaev. Today, Pauline Perplexe at Arcueil and Le Wonder/Zénith at Nanterre are also models where artists are discovered, but where the curatorial



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